« Paray-le-Monial est devenu un cap » – Rencontre avec Nissim Sultan

Nissim Sultan, rabbin de Grenoble, est marié et père de huit enfants. Il a été formé à l’école rabbinique de France. Il c’est déjà rendu par deux fois à Paray-le-Monial pour les « parcours Judaïsme ». Il partage avec Il est vivant ! les fruits de ces expériences, devenue pour lui fondamentales.

Pourquoi avoir participé à ces « Parcours Judaïsme » en 2016 et 2018, à Paray-le-Monial ?

Parmi les éléments moteurs de cet événement,il y a un couple catholique de Grenoblois dont je suis très proche, Geneviève et Jean-Louis Martiel. Nous partageons beaucoup d’études et dévénements; et c’est tout naturellement qu’ils m’ont associé à cette trouvaille extraordinaire.

Etes-vous engagé depuis longtemps dans le dialogue juifs-catholiques ?

Depuis toujours, c’est notre ADN de rabbin français !

Que représente l’événement de Paray-le-Monial pour vous ?

De manière générale, le sujet de la rencontre entre juifs et chrétiens concerne des personnes engagées, soit des ministres du culte, soit des personnes attitrées de manière institutionnelle. À Paray, ce qui était nouveau, c’est que nous étions avec des personnes de tous types. Ce n’était plus une affaire d’initiés. le contenu était certes épuré et vulgarisé sans pour autant être dénaturé. Il y a aussi eu l’expérience du shabbat vécu en commun. Une expérience unique en son genre.

Lors de la première édition de ce parcours à Paray-leMonial en 2016, vous aviez dit en conclusion : « je me suis senti aimé. »

Je l’ai dit comme je l’ai ressenti. Dans le contexte de tous les attentas de ces dernières années, notamment de Toulouse – on a de grosses angoisses pour les enfants de nos communautés et nos propres enfants – j’ai trouvé dans ce rassemblement plus que de l’acceptation et de l’écoute. J’ai reçu de l’amour donné. Ressentir ça apporte plus qu’un réconfort. C’est un démenti à la fatalité.

Et en 2018, vous avez conclu par des paroles également très fortes : « Paray-le- Monial rentre dans l’histoire de l’âme juive. Nous en garderons une trace éternelle en nous-mêmes. »

Et ce n’était pas une envolée lyrique ! Dans la trajectoire du judaïsme et du christianisme et leur détachement historique, nous avons perdu de vue, nous juifs, la réalité chrétienne. Ce bateau a largué les amarres et a coupé les liens avec le judaïsme. Les rapports tendus pluriséculaires entre communautés juives et chrétiennes sont le résultat de cette séparation entre deux proches, issus du même tronc.

Alors imaginer des retrouvailles, qui ne soient pas purement intellectuelles et cérébrales, mais où les personnes prient ensemble, c’est inouï ! Eh bien, c’est ce que nous avons vécu. Lors de ce shabbat à Paray-le- Monial, je conduisais l’office et j’étais porté par les deux ferveurs, juives et chrétiennes. C’est cela que j’ai voulu acter en prononçant cette phrase.

Au-delà du dialogue et de la rencontre interreligieux, qui sont déjà en eux-mêmes de grands progrès, l’expérience spirituelle où personne n’est dénaturé – lors de ce shabbat, les chrétiens ont prié en tant que chrétiens et les juifs en tant que juifs – est nouvelle. En tout cas, cela n’a pas existé depuis longtemps. Il y a un avant et un après. C’est peut-être microscopique à l’échelle du monde mais cela m’a paru significatif.

© Communauté de l’Emmanuel/L. Lefèvre

Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Cela m’a donné une espérance forte, structurelle même. Maintenant, on sait que c’est possible, puisqu’on l’a vécu. C’est un cap à garder. Paray-le-Monial n’est donc pas seulement pour nous un événement du passé, c’est devenu un cap. C’est une expérience matricielle.

Que peut-on faire de plus ?

Faire progresser cette expérience encore et la démultiplier. La faire évoluer mais toujours dans cet esprit : que cela ne soit pas des poignées de gens qui se rencontrent en surface. Il faut miser sur les profondeurs du peuple.

Les membres de votre communauté sont-ils prêts à vivre ce genre d’expérience ?

Certains oui. D’autres sont indifférents à ces sujets. Il s’agit de sensibiliser. Nous avons un très gros travail à faire auprès des jeunes. C’est l’une des richesses de la rencontre de Paray. La jeunesse était très présente dans l’organisation, dans le contenu, dans les échanges. C’est très important. La moyenne d’âge avait baissé très nettement par rapport aux rencontres habituelles.

Et depuis, quelles initiatives avez-vous prises pour garder ce cap ?

Très concrètement, à l’initiative de Geneviève et Jean Louis Martiel, on renouvelle l’expérience à Grenoble dans ma communauté, le weekend de l’Ascension 2019. Ce n’est pas courant dans une communauté juive de notre type ! Nous avons appelé cet événement Un Chabbat dans la cité (cf. lamadet.com). Ce sera un « petit Paray-le-Monial ». On expliquera d’abord aux participants chrétiens et juifs comment se passe l’étude des textes ; il y aura des ateliers pratiques pour présenter le shabbat et puis, comme à Paray, on le vivra tous ensemble. Nous attendons 150 personnes de la région et même de toute la France.

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt


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