Inconnus l’un à l’autre, mais “Amis dans l’Esprit Saint”

« Amis dans l’Esprit Saint », c’est ainsi que la Communauté de l’Emmanuel et le Studium Notre-Dame de Vie ont décrit la relation de leurs fondateurs respectifs, au cours d’un colloque organisé le 4 février 2017. Découvrons la synthèse du colloque pour nous aider à comprendre cette expression.

Si le bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant Jésus et Pierre Goursat sont amis sans s’être jamais rencontré, que signifie donc leur amitié dans l’Esprit Saint ? Le lecteur découvrira au fil du livre ce qui fait la matière de cette amitié : les intuitions spirituelles proches et le désir commun de répondre à la crise de l’Église par un nouvel apostolat. Surtout, il pourra y trouver matière à réfléchir sur le prophétisme de ces 2 grandes figures vis à vis de la période présente, en particulier sur la place de l’Esprit Saint.

Henri Grialou, futur Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, est né le 2 décembre 1894. Frère carme, il fonde l’Institut Notre-Dame de Vie dans les années 1930. Grand chercheur de l’Esprit Saint, il est béatifié en 2016. Pierre Goursat quant à lui, naît le 15 août 1914, alors que le Père Marie-Eugène, séminariste à ce moment-là, est mobilisé pour la première Guerre mondiale. Laïc de son état, il fonde la Communauté de l’Emmanuel suite à l’expérience de l’effusion de l’Esprit Saint. Sa cause en canonisation est actuellement à l’étude.

Un message pour aujourd’hui

L’un comme l’autre ont vécu des périodes de crise de l’Église. Marie-Eugène de l’Enfant Jésus a connu les débuts du XXe siècle ou l’Eglise est vivante mais persécutée en France : expulsions des congrégations, inventaires, affaires des fiches… La seconde crise, plus profonde, Pierre Goursat y assiste également. Dès la fin de la deuxième Guerre mondiale, une vision centrée sur l’action sape la vie spirituelle des catholiques français : les séminaires se vident, la prière est vue comme une dangereuse fuite de la nécessaire action, des idéologies viennent se mêler à la foi et obscurcissent les esprits des croyants.

Mais c’est également la société qui change. « Avec l’arrivée de la télévision, la puissance inattendue des médias remplace l’autorité de l’Église. C’est au travers du discours souvent faussé et idéologique des médias qu’on va lire le Concile. L’épiscopat réagit mal et à côté. Une véritable déroute commence. » (p. 24) Le lien avec la période actuelle est intéressant. Alors que la société vit une profonde mutation des moyens de communication, comment les intuitions du bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant Jésus et de Pierre Goursat vont-elles aider l’Église d’aujourd’hui à réagir avec justesse ?

Une réponse “neuve et ancienne”

Les visions respectives des 2 fondateurs s’attachent à remettre en évidence le lien entre spiritualité et action catholique. Ni l’une ni l’autre ne peuvent être mises à l’écart ou abandonnées. Ce sont des dimensions fondamentales de la vie chrétienne. Ils vont donc tous 2 s’attacher en premier lieu au renouveau de la vie spirituelle de leur temps. Et justement, c’est la même sainte qui inspire leur spiritualité : Thérèse de l’Enfant Jésus. Amis dans l’Esprit Saint nous découvre comment, chacun à leur manière, ils ont découvert dans la “petite voie” de sainte Thérèse un chemin de renouveau spirituel à la fois innovant et intemporel.

La confiance et l’abandon prêchées par les écrits de sainte Thérèse ne doivent pas faire oublier qu’elle est également la sainte patronne des missions. En effet, sa voie d’humilité dispose le cœur du chrétien à recevoir l’Esprit Saint, et ce même Esprit l’envoie en mission. Celui qui brûle ainsi de Charité ne peut pas retenir son amour et cantonner sa vie spirituelle à la contemplation. Les fondations, œuvres et fruits de la vie du Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus et de Pierre Goursat, chercheurs invétérés de l’Esprit Saint sont les meilleurs témoins de la profonde vérité de leur intuition.

Amis dans l’Esprit Saint aidera enfin le lecteur à avancer dans sa vie spirituelle. Les 2 fondateurs dont il est question ont su structurer la vie de leurs fondations avec beaucoup de profondeur. Cet ouvrage livre quelques pépites de leur vie intérieure qui sont également une vraie leçon pour notre vie spirituelle de chaque jour.

 


Quelques citations :

« Un enfant ? – C’est un être faible, dépendant, pauvre, non parce qu’il ne possède pas de biens mais parce qu’il ne peut rien par lui-même. Il est pauvre physiquement, pauvre intellectuellement (il n’est pas encore développé), pauvre moralement (il est incapable de fournir un effort soutenu). Cette pauvreté, il la compense par une confiance qui lui devient naturelle2. Par lui-même, cet appauvrissement ne mérite rien, mais s’il s’offre à Dieu par la confiance, il reçoit tout3 ! L’enfance spirituelle est là. C’est reconnaître son néant, sa pauvreté, sa faiblesse ; c’est utiliser cette connaissance de sa pauvreté pour recourir à Dieu4. » (p.100)

Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant Jésus

  1. Conférence du 19 août 1957, in Pour la joie de Dieu. Retraite spirituelle avec Thérèse de Lisieux, Toulouse, Éd. du Carmel, 2016, p. 102.
  2. Ibid., p. 103.
  3. Ibid., p. 191.

« Ce sont ceux-là les véritables apôtres, ce sont ceux-là qui font l’œuvre de Dieu et non pas ceux qui construisent eux-mêmes l’œuvre de Dieu suivant leur pensée. Il n’y en a qu’un qui sache quelle est l’œuvre de Dieu et comment elle doit se faire : c’est l’Esprit Saint. » (p.122)

Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant Jésus


« La vocation de l’Emmanuel, c’est “Dieu avec nous”. Mais c’est un petit, il est tout petit. Alors nous, si on est grands, on a l’air ridicule par rapport à lui » (p.75)

Pierre Goursat à la rencontre des assemblées de prière, le 13 mars 1976.


« On n’a jamais trop de confiance envers le bon Dieu, si puissant et si miséricordieux ! On obtient de Lui tout autant qu’on en espère3. » Et cette phrase clé que le père Marie-Eugène aime citer : Comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d’amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant… Le seul désir d’être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car « le véritable pauvre d’esprit, où le trouver ? Il faut le chercher bien loin »4. La grande question est donc celle-ci : comment devenir un vase récepteur ? » (p.99)

  1. Pierre Descouvemont, Sœur Marie de la Trinité, une novice de sainte Thérèse, Paris, Cerf, 1985, p. 107.
  2. LT 197 du 17 septembre 1896, à sœur Marie du Sacré-Cœur.

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