Agnès et Jean « Nous avons répondu à l’appel à vivre à Jérusalem »

Agnès et Jean forment depuis 48 ans un couple heureux. Communautaires depuis 43 ans, il ont ressenti à l’approche de la retraite un appel particulier de la part du Seigneur. Partir vivre a Jérusalem ! Une histoire d’accueil, de prière et de fraternité qu’ils nous racontent dans le dernier numéro d’Il est vivant

Mariés, depuis bientôt 48 ans, cinq enfants et quatorze petits-enfants, nous sommes membres de l’Emmanuel depuis 43 ans ! En 1979, nous avons participé à un pèlerinage en Terre sainte, avec Pierre Goursat, notre fondateur.

En 2004, pour la première fois, nous avons commencé à parler ensemble de la retraite : comment voyions-nous cette nouvelle étape de notre vie qui se profilait ? Et nous sommes tombés d’accord sur l’idée de nous installer dans notre chalet en Haute Savoie.

C’est à ce moment que nous avons entendu une voix intérieure : « Vos projets ne sont pas mes projets. » Quel choc. Cela nous a bouleversés et fait un peu peur. Petit à petit, nous avons compris que « ses projets » pour nous, c’était Jérusalem, ville où nous n’aurions jamais imaginé vivre.

Cela nous a pris dix ans pour faire ce chemin de « montée » vers Jérusalem. Dix ans pour accepter cet appel et nous préparer, spirituellement matériellement. Nous sommes venus plusieurs fois à Jérusalem, attirés comme un aimant par cette ville unique. Et, au Golgotha, nous avons compris que c’est ici que se joue l’histoire de l’humanité : ici, le ciel et la terre se touchent.

© Unsplash / Robert Bye

La prière, l’accueil et les relations avec le peuple juif

Nous ne comprenions pas pourquoi Dieu nous voulait là, mais il avait mis trois choses dans nos coeurs : d’abord être une présence de prière sur cette terre et dans cette ville qui sont l’objet d’un tel combat spirituel, et prier sur les lieux saints ; ensuite, l’accueil ; et enfin, les relations avec le peuple juif.

La prière. Comme membres de l’Emmanuel, l’adoration est au coeur de nos vies, et nous avons pu installer une chapelle dans notre petite maison.

L’accueil. Avec les membres de la paroisse hébréophone, d’abord, et, petit à petit, demandant tous les jours à l’Esprit de nous guider, nous avons invité d’autres personnes, du pays ou de passage, et parfois d’autres communautés chrétiennes, protestants et orthodoxes. Un accueil simple et fraternel, avec la possibilité de prier ensemble. Jérusalem est une ville dure à vivre, à cause des tensions, politiques et spirituelles, et il est bon d’avoir des lieux où se poser. Nous recevons aussi, en plus de notre famille, des amis de passage dans le pays, ou qui veulent venir prier à Jérusalem.

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Les relations avec nos frères juifs. C’est certainement le plus difficile à vivre ici, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Car ils ont peur de nous, peur que nous voulions les convertir. C’est très fort chez eux étant donné ce qu’ils ont souvent vécu. De plus, ici, en Israël, ils sont enfin « chez eux » et ils n’ont pas besoin de nous, ils préféreraient certainement que nous ne soyons pas là. C’est donc un long chemin d’apprivoisement que nous avons à vivre avec eux. La première chose que nous devons leur faire comprendre, c’est que nous les aimons pour ce qu’ils sont, sans arrière-pensée, sans aucune velléité de les convertir. C’est primordial si nous voulons entrer en contact avec eux. Nous devons les aimer comme des membres de notre famille, une famille divisée depuis 2000 ans, mais qui a besoin de se retrouver et de guérir de cette blessure de division. À partir de là, quelque chose, tout doucement, peut prendre forme, en sachant qu’il y aura toujours de leur part une certaine méfiance à notre égard.

L’aventure de « Nostra Ætate 4 »

Ici, l’approche nouvelle de l’Église par rapport au peuple juif est très précieuse, et notamment la reconnaissance de la première Alliance, cette Alliance jamais révoquée, signe de la fidélité de Dieu lui-même à son peuple, puisque « les dons et appels de Dieu sont irrévocables » (Rom 11, 29). Nous sommes très touchés par leur fidélité à cette vocation particulière qui les fait vivre, pour beaucoup à travers le respect des commandements, les Mitzvot, même si cela nous semble parfois difficile à comprendre, et même si, dans le quotidien de ce pays, on ne voit pas toujours les fruits de cette vocation particulière.

C’est dans la suite de ces interrogations qu’a surgi pour nous une nouvelle mission, inattendue, « Nostra Ætate 4 », (d’après la déclaration du Concile). Des membres de diverses communautés du pays, un Dominicain, une sœur des Béatitudes et un Israélien que nous connaissions, nous ont sollicités pour participer à ce projet nouveau : une association qui travaille à la connaissance mutuelle entre juifs et chrétiens. En faisant connaître aux chrétiens leurs racines juives mais aussi le judaïsme d’aujourd’hui et l’avancée des relations entre juifs et chrétiens Nous avons bien sûr accepté, très touchés par ce qui nous semblait prophétique : ici à Jérusalem, travailler ensemble entre membres de diverses communautés d’Église pour renouer le fil de notre histoire commune, juifs et chrétiens.

Mgr Pierbattista Pizzaballa, notre évêque, nous a tout de suite soutenus, heureux de cette initiative. Et petit à petit, beaucoup d’encouragements sont venus d’ici et d’ailleurs.

Notre désir est de toucher des personnes du monde entier à travers notre site « na4.org » et nos sessions (qui ne sont pour le moment qu’en français).

En 2019, nous proposons deux sessions, l’une la semaine de Pâques, et l’autre en août. Le matin, il y a des cours accessibles à tous ; l’après-midi, des visites des lieux saints ou autres, ou des rencontres (voir le site « na4.org »). Nous avons également initié une série de conférences sur le judaïsme à l’École biblique de Jérusalem. Les Dominicains soutiennent activement ce projet, ce qui est pour nous très précieux. Enfin, des juifs israéliens, universitaires ou autres, acceptent de collaborer avec nous. L’un d’eux fait déjà partie de notre équipe. Ce projet interpelle, et l’aventure ne fait que commencer !


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