La charité, pour que circule l’amour – Thierry des Lauriers

La charité, reine des vertus, a sa vie propre en nous. Nous devons la recevoir d’abord, pour ensuite pouvoir la donner autour de nous. Extrait d’une méditation de Thierry des Lauriers dans le livre Et maintenant ? 7 vertus pour traverser la crise, des Éditions de l’Emmanel.

Une partie des droits d’auteurs de ce livre est reversée à l’association ➨Aux Captifs, la libération, qui œuvre au service des personnes de la rue et des personnes en situation de prostitution.

Plus d’informations sur le livre

L’éditeur présente le livre en vidéo

Extrait 1 : Les pièges de la peur

Dans ses premières prises de parole, le président de la République a choisi d’utiliser le mot guerre pour mobiliser tous les concitoyens que nous sommes et faire comprendre l’importance des règles sanitaires. Le gouvernement a poursuivi sur le même registre en axant sa communication sur la peur : peur de la maladie, peur de la mort. Que ce choix d’instrumentaliser la peur ait été ou non pertinent au regard de la menace du coronavirus, il y a une certitude : vivre dans la peur n’est pas le plan de Dieu pour nous ! La peur en soi n’est pas mauvaise : c’est une réaction humaine, et parfois nécessaire, qui nous prévient du danger. De même, la peur de la mort est légitime et peut s’emparer de tout être normalement constitué. Mais Dieu ne veut pas que nous soyons paralysés par cette peur. « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte implique un châtiment, et celui qui reste dans la crainte n’a pas atteint la perfection de l’amour » nous rappelle saint Jean (1 Jn 4, 18). La peur peut être un obstacle à l’amour, et un obstacle à la liberté. Quand la peur ordonne les choses, quand la peur rode, c’est le désordre. La vie va de travers ! C’est par la justice et la charité que tout un chacun, « petit » décideur de son quotidien ou « grand » décideur, peut ordonner les choses en vue du bien.

Ces derniers temps, la peur a malheureusement gagné quelques victoires contre la circulation de l’amour : fermeture d’associations de solidarité dans les premières semaines de confinement du printemps 2020, impossibilité pour les résidents de maison de retraite de voir leurs proches, interdiction aux aumôniers de toute confession d’assister les mourants à l’hôpital, éloignement des bénévoles de plus de 65 ans des actions de solidarité, refus de structures hôtelières vides d’accueillir des personnes de la rue par peur – entre autres – de la maladie, etc.

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Extrait 2 : Indispensable discrétion

Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches (Mt 13, 31-32).

Tout acte d’amour est une graine de moutarde semée en notre cœur par Dieu lui-même. Il est aussi la petite graine semée dans le cœur de notre prochain. Toute petite graine. Discrète. Semée sans bruit. Sinon ce ne serait pas de l’amour, mais du marketing-charité. Elle pousse jour après jour, discrètement, tant qu’elle peut faire des racines et qu’elle ne s’expose pas au soleil brûlant de l’orgueil et de l’autosuffisance humaine ; tant qu’elle ne se laisse pas étouffer par les ronces et les soucis de la vie ; tant qu’elle ne se laisse pas détourner par les pierres et les tentations du monde ; tant qu’elle trouve son terreau en Dieu Trinité, source de tout amour. Elle pousse sans bruit pour être cet arbre étonnant qui grandit plus que tous les arbres des potagers et des champs au point d’abriter les oiseaux du ciel, au point d’être lieu de circulation de l’amour. Ce moutardier qui abrite les petits ne révèle sa sève qu’est l’amour qu’à ceux qui le contemplent. L’amour en action est comme les paraboles, ou plutôt il est une parabole qui nous révèle ce qui est caché : le monde tient par l’amour. Ainsi, ne nous étonnons pas que la charité ne soit pas reconnue, c’est dans sa nature. Soyons persévérants : seule la charité restera. Soyons confiants : c’est à la charité que nous avons les uns pour les autres que nous serons reconnus pour les disciples du Christ. Et c’est par la charité que nous gagnons l’autre au Christ !

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Extrait 3 : La tentation de prescrire ou déléguer la charité

Puisque la charité est trop facilement écartée, nous pourrions être tentés de l’imposer. Mais la charité ne saurait être prescrite ni par les pouvoirs publics, ni d’ailleurs par l’Église, ni par quiconque. La charité sans la liberté du cœur qui l’exerce n’est pas la charité ! En revanche, de par l’image et la ressemblance de Dieu inscrite dans le cœur de tout homme, chaque homme, chaque femme, baptisé ou non, croyant ou non, est invité à exercer la charité et à faire circuler l’amour. Toute personne de bonne volonté peut prendre part à ce mouvement. Et c’est d’abord la mission de l’Église que de faire circuler cette charité, de lancer le mouvement partout où elle est… c’est-à‑dire en chaque endroit où se trouve un baptisé.

Nous pourrions aussi être tentés de déléguer la charité, d’autant plus en période de pandémie : par prudence sanitaire, restons confinés chez nous et missionnons quelques-uns pour cela. Si nous déléguons la charité à des professionnels spécialisés, il pourra être fait œuvre de justice, mais la charité risque de disparaître. Nous avons besoin de professionnels compétents, et c’est charité que de faire appel à leurs compétences. Nous avons besoin d’associations qui mobilisent et coordonnent des bénévoles. Mais la charité ne peut être la mission de quelques-uns seulement. Le confinement nous a rouvert les yeux sur notre plus proche prochain, sur notre voisin dont nous avions fait un lointain. Ainsi, la charité est appelée à circuler au travers de tous et de chacun, sans exception, dans l’attention aux plus pauvres comme dans l’attention aux plus proches : mon conjoint, mes parents, mes enfants, ma famille, mes voisins, mes collègues, mes amis… et mes ennemis !

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