« J’existe ! » : un livre pour mieux comprendre le mystère de la vie célibataire

Pas facile d’être célibataire dans l’Église : sentiment d’inutilité, sensation d’être réduit à une souffrance… Dans son livre J’existe ! Un autre regard sur les célibataires, le Père Olivier Bonnewijn approfondit le mystère de la vie célibataire pour redonner aux célibataires une place positive dans l’Église et leur indiquer un chemin de fécondité. Explications de l’auteur.

Quel est le but de ce livre ? Est-ce un manuel didactique pour se sortir du célibat ?

Non, je n’ai pas voulu offrir un « mode d’emploi » pour célibataire chrétien ou pour célibataire tout court. « Souvent, on veut nous donner des conseils sur notre situation, trouver pour nous des solutions. On veut aussi chercher les causes de notre célibat. Mais rares sont ceux qui savent simplement être là, à côté de nous. » Cette confidence m’a beaucoup fait réfléchir. Tout en reconnaissant l’utilité des manuels, j’ai tenté d’abord et avant tout « d’être simplement là, aux côtés des célibataires », grâce à une réflexion assez fondamentale. Autant que faire se peut, j’ai tâché d’entrer dans une certaine intelligence du mystère de la vie célibataire.

S’il n’est pas une solution au célibat, qu’est-ce que le célibataire y trouvera en le lisant ?

Il n’y a jamais de solution toute-faite. A chacun de suivre son étoile ! J’espère que ce livre contribuera à nous faire tous sortir d’un regard parfois assez négatif posé sur les célibataires. Non, le célibat ne se décrit pas d’abord et avant tout comme la privation d’une vie conjugale ou d’un engagement dans une vie consacrée ! Non, le célibat n’est pas en lui-même lié à des « problèmes » psychologiques ou de don de soi ! Non, le célibat n’est pas que souffrance !  « Nous, les célibataires, nous ne sommes pas que des frustrés de l’existence. Ce qui est le plus important chez nous, ce n’est pas le manque. On vit une vie complète et riche dans la société. Et pas uniquement demain ! Maintenant ! Ce qu’on vit est tout de même beau. Ce n’est pas que problématique. » Dans cet ouvrage, je suis parti à la recherche de la réalité positive du célibat, de son sens, de sa consistance, de sa valeur. A cet effet, j’invite le lecteur à une exploration des univers de la solitude, du baptême et de la confirmation, de la réciprocité et de la fécondité, des pulsions.

Peut-il éclairer ceux qui ne sont pas célibataires ?

Bien évidemment, ces questions ne sont pas réservées aux personnes célibataires. Au contraire ! Elles nous intéressent tous au plus haut point. « Chez nous, raconte une mère de famille nombreuse, personne n’est célibataire. Mais j’ai des amis qui le sont. Je suis impressionnée par leur disponibilité. Ils ont une richesse bien à eux. Mes amis célibataires ont quelque chose – je ne sais pas bien dire quoi – qui m’aide énormément. Même par rapport à mon couple. » Nous sommes tous concernés par ce « je ne sais pas bien dire quoi » dont les célibataires sont empreints.

En quoi est-ce important que toute l’Église prenne conscience des enjeux liés aux célibataires ?

« J’ai le sentiment d’être parfois un peu transparente, confie une célibataire. Même dans la paroisse où je suis engagée ! » Ce sentiment est partagé par beaucoup. Il correspond à la réalité. Peu de place est reconnue à toutes ces personnes qui vivent autre chose que la vie matrimoniale ou consacrée. Un petit indice : j’ai rarement entendu une intention explicite à leur sujet durant les Eucharisties, ou une homélie qui les concerne immédiatement. Au niveau de l’Église universel, très peu de réflexions leur sont consacrées. Plus radicalement, il me semble qu’on ne leur prête pas suffisamment d’attention dans la vie ecclésiale concrète. C’est dommage et même injuste. L’Église est une communion de personnes. C’est ce qui fait sa richesse, sa force et sa vérité. Chacun doit pouvoir s’y sentir chez soi, pleinement reconnu et soutenu, heureux d’apporter sa contribution propre à l’ensemble de l’édifice.

Vous parlez du célibat comme un « état de vie ». Ce terme n’est-il pas un peu exagéré ?

Oui, cette hypothèse est sans doute audacieuse. Elle a fait l’objet de débats et en fera encore. A commencer parmi les célibataires eux-mêmes ! « Comme tout célibataire qui n’a pas choisi de l’être, je considère que l’état dans lequel je me trouve n’est ni bon, ni naturel. Je le sais. C’est un « non-état de vie » et je dépense toutes mes énergies pour en sortir. » Tout en respectant infiniment ces propos, je pense de mon côté qu’on peut vraiment parler d’état de vie célibataire à part entière, à condition de bien comprendre ce qu’on veut dire par là.

Qui dit état de vie, dit stabilité. La stabilité spécifique du célibataire est marquée par une disponibilité – ou non – à rencontrer un conjoint ou à percevoir un appel à une vie consacrée. C’est pourquoi, j’aime parler de « célibat ouvert », plus positif que les expressions couramment utilisées telles que « célibat non-choisi », « célibat subi », « célibat d’attente », « célibat imposé ». Pour parler d’état de vie, il convient de consentir à entrer dans ce célibat ouvert. Et pour parler d’état de vie chrétien, il convient de consentir à entrer dans la stabilité heureuse du baptême et de la confirmation. Dans le souffle de l’Esprit Saint !


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