Gaudete et Exsultate : le pape nous appelle tous à être saints

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » Reprenant l’appel universel à la sainteté promu par le Concile Vatican II, le pape François nous encourage vivement par sa lettre Gaudete et Exsultate, à devenir « les saints de la porte d’à côté ». « La sainteté est le visage le plus beau de l’Église. » Une lettre à lire de toute urgence !

« Il n’y a qu’une seule tristesse, celle de ne pas être saint ». Citant Léon Bloy lors de l’audience du 2 octobre 2013, le pape François avait montré la porte de la vraie joie, thème qui marque son pontificat, et l’appel de tous à devenir saint. L’appel du pape à la sainteté n’est pas nouveau. Nous pourrions le résumer dans cette citation de son homélie du 22 avril 2017 à l’église saint Barthélémy : « Combien de de fois a-t-on entendu, dans les moment difficiles de l’histoire : “Aujourd’hui, la patrie a besoin de héros ». Un martyr peut être vu comme un héros, mais la chose fondamentale à propos du martyr c’est qu’il a été « gracié » : c’est la grâce de Dieu, pas le courage, qui nous fait martyrs. Aujourd’hui, de la même manière on pourrait se demander : « De quoi l’Église a-t-elle besoin aujourd’hui ? » Des martyrs, témoins, à savoir, des saints de tous les jours. Parce que l’Église est entrainée par les saints. Les saints : sans eux, l’Église ne peut plus avancer. L’Église a besoin de saints du quotidien, ceux de la vie ordinaire menée avec cohérence ; mais aussi de ceux qui ont le courage d’accepter la grâce d’être témoins jusqu’à la fin, jusqu’à la mort. Ils sont tous le sang vivant de l’Église. Ils sont les témoins qui mènent l’Église en avant ; ceux qui attestent que Jésus est Ressuscité, que Jésus est vivant, et qui l’affirment avec leur cohérence de vie et la force de l’Esprit Saint qu’ils ont reçu. »

La sainteté, ce sel de la terre

Le titre Gaudete et Exsultate, « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse », est tiré de l’Évangile selon saint Matthieu. Encore une fois le Pape parle de la joie chrétienne dès le titre de sa lettre (la Joie de l’Évangile, la Joie de l’Amour). Son programme ? « Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons « saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4). »

Texte intégral de Gaudete et Exsultate

Quelques extraits pour vous donner envie de lire l’intégralité de l’exhortation :

1. « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12), dit Jésus à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui. Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. En réalité, dès les premières pages de la Bible, il y a, sous diverses formes, l’appel à la sainteté. Voici comment le Seigneur le proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1).

6. […] Le Seigneur, dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple.

7. J’aime  voir la sainteté  dans le  patient  peuple de  Dieu  :  chez ces parents qui éduquent  avec  tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et  ces femmes qui travaillent  pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent  de  sourire. Dans cette  constance  à aller de  l’avant  chaque  jour,  je  vois  la  sainteté  de  l’Église  militante. C’est cela, souvent, la sainteté  ‘‘de  la porte  d’à côté’’, de  ceux qui vivent  proches de  nous et  sont  un  reflet  de  la  présence  de  Dieu,  ou,  pour employer une autre  expression, ‘‘la classe  moyenne de  la sainteté’’.

10. […] ce que je voudrais rappeler par la présente Exhortation, c’est surtout l’appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, cet appel qu’il t’adresse à toi aussi : « Vous êtes devenus saints car je suis saint » (Lv 11, 44 ; cf. 1 P 1, 16). Le Concile Vatican II l’a souligné avec force : « Pourvus de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».

14. Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels.

15. Choisis Dieu sans relâche. Ne  te  décourage  pas, parce que  tu as la force  de  l’Esprit  Saint  pour que  ce  soit possible  ; et  la sainteté, au fond, c’est  le  fruit  de  l’Esprit  Saint  dans ta vie  (cf.  Ga  5, 22-23). Quand tu sens  la  tentation  de  t’enliser  dans  ta  fragilité,  lève les  yeux  vers  le  Crucifié  et  dis-lui  :  ‘‘Seigneur,  je  suis un pauvre, mais tu peux réaliser le  miracle  de  me rendre  meilleur’’. Dans l’Église, sainte  et  composée de  pécheurs, tu trouveras tout  ce  dont  tu as besoin pour progresser vers la sainteté.

19. Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa propre mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté, car « voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile.

24. Puisses-tu reconnaître quelle est cette parole, ce message de Jésus que Dieu veut délivrer au monde par ta vie ! Laisse-toi transformer, laisse-toi renouveler par l’Esprit pour que cela soit possible, et qu’ainsi ta belle mission ne soit pas compromise. Le Seigneur l’accomplira même au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes, pourvu que tu n’abandonnes pas le chemin de l’amour et que tu sois toujours ouvert à son action surnaturelle qui purifie et illumine.

32. N’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie ni la joie. C’est tout le contraire, car tu arriveras à être ce que le Père a pensé quand il t’a créé et tu seras fidèle à ton propre être. Dépendre de lui nous libère des esclavages et nous conduit à reconnaître notre propre dignité. Cela se reflète en sainte Joséphine Bakhita qui « enlevée et vendue en esclavage à l’âge de 7 ans, […] endura de nombreuses souffrances entre les mains de maîtres cruels. Mais elle comprit que la vérité profonde est que Dieu, et non pas l’homme, est le véritable Maître de chaque être humain, de toute vie humaine. L’expérience devint une source de profonde sagesse pour cette humble fille d’Afrique ».

34. N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints ».

63. Il peut y avoir de nombreuses théories sur ce qu’est la sainteté, d’abondantes explications et distinctions. Cette réflexion pourrait être utile, mais rien n’est plus éclairant que de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies.

64. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.

70. Luc ne parle pas d’une pauvreté en “esprit” mais d’être “pauvre” tout court (cf. Lc 6, 20), et ainsi il nous invite également à une existence austère et dépouillée. De cette façon, il nous appelle à partager la vie des plus pauvres, la vie que les Apôtres ont menée, et en définitive à nous configurer à Jésus qui, étant riche, « s’est fait pauvre » (2 Co 8, 9).

Être pauvre de cœur, c’est cela la sainteté !

144. Rappelons comment Jésus invitait ses disciples à prêter attention aux détails.

Le petit détail du vin qui était en train de manquer lors d’une fête.

Le petit détail d’une brebis qui manquait.

Le petit détail de la veuve qui offrait ses deux piécettes.

Le petit détail d’avoir de l’huile en réserve pour les lampes au cas où tarderait le fiancé.

Le petit détail de demander à ses disciples de vérifier combien de pains ils avaient.

Le petit détail d’avoir allumé un feu de braise avec du poisson posé dessus tandis qu’il attendait les disciples à l’aube.

147. Finalement, même si cela semble évident, souvenons-nous que la sainteté est faite d’une ouverture habituelle à la transcendance, qui s’exprime dans la prière et dans l’adoration. Le saint est une personne dotée d’un esprit de prière, qui a besoin de communiquer avec Dieu. C’est quelqu’un qui ne supporte pas d’être asphyxié dans l’immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-même dans la louange et élargit ses limites dans la contemplation du Seigneur. Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses.

Gaudete et Exsultate aux Editions de l’Emmanuel