Comment la joie peut-elle habiter le cœur tordu de douleur d’une maman qui sait qu’elle va perdre son enfant ? Véronique témoigne de cette belle grâce qu’elle a reçue dans l’épreuve.

Nous nous sommes mariés en 2006 et nous avons la chance d’avoir deux enfants de 12 et 8 ans. Le Seigneur a permis que nous soyons éprouvés dans le plus grand désir de notre cœur : avoir une grande famille. En effet, 9 de nos petits, sans raison médicale évidente pour la plupart, sont montés au Ciel après quelques mois de grossesse. Ces deuils invisibles ont percé mon cœur de maman, et j’ai trouvé la consolation en les offrant un à un pour la délivrance des saintes âmes du Purgatoire.

Je souhaite aujourd’hui témoigner de quelque chose de très beau qui m’est arrivé à ce sujet.

C’était juste avant ce Noël 2019. Cela faisait 4 ans que je n’avais pas attendu de bébé, et je me préparais à arrêter d’espérer quand, un matin, mes doutes se transformèrent en grand espoir ! On attendait un bébé ! Nous décidâmes ensemble mon mari et moi de nous réjouir pleinement de cette nouvelle, laissant nos angoisses de le perdre dans les mains de Jésus. Nous allions donner à cet enfant tout notre amour, que ce soit pour quelques mois ou pour notre vie entière. Les examens se sont avérés plutôt positifs et nous avons passé un Noël magique. J’ai profité de chaque instant qui m’était donné d’être le lieu de vie de ce nouveau petit être fragile et tellement aimé et désiré par Dieu.

Mais quelques jours après j’ai dû me rendre aux urgences car je ressentais une grande douleur me vriller le corps. Après les examens de plusieurs urgentistes, le diagnostic est sans appel, je fais une GEU (grossesse extra utérine) et c’est grave. Ne localisant pas le bébé à cause de l’hémorragie interne je ne suis pas opérée immédiatement mais surveillée toutes les 30 minutes toute la nuit. Cela me donne le temps de penser à mes lectures des semaines précédentes qui m’avaient complètement transportée. Il s’agissait d’apprendre à louer et remercier Dieu pour les situations désagréables de notre vie. J’avais testé dans les petites choses (et j’avais effectivement constaté que ma vie se transformait totalement !!) et je m’étais bien promis d’essayer dans les plus grandes, quand l’occasion se présenterait. C’était parfait donc comme mise en pratique) J’ai eu bien sûr besoin de l’aide de Dieu car seul, on est bien souvent juste bon à se plaindre de son sort.

Le chirurgien est venu et m’a expliqué que le bébé n’était pas localisé, qu’il ne pouvait pas vivre plus, et qu’il fallait opérer.

C’est alors que j’ai fait cette expérience tout à fait étonnante : lorsque le chirurgien est sorti de la chambre, je me suis mise à pleurer toutes les larmes jusque-là contenues, et j’ai pleuré ainsi pendant 2h sans parvenir à me calmer. Et en parallèle, dès les premières larmes, j’ai eu l’intuition que je devais remercier Dieu de tout mon cœur de cette situation précise. Je l’ai fait immédiatement et sincèrement, car je croyais fermement qu’à ce moment précis, le merveilleux plan d’amour de Dieu pour moi était en train de se réaliser. Il ne faut pas être le grain de sable qui se mettrait dans les rouages du plan parfait de Dieu pour nous. Je décidais donc de choisir cette épreuve parce que j’avais tout d’un coup la certitude que le Seigneur me forgeait pour ce plan et qu’Il me préparait quelque chose de rempli d’amour. Au fur et à mesure que je remerciais et louais Dieu, j’ai ressenti une joie immense envahir le plus profond de mon âme. Mon lac intérieur était lisse, comme diraient les penseurs contemporains. Une joie et une paix s’installaient avec une force incroyable. J’étais abasourdie de vivre une telle joie surnaturelle tout en pleurant si intensément ! Le Seigneur m’a fait ce cadeau inestimable de toucher du doigt la vraie joie, celle qui n’est en rien conditionnée par les circonstances extérieures. La joie donnée gratuitement par Dieu Lui-même. La joie que rien ni personne ne peut vous enlever.

J’ai ainsi pu offrir ce 9ème bébé dans une exultation intérieure intense. Quel bonheur d’avoir été choisie pour offrir un nouveau petit adorateur au Seigneur ! La joie ne m’a pas quittée et j’aime penser à ce petit être (il s’appelle Innocent(e) car il est mort le jour des Saints Innocents) qui fait la joie de Dieu.

Deo Gratias, « Dieu fait toutes choses nouvelles. »

SESSION DE L'EMMANUEL 2020