Comment sauver la planète à domicile, un manuel d’écologie intégrale

Comment convertir l’écologie intégrale en actes quotidiens ? Adeline et Alexis Voizard nous donnent des pistes pour chaque pièce de la maison dans leur livre Comment sauver la planète à domicile, l’art de vivre selon Laudato si’ qui sort le 28 février. Une interview exclusive et un chapitre du livre !

Comment en êtes-vous arrivés à écrire ce livre ? Quel a été le déclic qui vous a fait passer à l’acte ?

Jusqu’à la publication de l’encyclique Laudato si’, le sujet de l’écologie ne faisait clairement pas partie de nos préoccupations. Malgré tout, le témoignage joyeux de quelques familles autour de nous soucieuses de respecter l’environnement nous montrait un visage de cohérence de vie chrétienne, ce qui nous interpellait sur notre manière d’unifier notre vie. La lecture de l’encyclique nous a permis de rentrer pleinement en conscience des enjeux environnementaux, humains et spirituels de l’écologie intégrale et de nous sentir personnellement concernés en tant que chrétiens. Enfin, le film Demain et les initiatives positives qu’il présente nous a permis de poser les premiers gestes écologiques concrets dans notre foyer. En avançant sur ce chemin écologique nous avons découvert comme chaque petit geste posé nous rendait plus libre et plus joyeux et c’est ainsi que nous avons eu le désir de partager ce trésor.

A la fois à travers des conseils pratiques très accessibles ainsi que des témoignages mais aussi par des réflexions présentant, au delà de la dimension environnementale, les enjeux humains et spirituels.

Qu’est-ce que c’est qu’une conversion écologique ? Est-ce une démarche spirituelle ?

L’enjeu n’est pas tant de se convertir à l’écologie que de prendre conscience que notre conversion personnelle et notre chemin de sainteté ne peut pas faire abstraction de la question environnementale et de notre rapport à la création, aux créatures et à notre Créateur. C’est donc effectivement pleinement une démarche spirituelle. L’écologie comme une fin en ferait une idéologie ou une idole.

Qu’appelez-vous « sauver la planète » ?

Sauver la planète est le cri de tout militant écologiste. Cependant, l’enjeu, au delà de sauver le monde chacun à notre niveau, est de comprendre que la question écologique fait entièrement partie de notre chemin de conversion et de sainteté. Et l’objectif est bien celui là : le salut de la planète passera par le salut de chacun d’entre nous. Sauver la planète nous renvoie en fait à notre propre chemin de sanctification, notamment à travers les gestes écologiques que nous posons et qui nous restituent dans notre entière dignité de co-créateur.

Vous amenez le lecteur à visiter chaque pièce de la maison, pourquoi une telle pédagogie ?

Parce que la question écologique se pose à notre niveau, comment y répondre dans le quotidien de notre vie? Et notamment dans notre maison, notre cuisine, notre jardin, notre salle de bain ou notre chambre à coucher. Chaque pièce est en fait un prétexte pour aborder de nombreux thèmes écologiques, environnementaux, humains ou spirituels : la consommation, le rapport à notre corps, la contemplation, etc. Par exemple, dans la salle à manger, il s’agit autant du contenu de notre assiette que de savoir rendre grâce pour le repas, d’inviter quelqu’un à sa table ou de se garder de toute critique dans nos conversations. C’est en fait très concret, très accessible… et ça marche même quand on habite en appartement, et quel que soit notre état de vie ou notre état de santé. Chacun trouvera le petit pas pour se mettre en chemin.

Peut-on vivre Comment sauver la planète à domicile comme une petite retraite, particulièrement en ce temps de carême ?

A travers ce livre, notre idée était de proposer un guide simple et pratique mais plus encore de proposer un vrai chemin de conversion qui nous rappelle la gratuité des dons de Dieu que sont les créatures et la Création et que chaque geste posé nous restaure dans notre condition de co créateur. C’est une démarche de gratitude, de joie et de sobriété qui nous sanctifie et nous tourne vers les autres. Ça peut donc parfaitement s’adapter à ce temps de carême.

Chapitre 2

La cuisine, lieu de la juste consommation

Franchissons maintenant le seuil pour entrer dans notre maison. Nous vous proposons de commencer cette visite par la cuisine. D’une part, parce que c’est la pièce à laquelle on pense en premier lorsque l’on parle d’écologie. D’autre part, parce que c’est sans doute la pièce où il est le plus simple de poser des gestes concrets ayant un impact écologique immédiat.

Dans son encyclique, le Pape n’hésite pas à employer les termes de « culture du déchet » tant nous gaspillons ce que nous consommons. Or, la cuisine est aussi le lieu par excellence où nous sommes incohérents, en remplissant nos poubelles aussi vite que nos caddies, en consommant plus de plastique que d’aliments (des pots de yaourts à la viande, des fruits et légumes au fromage, tout est vendu emballé sous plastique) ou même en achetant plus que selon nos besoins. Le Pape l’affirme d’ailleurs : nous gaspillons un tiers des aliments qui sont produits. Qui en effet n’a jamais jeté une salade flétrie ou un steak périmé qui traînaient au fond du réfrigérateur ?

Or, le Pape a une parole très forte : « Lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre1. »

En nous convertissant à l’écologie, nous allons donc forcément changer nos habitudes de consommation et d’alimentation.

Dans Caritas in Veritate, Benoît XVI nous rappelle la nécessité d’éduquer notre consommation : « Il est bon que les personnes se rendent compte qu’acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral2. » Dans cette pièce de la cuisine, c’est vraiment cette idée qu’il nous semble important de transmettre. Faisons de nos achats un acte moral et orienté vers la justice ! Quand nous faisons nos courses, choisissons l’homme avant le prix, retrouvons la saveur et le plaisir de manger plutôt que la corvée des courses et du repas à préparer. Privilégions les commerces de proximité, découvrons des producteurs locaux. Ou encore, car c’est la même idée, aidons une voisine à faire ses achats, covoiturons pour aller faire nos courses.

1. Catéchèse du 5 juin 2013.
2. Caritas in Veritate, n° 66.

Si la tâche du moindre gaspillage peut sembler ardue, ne soyons pas fatalistes. Il n’est pas compliqué de changer nos habitudes, et nous vous proposons plusieurs démarches très concrètes, faciles et rapides à mettre en place dans la cuisine :

❱❱ Décider de ne posséder que l’essentiel

Posons le choix de n’acheter à l’avenir que ce qui est vraiment utile. Nous pouvons renoncer aux objets qui servent peu ou que nous possédons en plusieurs exemplaires, aux accessoires aussi jolis qu’inutiles comme les coffrets cuisines ou autres ustensiles originaux.

Plusieurs techniques peuvent nous aider : ne pas céder aux promotions ou aux têtes de gondole, mais faire une liste et s’y tenir ; se projeter avec l’objet en se demandant si on en a vraiment besoin et si on l’utilisera régulièrement ; attendre de faire mûrir notre désir d’achat avant de passer à l’action.

Dès aujourd’hui, désencombrons-nous ! Trions et donnons ou revendons ce que nous possédons en trop (nappes et serviettes, vaisselle, robots, matériel de cuisson…) et qui pourrait servir à d’autres. Et si nous tenons à garder quelques objets superflus, goûtons au plaisir de prêter (et d’emprunter ce qui nous manque) : la cuillère à glace l’été, le moule en forme de sapin à Noël, la bougie d’anniversaire en forme de 4, etc. Ainsi, nous nous encourageons les uns les autres dans ce nécessaire effort de désencombrement.

❱❱ Limiter les déchets

Pour cela, la meilleure méthode reste de fuir les emballages plastiques et de préférer l’achat en vrac. Évitons au maximum les sacs en plastique qui ont été fabriqués en une seconde, sont utilisés en moyenne vingt minutes et mettent quatre cents ans à se dégrader. Ayons avec nous des sacs en tissu que nous réutiliserons. Préférons les produits bruts et simples à cuisiner aux plats industriels tout préparés. Réapprenons à mettre la main à la pâte (au sens propre) en cuisinant au moins un repas par jour : lasagnes de légumes, salades colorées de crudités et céréales en été, soupes en hiver… Osons proposer des plats simples dont on aura plaisir à goûter pleinement la saveur.

Nous vous proposons un exemple de changement d’habitude sous forme d’« avant/après », avec les pique-niques estivaux :

❱❱ Avant : bouteille en plastique, sachets de chips, sandwich sous plastique bourrés d’additifs, biscuits industriels emballés individuellement, serviettes et couverts en papier et plastique, sacs en plastique pour les déchets…

❱❱ Après : quelques boîtes contenant une salade, une part de quiche ou de cake faits maison, du fromage, du pain ou de la fougasse enveloppés dans un torchon, une gourde d’eau, des fruits faciles à manger, des serviettes en tissu, les couverts de la maison que l’on mettra au lave-vaisselle. Plus besoin de sacs pour les déchets, les restes alimentaires seront mangés aux repas suivants !

N’oublions pas, enfin, de trier nos déchets (verre, papiers et cartons, déchets non recyclables, déchets compostables…). Ce qui est d’abord un effort devient vite une habitude, puis un geste aussi naturel qu’éteindre la lumière en se couchant ou fermer la porte d’entrée !

❱❱ Favoriser les objets durables et écologiques

Préférer les chiffons microfibres et les mouchoirs en tissus aux essuie-tout et mouchoirs en papier, éviter la vaisselle jetable, acheter du café en sachet (les capsules sont cinq fois plus chères et provoquent dix fois plus de déchets), du thé en vrac… On peut aussi garder nos verres toute la journée plutôt que les mettre au lave-vaisselle après chaque repas.

❱❱ Choisir des produits sains et locaux

Au fond, quand on y réfléchit bien, on se rend compte qu’il ne s’agit que de bon sens. Qui a envie de manger une pomme quand on sait qu’elle subit en moyenne trente traitements différents lui ôtant ses valeurs nutritives puis est aspergée d’un gaz lui permettant de se conserver une bonne année et de rester bien brillante sur les étalages ? Pourquoi acheter des tomates venant d’un autre pays quand notre région en produit ? Il nous faut passer par cette prise de conscience de nos incohérences afin d’avancer sur ce chemin de la conversion à une écologie intégrale.

Témoignage d’un jeune homme célibataire

J’ai commencé par décider que je voulais manger bio pour éviter les pesticides dans mon assiette et me nourrir plus sainement. Mais j’ai continué de faire mes courses au drive de mon hypermarché, le seul changement opéré étant que je ne choisissais que des aliments certifiés biologiques.

Ce n’est qu’après quelques mois que je me suis rendu compte que la quasi-totalité des aliments venait de l’étranger et que même les fruits et légumes étaient vendus dans des barquettes en plastique elles-mêmes emballées dans un sachet plastique ! C’est cette prise de conscience qui m’a permis de gagner en cohérence et en unité de vie et de préférer choisir des produits « responsables » plus que simplement labellisés bio. J’ai compris que mes achats m’engageaient et que je ne pouvais pas faire comme si je ne voyais pas la différence entre acheter un produit bon uniquement pour ma santé et choisir d’acheter un produit qui fait du bien à la terre et aux hommes (faible consommation énergétique, peu de transports, peu d’emballages, salaire décent pour le producteur, agriculture saine qui ne pollue pas ni ne détruit la terre, etc.). Je me suis mis à choisir des produits de mon pays, idéalement de ma région, provenant d’une agriculture biologique ou raisonnée ou marqués d’un label de qualité. J’ai choisi de réserver la viande au dimanche et de me questionner sur les conditions d’élevage (en batterie ? en plein air ?) et d’abattage (l’animal est-il conscient ?). Je me suis mis à boire du jus de pommes ou de raisin français le matin plutôt que du jus d’oranges venues d’autres continents, à cuisiner moi-même des plats simples et bien meilleurs que ceux tout préparés. J’ai limité les courses en hypermarché aux produits introuvables ailleurs et privilégié les petits commerces de mon quartier, découvrant ainsi des personnes à rencontrer, sachant me conseiller et heureuses de leur métier. Plutôt que me désoler dès qu’un petit commerce fermait, j’ai compris que le meilleur moyen de faire vivre mon quartier était d’y faire mes courses, et non de prendre ma voiture pour acheter en zone commerciale des produits venus d’ailleurs.

Toutes ces petites décisions ont changé radicalement mon mode de consommation alimentaire et j’en ai vu immédiatement les fruits : poubelles remplies au bout de dix jours au lieu de trois, plaisir dans l’assiette, découverte du vrai goût des aliments, fierté de faire mon pain ou mes yaourts ou quand les amis disent que le repas était délicieux, plaisir de faire mes courses à pied, joie d’aider les petits commerçants à vivre de leur métier, etc.

En outre, j’ai vite pu constater un changement rapide de mes habitudes. Ce qui me paraissait hors de notre portée était finalement tout simple, il suffisait de se décider et se lancer ! ■

Ce témoignage illustre bien l’appel du Pape émérite Benoît XVI à faire de nos achats des actes moraux et non purement économiques. Changer de regard sur nos courses alimentaires nous conduit à poser des actes justes et porte du fruit pour la terre, pour les hommes qui la cultivent mais aussi pour nous-mêmes.

Acceptons aussi de payer le prix juste, qui permet à chacun, et d’abord au producteur, de vivre décemment.


LE PRIX DU BIO

Bien souvent, le prix élevé des produits bio ou français nous semble un frein. Il est pourtant nécessaire de savoir relativiser le coût du bio. Avant tout, les produits bio étant meilleurs nutritionnellement, nous avons besoin d’en manger moins pour nous nourrir. De plus, nos changements d’habitudes alimentaires nous font faire les économies nécessaires pour nous alimenter sainement : en limitant l’achat de produits transformés, en achetant des produits en vrac, de saison et locaux ou encore en remplaçant la viande par davantage de protéines végétales. Cuisiner de bons produits nous redonne le plaisir de nous nourrir ; nous avons ainsi moins le désir d’aller au restaurant nous offrir un bon repas ou de multiplier le nombre de plats pour avoir le sentiment d’avoir bien mangé, nous redécouvrons la joie des saveurs les plus simples. Enfin, rappelons-nous qu’en 1960, 35 % des dépenses des ménages étaient consacrées à l’alimentation, contre 20 % aujourd’hui1. Il est peut-être nécessaire de rééquilibrer globalement notre budget et d’accepter que l’alimentation pèse un peu plus. De revoir nos priorités en supprimant ou en diminuant certaines dépenses devenues superflues. Quelle est la part de notre budget consacrée aux loisirs, aux vêtements, aux écrans ?

Mais surtout, il nous faut sans doute accepter de payer plus cher pour un produit de qualité, sain et non polluant. C’est ainsi que nous aidons des hommes à vivre de leur choix de faire le bien. En particulier, nous rendons leur dignité aux agriculteurs qui font le choix d’une agriculture responsable. Nous contribuons à bâtir une société plus juste. Notre générosité financière aujourd’hui tournée vers les associations caritatives pourrait en partie être consacrée à cet acte moral qu’est l’achat au juste prix de produits sains et locaux.
1. Étude de l’INSEE, 2015.


Enfin, ne refermons pas ce chapitre sans aborder la dimension spirituelle de l’alimentation. Le Christ nous enseigne quelle est la vraie nourriture : le Pain vivant, source de vie éternelle (cf. Jn 6, 51-59). Soyons fidèles à l’Eucharistie et nourrissons- nous aussi de la Parole de Dieu, afin de demeurer en Dieu et de vivre par Lui. C’est ainsi, pleinement nourris, que nous pourrons accueillir et poser les gestes justes que Dieu nous inspirera pour protéger la terre et les hommes qui y vivent.

JE RETIENS

M’alimenter et nourrir ma famille est un besoin primaire fondamental qui m’engage. En posant des actes justes, je fais vivre un écosystème, à travers les produits eux-mêmes, ceux qui en prennent soin, ceux qui en vivent, et ceux qui les cuisinent.

PAR OÙ COMMENCER ?

– Je choisis des fruits et légumes de saison provenant de ma région.
– Je m’équipe de plusieurs poubelles pour trier mes déchets en vue de leur recyclage.
– Si j’achète un produit industriel, je choisis celui avec la liste d’ingrédients la plus courte et composé de produits entiers et naturels.

POUR ALLER PLUS LOIN

– Je m’abonne à une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) pour aller à la rencontre d’agriculteurs locaux.
– J’achète en vrac mes produits alimentaires que je stocke dans des bocaux en verre.
– Je peux fabriquer mes yaourts moi-même pour éviter une aussi grande consommation de plastique : Faire bouillir 1 L de lait. Une fois tiède, le mélanger à autre yaourt. Remplir environ 8 pots (passant au four) et les mettre au four 30 minutes à 50 °C. Les laisser ensuite toute une nuit dans le four éteint. Enfin, les placer et de les conserver au réfrigérateur.

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