Abu Gosh : un témoignage d’amitié

Le Père Louis-Marie Coudray a passé plus de 35 ans à l’abbaye d’Abu Gosh, en Israël. Une expérience de vie unique qu’il relate dans le numéro de Printemps d’Il est vivant !

Quand je suis entré au Bec Hellouin en 1977, l’abbaye avait déjà cette ouverture au judaïsme. Pour deux raisons : le sens de l’importance de l’histoire du salut et, l’abbaye ayant une vocation œcuménique, l’intime conviction que la relation au judaïsme était une clé pour l’unité des chrétiens.

Quand je suis arrivé au noviciat, j’ai appris l’hébreu biblique. Par ailleurs les fondateurs du dialogue judéo-chrétien organisaient au Bec des sessions de rencontres judéo-chrétiennes ; je suis aussi allé à un office de Kippour à la synagogue de Rouen.

L’abbaye avait fondé Abu Gosh, en Israël, en 1976. J’ai pu partir en tant que coopérant sur place. C’était l’occasion unique pour moi de passer 18 mois en Israël. Et finalement, je suis resté… 35 ans ! Une fois sur place, je me suis intégré : j’ai appris l’hébreu moderne, visité le pays, fait des lectures, étudié… Quant à la relation avec les juifs ? Elle n’est pas forcément évidente sur place. Elle se fait surtout par les rencontres personnelles qui engendrent la capillarité de l’amitié. Il s’agit de nouer des relations modestement ; de vivre au rythme d’Israël avec ses angoisses politiques, sécuritaires, économiques ; de vivre également au rythme de la vie liturgique juive ; de rester sur place, même en cas de conflit majeur, par solidarité. Cet engagement n’est pas exclusif ; nous avons toujours noué des liens avec les différentes communautés chrétiennes, et avec les Palestiniens.

À Abu Gosh, nous avons toujours essayé d’être en contact avec tout le monde. Quand les trois premiers frères sont arrivés à Jérusalem, ils devaient chercher un lieu où s’installer. La mission que leur avait assignée le père abbé était d’être une présence cordiale tournée vers le monde juif vivant en Israël : en d’autres termes, un témoignage d’amitié. Ces frères se sont finalement installés à Abu Gosh, un village situé à quelques kilomètres de Jérusalem, entièrement musulman, où les bâtiments d’un monastère étaient disponibles. Le minaret est mitoyen de l’abbaye !

J’ai été prieur d’Abu Gosh pendant dix ans, jusqu’en 2015. Puis par un cheminement détourné, je suis devenu directeur du service national des relations avec le judaïsme, à Paris. Avec le père abbé, nous avons accepté car, même si c’est une mise entre parenthèses de la vie monastique régulière pour quelques années, c’est un service d’Église à rendre. Je retourne à Abu Gosh trois fois par an. Devant un auditoire israélien, je suis parfois présenté comme plus israélien que la plupart de l’assistance !


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