La foi, ce qui nous lie – Laetitia Calmeyn nous parle de la vérité de Dieu

La foi, l’adhésion à la vérité de Dieu, est une vertu fondamentale pour reprendre pied pendant la crise que nous traversons. Extrait d’une réflexion de Laetitia Calmeyn dans le livre Et maintenant ? 7 vertus pour traverser la crise, des Éditions de l’Emmanel.

Lire un autre extrait du livre : L’espérance, un pied de Dieu dans la porte – Martin Steffens

Extrait 1 : « VENEZ ET VOYEZ »

Plusieurs années avant la pandémie, le cardinal Vingt-Trois, alors archevêque de Paris, faisait une analyse sur l’évolution de la culture qui permet de comprendre un peu ce qui se joue aujourd’hui. Je le cite :

Nous vivons essentiellement dans une culture agnostique, c’est-a‑dire que la référence à Dieu – on peut même partir d’un peu plus loin, la référence à la métaphysique et a fortiori la référence à un Dieu personnel révélé – n’est plus constitutive du débat intellectuel. Car nous voyons bien par l’évolution de notre culture et de notre société, comment l’occultation ou le refus de cette référence transcendante aboutit à la déstructuration de la vérité et à une théorisation d’une connaissance de la post-vérité, c’est-a‑dire une vérité qui est devenue complètement aléatoire et fragmentaire. C’est un grave problème pour l’humanité. C’est une grande difficulté, non seulement pour les philosophes qui finalement continuent à survivre vaille que vaille, en théorisant ce qu’il se passe, mais c’est surtout une grande question pour l’équilibre de l’existence humaine, pour la possibilité des hommes de réfléchir sur ce qu’ils vivent, sur le temps qu’ils vivent, sur les idées auxquelles ils sont confrontés, et de comprendre un peu comment ils peuvent eux-mêmes se situer et trouver un appui solide à la recherche de la vérité.
André Vingt-Trois, leçon inaugurale à l’occasion de la rentrée de la Faculté Notre-Dame, septembre 2016.

Le rapport à la vérité est décisif pour donner aux mots un contenu, aux discours un sens, au langage une portée. Il est par exemple assez frappant de constater que le nombre de mots habituellement utilisés baisse. Ce rétrécissement du champ lexical ne serait-il pas, en particulier chez les jeunes, une des causes d’un mode d’expression de moins en moins articulé ? Que se passe-t‑il lorsque les mots font défaut pour exprimer ce que l’on vit ? On se laisse déborder par les émotions. C’est pourquoi ce sont souvent les émotions qui finissent par orienter notre vie.

Cette « culture agnostique » évoquée plus haut va de pair avec une culture technicienne. S’il n’y a plus de référence à la vérité, au bien objectif, ce sont alors souvent les émotions stimulées par ce qui est possible techniquement qui deviennent le critère d’orientation. Le pape François est assez précis lorsqu’il dénonce le risque de vivre nos relations en mode connexion-déconnexion, c’est-a‑dire par le biais de la technique et selon les envies et les émotions du moment. Ce contexte culturel a favorisé, du point de vue moral, le passage du subjectivisme au relativisme et plus précisément aujourd’hui à une forme d’émotivisme. L’absence de références, de repères, fragilise notre humanité et peut donner lieu à toutes sortes de tentations qui dispersent, et aussi à une forme de tentation identitaire. Plus je me disperse, plus je suis à la recherche de repères fixes auxquels m’identifier. Et voici que la pandémie est venue comme arrêter cette recherche émotive et technocratique dépourvue de sens et de plus en plus destructrice.

L’approche de l’ancien archevêque de Paris relaie au fond cette question posée à Jésus au moment où il entre dans sa passion : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38). Dans l’évangile selon saint Jean, le mot « vérité » apparaît régulièrement : « Je suis le chemin, la vérité, la vie », « La vérité vous rendra libre », « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ». On aurait donc pu s’attendre, dans ce face-à‑face avec Pilate, à un discours de Jésus qui nous éclaire davantage encore sur ce qu’est « la vérité… ». Or, immédiatement après, nous lisons :

Et sur ce mot, [Pilate] sorti de nouveau et alla vers les juifs. Et il leur dit : « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des juifs ? » Alors ils vocifèrent de nouveau disant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or Barabbas était est un brigand. Pilate prit alors Jésus et le fit flageller (Jn 18, 38-19,1).

À la question de Pilate « Qu’est-ce que la vérité ? », l’évangéliste saint Jean répond en nous donnant de voir comment Jésus entre dans sa passion, en nous référant au don qu’il nous fait de sa vie, cette vie qui nous relie les uns aux autres.

C’est l’acte du Christ, l’eucharistie que nous célébrons, qui donne au mot « vérité » sa véritable portée. C’est d’ailleurs vrai aussi en ce qui concerne les mots dignité, liberté, être humain, vulnérabilité, vie. C’est vrai pour tous les mots que nous prononçons.

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Extrait 2 : « OÙ DEMEURES-TU ? »

EE Et maintenantLa foi chrétienne consiste à adhérer à Dieu qui se fait chair. Elle implique un dialogue perpétuel avec ce Dieu qui s’unit à notre humanité pour la sauver de la mort. Il n’y a pas une dimension de notre nature humaine que le Christ n’ait déjà assumée. Le Seigneur nous parle à travers tout ce que nous vivons en matière d’épreuves, de souffrances, mais aussi de joie et de bonheur. Lorsque nous sommes éprouvés par l’abandon, plus profondément nous entendons le cri du Seigneur crucifié : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46). Jésus a été renié, trahi. Il a éprouvé l’abandon. Tout cela, il l’a vécu en aimant jusqu’au bout. La foi consiste à se laisser animer par cet amour qui nous sauve des ténèbres de l’injustice.

En étant pleinement présent durant la messe, et en particulier dans le Saint Sacrement, Dieu ne cesse de nous communiquer au cœur de notre existence cet amour qui relève, qui console, qui éclaire et qui sauve. Plus profondément que la limite, que la finitude, que la faiblesse, il y a ce don de vie divine auquel nous accédons par la foi, une foi non seulement en paroles, mais aussi et d’abord en actes. Il s’agit d’apprendre à aimer comme le Christ nous a aimés, c’est-a‑dire en donnant sa vie pour nous. Et ce don de vie est concret. Il peut se vivre au cœur de chaque situation et éclaire la dignité de toute personne humaine. Notre foi se transmet au sens où elle invite chacun à découvrir l’amour infini de Dieu source de vie.

Les mesures de confinement ne nous ont pas toujours permis de participer à la messe, de vivre l’eucharistie et de nous rassembler. Cette négation politique et juridique de nos racines culturelles et cultuelles au profit d’un pragmatisme superficiel conduit inévitablement vers une impasse. Ce n’est qu’en considérant l’homme à travers toutes ces dimensions : physique, psychique et spirituelle, que l’on pourra trouver une issue humaine et sociétale à la crise que nous traversons. L’homme, en effet, est essentiellement un être religieux, la dimension spirituelle est au fondement de son être. La religion n’est donc pas une option qui serait de l’ordre de la vie privée. Ainsi la mort, la limite, la vulnérabilité font partie de notre existence, elles sont des lieux privilégiés où se révèle notre humanité, mais elles ne constituent pas le tout de notre humanité. Face à l’épreuve et la souffrance, il y a plus profondément la charité qui, éclairée par la foi, devient inventive et permet à une société de s’édifier.

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