Rencontre avec Le rabbin Philippe Haddad – L’enseignement de Jésus me permet de vivre mon judaïsme

Diplômé du séminaire israélite de France depuis 1982, le rabbin Philippe Haddad exerce à l’union libérale israélite de France (UIF, synagogue Copernic, Paris) depuis septembre 2014. Très investi dans le dialogue judéo-chrétien, il se rend régulièrement à la rencontre des paroisses parisiennes. Une expérience qu’il relate pour Il est vivant !

Que retenez-vous de l’expérience que vous avez vécue en allant à la rencontre des fidèles des paroisses parisiennes ?

La rencontre avec l’autre est l’idée fondamentale dans la Bible. Le projet de Dieu, c’est le projet de la fraternité – en hébreu, la fraternité se dit “coudre”. Cela signifie que l’amour du prochain (la fraternité) est la réalisation du royaume de Dieu, de son sanctuaire.

Après deux mille ans d’incompréhension, je vois le dialogue entre Juifs et chrétiens aujourd’hui comme une nouvelle chance, en quelque sorte comme un renouvellement de l’Alliance entre les hommes. C’est une bénédiction de Dieu.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans cette expérience ?

Cet accueil dans les paroisses d’une parole juive d’un rabbin qui vient communiquer avec des frères et des soeurs chrétiens, et d’être invité par des prêtres qui sont très fraternels, très accueillants.

N’avez-vous pas été choqué par certaines questions ?

Une seule fois par une personne d’un certain âge qui avait un fonctionnement « pré-Vatican II ». Hormis cette question, les échanges ont toujours été très respectueux.

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Quelle question revient le plus souvent ?

La position du judaïsme par rapport à Jésus. Je donne ma réponse mais qui n’est pas celle du judaïsme en général. Pour moi, Jésus est mon rabbi. Son enseignement me permet de vivre mon judaïsme. Je lis la Bible avec l’enseignement de Jésus. Cela éclaire ma lecture de la parasha (péricope de la semaine). C’est pour moi le ridoush (renouvellement de sens), en particulier le sermon sur la montagne. À travers l’enseignement de Jésus, c’est le souffle de Dieu que j’entends.

Jésus cherche toujours à nous remettre en marche. C’est le cas avec Lévy, par exemple, quand il lui dit : « Suis-moi. » Cela renvoie en réalité à l’appel d’Abraham. Se mettre en chemin, c’est pour moi suivre une dynamique de l’étude, de la prière et de la rencontre avec l’autre.

Vous partagez aussi je crois depuis de nombreuses années une lecture de la Bible et des Évangiles avec des chrétiens ?

Oui, je viens même de créer une chaîne Youtube qui s’appelle « Jésus Thora » où je vais proposer des lectures. Cela fait trois ans que je travaille Matthieu dans le texte avec des liens dans le Talmud, le midrash, la tradition orale, les Prophètes, etc. Les chrétiens me disent que cela donne du sens à leur propre foi. Cela leur permet de relire les textes, de revenir à l’hébreu ou l’araméen, la langue de Jésus.

Shabbat vécu entre Juifs et Catholiques à Paray
© Communauté de l’Emmanuel/L. Lefèvre

Qu’est-ce que ces échanges vous apportent, personnellement ?

L’enseignement de Jésus est comme l’eau de vie, mais contrairement à ce qu’il répond à la Samaritaine, plus j’étudie la Bible ou les Évangiles et plus j’ai soif de cette parole.

Jusqu’où, selon vous, peut-on aller dans ce dialogue entre juifs et chrétiens ?

Ce dialogue peut servir en quelque sorte de modèle à de nombreuses personnes. Dans un monde où l’individualisme l’emporte, où chacun utilise les réseaux sociaux pour donner son propre point de vue, il permet des retrouvailles entre hommes, sans la barrière des machines ou de l’anonymat d’un pseudonyme. On revient à des rencontres authentiques entre hommes de bonne volonté. Cela a quelque chose de prophétique.

Au-delà de l’étude de la Bible, existe-t-il des actions communes, juifs et chrétiens, auprès des pauvres par exemple ?

Ponctuellement. Nous-mêmes mettons en place des actions communes avec une paroisse de Paris : une synagogue et une paroisse ensemble. Nous soutenons également l’association CoExister. C’est une manière de s’engager dans la cité.

Que dire aux chrétiens intéressés par ce dialogue judéo-chrétien ?

Je ne peux que les encourager à se retrouver avec leurs frères juifs autour de la Parole : la Bible et les Évangiles. C’est très important.

Qu’est-ce qui vous a spécialement marqué, lors du parcours à Paray-le-Monial, l’été 2018 ?

J’étais enthousiasmé par ce public qui a faim et soif de la Parole de Dieu. C’est extraordinaire. C’est presque une expérience mystique pour moi. On ressent une présence, LA présence, la Shekina.

propos recueillis par Laurence de Louvencourt

Laurène revient sur ses deux rencontres avec le Rabbin Philippe Haddad

Quand nous avons appris qu’un rabbin venait dans notre paroisse à l’initiative de l’association Au vent des rencontres et sur l’invitation de notre curé, cela nous a profondément réjouis, mon mari et moi. Nous étions désireux d’écouter un frère juif nous parler de la Pâque. Nous étions loin de pressentir l’expérience que nous allions vivre ce soir-là.

Après son intervention, très belle, et les questions qui suivirent, nous nous sommes approchés du rabbin Haddad, et nous avons vécu avec lui une rencontre, brève, mais qui nous a beaucoup marqués. Nous avons senti une présence intense de Dieu en cet homme et lors de notre échange avec lui. Dieu nous parlait à travers lui.

L’été 2018, nous avons eu la chance de participer au parcours « Juifs-catholiques » à Paray-le-Monial, où nous avons de nouveau fait cette expérience de la joie d’être avec nos frères et sœurs juifs. Au-delà d’une forme de timidité mutuelle, cette rencontre est finalement très naturelle et cela nous renouvelle. Nous avons le désir de poursuivre ces rencontres qui, nous le croyons, nous aident à mieux connaître et aimer Dieu.


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