Les papes et le Curé d’Ars

Saint Jean-Marie Vianney, a été nommé patron de tous les curés de l’Univers par Pie XI. Depuis, les papes l’ont régulièrement montré en exemple à tous les prêtres catholiques.

Article extrait du magazine Il est vivant ! n°266, de décembre 2009

Jean XXIII lui consacre une encyclique

En 1959, à l’occasion du centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney, Jean XXIII publie une lettre encyclique qui étale aux yeux de tous les vertus de l’humble curé français. Extraits. Pauvreté Son désintéressement le rendait attentif aux pauvres, à ceux de sa paroisse surtout, envers qui il témoignait d’une extrême délicatesse, les traitant « avec une véritable tendresse, avec beaucoup d’égards, on peut dire, avec respect ». Il recommandait de ne jamais manquer d’égards envers les pauvres, parce que ce manque retombe sur Dieu ; et quand un miséreux frappait à sa porte, il était heureux, en l’accueillant avec bonté, de pouvoir lui dire : « Je suis pauvre comme vous, je suis aujourd’hui un des vôtres ! » À la fin de sa vie, il aimait répéter : « Je suis très content, je n’ai plus rien, le bon Dieu peut m’appeler quand il voudra. » Chasteté Saint Jean-Marie Vianney, pauvre dans ses biens, fut également mortifié en sa chair. « Il n’y a qu’une manière de se donner à Dieu dans l’exercice du renoncement et du sacrifice, disait-il: c’est de se donner tout entier. » Et toute sa vie, il pratiqua, à un degré héroïque, l’ascèse de la chasteté. Obéissance Toute sa vie, en effet, il aspira à la solitude d’une sainte retraite, et les responsabilités pastorales lui furent un trop lourd fardeau, dont il tenta même plusieurs fois de se libérer. Son obéissance totale à l’évêque n’en fut que plus admirable. L’art d’être curé « Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu dans cette paroisse, vous y en mettrez », lui avait-on dit en l’y envoyant. Apôtre infatigable, plein d’initiatives pour gagner la jeunesse et sanctifier les foyers, attentif aux soucis humains de ses ouailles, proche de leur vie, se dépensant sans compter pour l’établissement des écoles chrétiennes et en faveur des missions paroissiales, il fut en vérité pour son petit troupeau le bon pasteur, qui connaît ses brebis, les garde du danger et les conduit avec autorité et sagesse. Jean XXIII, Sacerdotii nostri primordia (extraits).

Jean Paul II insiste pour aller à Ars

La célèbre biographie du Saint Curé, écrite par le chanoine Trochu, était sur la table de chevet de Karol Wojtyla depuis ses premières années de sacerdoce. À de multiples occasions, Jean Paul II a dit son admiration, son affection pour le « petit curé de la Dombes ». Dès son premier voyage en France, en 1980, il parle à plusieurs reprises du Curé d’Ars qui « demeure pour tous les pays un modèle hors pair, à la fois de l’accomplissement du ministère et de la sainteté du ministre ». À Notre-Dame de Paris, il exprime son regret de ne pouvoir visiter ce petit village lors de son voyage en France. « Comme j’aurais aimé me rendre en pèlerinage à Ars, si cela avait été possible ! » Désir qu’il réalisera quelques années plus tard, en 1986, pour le bicentenaire de la naissance de Jean- Marie Vianney. Dans son livre sur sa vocation, le Pape parle de l’influence qu’a exercée le Curé d’Ars sur sa vie de prêtre, d’évêque et de souverain pontife. Presque un an après son ordination, en 1947, il saisit l’occasion – « une chance » – de passer à Ars: « Avec une vive émotion, je visitais la petite église où saint Jean-Marie Vianney confessait, enseignait le catéchisme et donnait ses homélies. Ce fut pour moi une expérience inoubliable. Dès l’époque où je me préparais au sacerdoce, à Cracovie, je lisais la vie du Curé d’Ars. Et l’exemple de ce curé me fortifiait dans mon désir de me consacrer totalement au salut des âmes. Depuis, je n’ai cessé d’aspirer à venir moi-même prier sur les lieux de son ministère, près de sa tombe. » En revenant à Ars, il dira combien l’exemple de ce saint prêtre l’a profondément marqué. Ayant fini ses études à Rome, il arrive dans sa première paroisse et reprend un geste du Curé: « Je m’agenouillai et baisai la terre. J’avais appris ce geste chez saint Jean-Marie Vianney. » Il en fait également la confidence à André Frossard: « Au séminaire, j’ai lu avec une émotion qui ne devait rien à la littérature, le livre du chanoine Trochu, Jean-Baptiste-Marie Vianney, Curé d’Ars, dont toute la vie a été un témoignage rendu à la puissance du Christ-prêtre. J’estime que nous n’avons pas le droit de renoncer à de tels modèles sous prétexte d’adaptation ou de recyclage. »
Père Antoine Hardy, actuel curé d’Ars. Extraits d’un article publié en juin 2005 dans les Annales d’Ars (n° 297).

Benoît XVI le redonne comme modèle

Le Saint Curé enseignait surtout ses paroissiens par le témoignage de sa vie. À son exemple, les fidèles apprenaient à prier, s’arrêtant volontiers devant le tabernacle pour faire une visite à Jésus- Eucharistie. « On n’a pas besoin de tant parler pour bien prier, leur expliquait le Curé. On sait que le bon Dieu est là, dans le Saint-Tabernacle; on lui ouvre son cœur; on se complaît en sa présence. C’est la meilleure prière, celle-là. » Et il les exhortait: « Venez à la communion, venez à Jésus, venez vivre de lui, afin de vivre pour lui. » « C’est vrai, vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin! » Cette éducation des fidèles à la présence eucharistique et à la communion revêtait une efficacité toute particulière, quand les fidèles le voyaient célébrer le Saint-Sacrifice de la messe. Ceux qui y assistaient disaient « qu’il n’était pas possible de voir un visage qui exprime à ce point l’adoration… Il contemplait l’Hostie avec tant d’amour ». « Toutes les bonnes œuvres réunies, disait-il, n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la Sainte Messe est l’œuvre de Dieu. » Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d’un prêtre dépendait de la messe: « La cause du relâchement du prêtre, c’est qu’on ne fait pas attention à la messe! Hélas! Mon Dieu! qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire! » Et il avait pris l’habitude, quand il célébrait, d’offrir toujours le sacrifice de sa propre vie: « Oh! qu’un prêtre fait bien de s’offrir à Dieu en sacrifice tous les matins » […] Au temps du Saint Curé, en France, la confession n’était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, la tourmente de la Révolution ayant étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s’est efforcé de toutes les manières à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la Pénitence sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime de la Présence eucharistique. Par ses longues permanences à l’église, devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent à l’imiter, s’y rendant pour rendre visite à Jésus, et qu’ils soient en même temps sûrs d’y trouver leur curé, disponible pour l’écoute et le pardon. Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu’à 16 heures par jour […] Le Curé d’Ars, en son temps, a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes, parce qu’il a réussi à leur faire percevoir l’amour miséricordieux du Seigneur. Notre temps aussi a un besoin urgent d’une telle annonce et d’un tel témoignage de la vérité de l’Amour: Deus caritas est (1 Jn 4,8) […] À l’exemple du Saint Curé d’Ars, laissez-vous conquérir par Lui [Dieu] et vous serez vous aussi, dans le monde d’aujourd’hui, des messagers d’espérance, de réconciliation et de paix! Benoît XVI, Lettre aux prêtres pour l’année sacerdotale (2009-2010), extraits

François, le réaffirme comme modèle de bonté et de charité pour tous les prêtres

Le 4 aout 2019, le pape François envoyait une lettre aux prêtres du monde entier le jour de la mémoire de la mort de saint Jean-Marie Vianney. « Il y a 160 ans aujourd’hui, mourait le saint Curé d’Ars, modèle de bonté et de charité pour tous les prêtres. En cet anniversaire significatif, j’ai voulu envoyer une Lettre aux prêtres du monde entier, pour les encourager dans la fidélité à la mission à laquelle le Seigneur les a appelés. Que le témoignage de ce curé humble et entièrement dévoué à son peuple, nous aide à redécouvrir la beauté et l’importance du sacerdoce ministériel dans la société contemporaine. » François, Angélus du 4 août 2019

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