« J’ai vu le ciel » – Témoignage de Chantal Bonhomme

Atteinte d’une maladie génétique, Chantal doit subir, en 2017, une longue intervention chirurgicale. Elle vit à cette occasion une expérience spirituelle dont elle fait le récit dans De la nuit à l’Amour. Extraits.

 

Voir le témoignage de Chantal en vidéo

« J’ai vu le ciel »

Je reprends doucement mes esprits après une longue intervention chirurgicale de plus de six heures. Je ne sais dire à quel moment précis s’est dessinée dans ma tête la révélation de mon petit voyage. Cette impression est si prégnante qu’elle envahit tout mon esprit. Je veux en garder la mémoire la plus intacte possible. Je décide donc de la raconter à Mayie, ma sœur, et cherche aussitôt à faire enregistrer ma relation de cette expérience. Car il s’agit bien d’une expérience. J’ai la conviction que j’ai vécu pendant cette opération une « expérience spirituelle ». Ce qui est écrit ici est la reproduction des propos tenus pendant cet enregistrement. Ils ne sont donc pas déformés, trahis ou amplifiés par le temps.

Cour céleste, mercredi 7 juin 2017

De la nuit à l’Amour – Petit voyage mystique au cœur de la maladie, Chantal Bonhomme, Éditions Emmanuel, 2018.
Je me suis retrouvée dans un endroit – on me permettra de l’appeler la « cour céleste », c’est ce mot qui m’est venu à l’esprit – baigné d’une lumière qui n’était ni aveuglante, ni agressive, mais au contraire d’une exceptionnelle pureté et d’une douceur infinie. J’ai ressenti une atmosphère de paix, de tranquillité et d’Amour absolu comme je n’en ai jamais connu sur terre. Cette lumière était d’une nature telle que je ne connais pas de mots suffisamment précis pour la décrire. Je me tenais sur une estrade et, face à moi sur la partie gauche, disposés en demi-cercle de manière parfaitement géométrique et sur un nombre infini de rangées, se présentaient des myriades d’êtres que j’appellerai des “êtres de lumière”. On ne distinguait pas leurs corps, ni leurs bras, ni leurs jambes. Leurs visages étaient en forme de losange, plat et sans expression ni traits particuliers. Ils portaient une sorte de longue tunique qui les recouvrait entièrement. Ils semblaient aériens et légers comme s’ils flottaient dans l’air. Ils diffusaient une lumière infiniment harmonieuse qui jaillissait de leur cœur et convergeait vers moi en formant un seul et même faisceau qui venait m’envelopper. Ils étaient des êtres sans chair, sans enveloppe corporelle réelle. Là encore, les mots sont impuissants à les décrire, mais je ne pourrai jamais oublier cet enlacement glorieux. Sur la droite, fermant le demi-cercle, sur environ quatre rangées, se tenaient d’autres êtres dans le même ordonnancement quasi militaire, mais je ne peux plus les appeler des êtres de lumière, car eux ne diffusaient aucune clarté particulière. Leurs tuniques étaient ternies et fades comme un vêtement blanc passé plusieurs fois à la machine et qui aurait perdu de son éclat. J’avais la sensation que, derrière moi, sur ma droite, se tenaient les êtres aimés de mon existence. Je ne les voyais pas formellement, mais je sentais leur présence. Pourtant je n’avais pas un regard pour eux, tant j’étais fascinée, absorbée, comme aimantée par les êtres de lumière qui flottaient devant moi. Dussé-je froisser quelques vivants, je n’avais pas envie de quitter cet endroit et de revenir sur terre. Je vivais un instant tellement merveilleux, d’une telle sérénité, d’une telle paix, où toute souffrance semblait bannie, que pour rien au monde je n’aurais cédé ma place sur cette estrade majestueuse. J’étais comme dans un sas, présente, mais distincte des êtres de lumière. Eux flottaient dans le vide ; moi, je flottais sur l’estrade brumeuse qui me séparait encore de leur monde. À ce moment-là, j’ai eu la sensation d’entendre une voix. Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une voix extérieure audible et sonnante, comme toutes les voix. Puis au fur et à mesure de ma remémoration, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une voix qui venait de l’intérieur de moi, une voix silencieuse, comme l’expression d’un ordre intime et secret, avec cette conviction absolue qu’il s’agissait de celle de Notre Seigneur Jésus Christ. Nul besoin de se présenter. Le message exprimé était d’une clarté absolue. Cette voix me disait que, pour l’instant, je ne faisais pas encore partie des « êtres de lumière », que je n’étais pas invitée au Royaume, que je pouvais voir, mais que j’avais encore du travail à faire pour les rejoindre et qu’il fallait donc que je retourne sur terre pour accomplir ce chemin. Cette voix me recommandait en termes très clairs de renoncer à certains de mes travers, de devenir un être de lumière et de me mettre au service des plus faibles et des affligés. Jésus a dû me répéter cette injonction trois fois de suite car j’étais rétive à retourner sur terre après avoir entrevu sa sublime lumière. Même en sa présence, je n’abandonnais pas facilement la partie. Mais comment pouvais-je lui tenir tête plus longtemps ?

Mon “expérience spirituelle” s’arrête là, je n’ai pas de vision particulière des conditions de mon retour ni de ma “réincorporation”.

Qui me croira ?

Plusieurs semaines après cette intervention, ces images tournent toujours en boucle dans ma tête. Je sais que j’ai réellement vécu cette “expérience spirituelle”, personne ne m’enlèvera cette ferme conviction. Je suis à la fois éblouie par cette lumière entrevue et effrayée d’avoir été l’objet d’une telle vision. Je n’ose en parler autour de moi de peur d’être traitée de cinglée. Je n’ai pas de doute sur ma santé mentale et je suis résolue à passer tous les tests cognitifs possibles pour le vérifier. Mais qui me croira ? Pour appuyer ma vision, je sens confusément que mon comportement change, que mes priorités sont bousculées, que ma spiritualité grandit…

Ciel, enfer, purgatoire, qu’est-ce que ça signifie ?
C’est alors qu’un nouvel événement se produit. Un autre fait m’apparaît près d’un mois après l’intervention. Nous sommes le 4 juillet, je me repose chez moi, après le dîner, à la recherche d’un peu de fraîcheur en cette journée de canicule. J’ai soudainement le souvenir d’un événement qui s’est déroulé pendant mon opération. Il me revient avec une clarté totale et s’impose visuellement à moi. Je consigne immédiatement ces éléments pour ne pas avoir à les reconstituer de manière maladroite ou inexacte plus tard.

« J’étais sous anesthésie sur la table d’opération. Pourtant, tout à coup j’ai “entendu” le téléphone sonner dans le bloc. J’ai “vu” une infirmière décrocher, écouter ce qu’on était en train de lui dire puis tendre le combiné au chirurgien qui opérait, mais ce dernier a refusé de répondre car il était occupé. J’avais “l’intuition” – bien qu’il me fût impossible d’entendre la conversation – qu’au bout du téléphone, il s’agissait de ma sœur Mayie . J’ai alors distinctivement entendu – j’étais toujours sous anesthésie, je le rappelle – l’infirmière reprendre le combiné et répondre : Désolé, mais vous ne pouvez pas appeler ce numéro, vous êtes au bloc, le chirurgien est occupé, il ne peut vous répondre, ce numéro est réservé aux urgences. Je me suis alors revue ouvrir les yeux – toujours sous anesthésie bien sûr – et j’ai aperçu une horloge qui se trouvait sur le mur sur ma gauche, elle affichait 14 h 50.

Intriguée par cette vision subite, je veux en avoir le cœur net et j’appelle aussitôt ma sœur. Mayie somnole, de son côté. Devant le caractère insolite de ma question, elle sort aussitôt de sa torpeur. Il faut dire qu’il y a de quoi être intrigué : « As-tu appelé le bloc le jour de mon opération ? »
Sa réponse tombe, d’une clarté totale.
– Ah, m…, comment tu sais ? Je n’avais pas cru utile de t’en parler parce que j’avais honte et je ne voulais pas que tu me prennes pour une pétocharde, mais oui, effectivement. Lorsque je suis arrivée à l’hôpital en début d’après-midi, je pensais que tu serais de retour dans ta chambre, mais il n’en était rien. J’ai patienté longtemps, à me ronger les sangs, mais le temps passait et, n’ayant toujours pas de nouvelles, j’ai commencé à paniquer. Tu étais au bloc depuis le matin et l’opération ayant débuté à 10 heures environ était censée durer deux heures. C’est pourquoi je ne comprenais pas qu’à plus de 14 h 30, tu ne sois pas encore revenue. Fort heureusement, le numéro du téléphone avec lequel le professeur m’avait appelée s’était affiché sur mon portable. Si j’avais imaginé un seul instant qu’il s’agissait du numéro d’urgence du bloc, je n’aurais pas osé l’utiliser, mais je pensais qu’on avait dû m’appeler d’une salle de secrétariat, si bien que je me suis sentie autorisée à le composer. J’ai dû appeler vers 14 h 45. Une voix féminine m’a répondu. J’ai expliqué que je voulais de tes nouvelles. Il y a eu un silence de quelques secondes puis la voix est revenue vers moi pour me dire que j’étais au bloc, que ce numéro était réservé aux urgences et que je ne pouvais appeler ici. Il fallait joindre plus tard la salle de réveil pour avoir des nouvelles.

C’est insensé ! Le témoignage de Mayie corrobore à cinq minutes près et au mot près ma propre vision des choses. Alors que signifie cet épisode ? Une patiente sous anesthésie générale peut-elle avoir ce type de visions, entendre une conversation téléphonique ou lire l’heure sur l’horloge du bloc ? De quoi peut-il s’agir cette fois ? Que s’est-il passé dans mon cerveau à cette heure-là ? Ce fait peut-il être relié à mon petit voyage ? Où était mon esprit ? Habitait-il toujours mon corps endormi ou était-il en train de “voyager” quelque part, hors de l’espace rationnel qui lui est dévolu ? Autant de questions qu’il me faudra très vite résoudre sur un plan médical, mais aussi et surtout sur un plan spirituel.

De changements en changements…

Après cet épisode, ma relation aux choses matérielles n’est plus la même. Avant , ma soif d’acheter toutes sortes de choses n’avait pas de limite. Je ne comptais plus le nombre de paires de chaussures ou de vêtements en ma possession. J’étais coquette jusqu’au bout de mes orteils, je portais nombre de bijoux magnifiques, je changeais de coupe de cheveux au moindre prétexte. Et maintenant, voilà que je marche en escarpins. Pour seul bijou, je ne porte plus autour du cou qu’une très belle croix de Jérusalem. Mes vêtements dorment au fond de mes placards. Même l’obsession de gagner beaucoup d’argent afin de pourvoir à l’éducation de mes enfants n’est plus aussi tenace. Je sais que la Providence veille sur eux et qu’ils s’en sortiront. Je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a là un lien évident avec mon petit voyage.

Ma relation aux autres aussi s’est modifiée. Je n’ai, à vrai dire, jamais été une personne fondamentalement égoïste, mais je pouvais être autocentrée et possessive. J’étais aussi capable de la plus grande indifférence vis-à-vis de personnes qui n’entraient pas dans ma sphère de pensée et il a pu m’arriver de blesser publiquement ou profondément des personnes. Tout ceci me semble appartenir au passé. Mon altruisme, qui existait déjà auparavant, me paraît aujourd’hui débarrassé de toutes ces scories qui en entravaient l’authenticité. Preuve de ce changement radical : j’ai pris mon téléphone pour m’excuser auprès de deux personnes que j’avais sans doute blessées par des propos injustes. Jamais je n’aurais imaginé accomplir un tel acte de contrition dans ma vie. J’aspire aussi à dédier ma vie aux autres. Cette idée-là ne m’était pas totalement étrangère. Mais aujourd’hui, je vois les choses en plus grand. Dans mon euphorie naissante, je voudrais venir en aide au monde entier, comme si j’étais dépositaire d’une mission nouvelle.

Enfin, ma relation à mon corps n’est plus la même. Je veux parler ici de la sensation nouvelle que me procure ce corps meurtri par quarante-quatre ans de souffrance sous l’effet de la drépanocytose1. Mes articulations, mes extrémités mal oxygénées, ma maladie qui fait crisser de douleurs chaque parcelle de mon corps comme un mécanisme mal huilé, semblent vouloir me laisser du répit. C’est comme si une légèreté soudaine s’était emparée de moi. Si ce point est confirmé, il témoigne d’une véritable renaissance inexpliquée car rien ne peut justifier sur un plan scientifique que les marqueurs de l’hémoglobine soient améliorés sous l’effet d’une double rupture d’anévrisme !

J’ai conscience qu’il me reste beaucoup à faire. Plusieurs points doivent maintenant être vérifiés. Je dois m’atteler à le faire, convaincue que j’arriverai à montrer la cohérence de tout ce que je décris ici. Tout va s’emboîter comme par miracle. Je suis à l’aube d’un profond bouleversement dans ma vie et je dois être en mesure de l’aborder sereinement.

1. La drépanocytose est une maladie génétique de l’hémoglobine provoquant de sérieuses complications et des crises douloureuses.

Chantal Bonhomme avec le groupe Hopen, qui l’invite régulièrement à témoigner

 

Article extrait du magazine Il est vivant ! n°345.

 


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