Trois jours de jubilation à Kigali ! (2/3)

Du vendredi 18 au dimanche 20 septembre 2015, trois jours de fête pour la Communauté de l’Emmanuel autour de 2 événements exceptionnels : l’ouverture de la cause de canonisation de Cyprien Rugamba et Daphrose Mukasanga, fondateurs de la Communauté de l’Emmanuel au Rwanda, puis le Jubilé des 25 ans de la Communauté au Rwanda ! Le témoignage de Pierre-François Graffin, Délégué du Modérateur pour l’Afrique.

Deuxième acte : le jubilé des 25 ans de la Communauté !

Le lendemain du premier jour, commence une partie plus intime de ces trois jours de fête. Intime si l’on peut dire car si en ce samedi 19 septembre il n’y a que les membres de la Communauté, nous sommes quand même plus de 1200 rassemblés dans la chapelle du Centre de l’Emmanuel de Kigali !

Une foule de frères et sœurs, venus des quatre coins du pays bien sûr, mais aussi du Burundi et du Kivu voisins, cette province de République Démocratique du Congo (RDC) si proche de la frontière du Rwanda. En effet, pour ces frères, dont les provinces communautaires ont été lancées à l’initiative des Rwandais, et qui chaque année se réunissent avec les Rwandais pour les retraites de Fraternité ou pour des temps de formation, cette fête est aussi la leur ; leur présence est habituelle. Mais il n’y a pas qu’eux, il y a d’autres Congolais, venu de Kinshasa, ou de Lubumbashi… Et c’est vraiment beau, car non seulement ils viennent de loin, mais surtout dans le contexte de vives tensions politiques existant entre les deux pays, leur présence est un vrai signe d’amour fraternel. Un message de paix à donner au monde. Et puis il y a les frères venus d’Europe, conduits par le Modérateur. Une délégation qui dans son unité fraternelle, comprend à la fois des responsables d’aujourd’hui et des témoins de l’époque que nous célébrons. Quelle joie de vivre ces instants historiques et si fraternels tous ensemble !

Voici ce le témoignage d’Alain et Nelly Mukwa, responsables de la Communauté à Kinshasa (RDC) : « Nous sommes rentrés chez nous à Kinshasa, mais changés, profondément marqués, émerveillés et transformés par cette belle Communauté du Rwanda !!! Suite aux événements particuliers que nous avons vécu ensemble, nous ne serons jamais les mêmes, désormais portés ensemble par Daphrose et Cyprien comme les gardiens et les modèles d’une vie de famille réussie, fécondée, par la confiance en Dieu et la miséricorde. Nous tâcherons de transmettre, avec fidélité, le message de Daphrose et Cyprien, pour la bonne progression de nos frères, ici à Kinshasa. Puisse Dieu dans son immense bonté bénir d’avantage la Communauté de l’Emmanuel au Rwanda et dans le monde ! »

La journée commence par une louange de feu (« de malades », disent les jeunes). Comment pourrait-il en être autrement ? On est tellement heureux d’être là, tous ensembles, réunis autour du Seigneur ! Alternant des chants du carnet vert en français, des chants de Cyprien en kinyarwanda ou des chants classiques rwandais ou burundais, cette louange est un vrai moment de ciel. Entrainés par le rythme et par les djembés, nos frères et sœurs, enchainent des danses d’une splendide beauté, auxquelles, engoncés dans nos carapaces de blancs, nous essayons maladroitement de nous mêler. Mais que c’est beau ! Que cette joie qui transparait si fortement chez nos frères est communicative. En voyant tous ces sourires, si bien accrochés sur leur visage, je repense à une phrase de Guy Gilbert : « On dit que c’est difficile de sourire quand on est triste, mais essaye d’être triste quand tu souris et tu verras que ce n’est pas si facile… » Et en voyant tous ces frères, dont je sais que le quotidien est généralement loin d’être aussi facile que le mien, habités par cette joie permanente de Dieu, je comprends mieux. Et si j’essayais moi aussi de sourire à Dieu toute la journée, me dis-je ! -ou en tout cas, quand je Le loue.

Rwanda-Rugumba-Goursat

La fête se poursuit en famille ; et que fait-on, en famille ? Souvent on se raconte l’histoire de la famille… Et c’est bien, car au sein de cette communauté rwandaise de très nombreux jeunes ne connaissent pas l’histoire de la Communauté, l’histoire de la fondation par Cyprien et Daphrose, l’entrelacement incroyable qui existe, dans une proximité historique et géographique bouleversante, comme le dira en fin de journée le Modérateur, entre l’histoire de la Communauté et l’histoire du pays – politique et religieuse. Nous célébrons cette fondation, car il y a 25 ans, les 22 et 23 septembre 1990 avait lieu à Kigali le premier week-end de la Communauté.

Réunis autour de Cyprien et Daphrose, une vingtaine de pionniers vivaient ce premier temps fondateur de la Communauté. Les témoins de l’époque, Jean-Luc Moens, Annick Bescond et François-Xavier Ngarambe nous font vibrer de joie et d’émotion, en nous racontant cela. Puis Jean-Marie Twabazimungu et Jean-Baptiste Ndayanbaje, nous font à leur tour rentrer dans l’intimité de cette communauté naissante qui vit à la fois des grâces magnifiques et un amour fraternel si fort, au cœur de ce pays qui se déchire dans une guerre qui avance à grands pas et qui dans quelques mois conduira à l’horreur de ce génocide tragique.

On ne peut être que frappés, en entendant ces témoignages par la prévenance du Seigneur. En entendant cette histoire incroyable, l’assemblée entre dans un silence profond, une méditation de réflexion et d’action de grâces. Oui le Seigneur a été vraiment merveilleux, comme disait Cyprien, pour permettre cette émergence de la vie et de la joie, au cœur d’une situation si grave. Dans une ferveur bien réelle, l’eucharistie est alors un temps de grâce pour clôturer cette matinée en beauté.

Mais le Seigneur n’a pas fini de se faire entendre. Alors que nous nous apprêtons, à aller déjeuner, une averse tropicale d’une extrême intensité et d’une rare longueur éclate, rendant impossible tout mouvement… Il ne reste plus qu’à adorer, maintenant. Remettre au Seigneur tout ce qui habite nos cœurs en ces moments. Mais oui, c’est évident. Une heure d’adoration silencieuse et recueillie vient donc parachever cette magnifique matinée.

L’après-midi sera encore chargée moments spirituels forts. Les engagements d’abord ; une centaine environ d’engagements de frères et sœurs, jeunes pour beaucoup d’entre eux, accrochés au Seigneur, et animés d’un désir de sainteté et d’une radicalité dans le don d’eux-mêmes et dans le service qui sont édifiantes. Ces démarches, célébrées là aussi avec la puissance de louange de ces chants, sont pour chacun de nous l’occasion d’être personnellement touché, de repenser à notre propre engagement et de redire oui au Seigneur.

Puis vient le mot du Modérateur. A quelques semaines de l’ouverture de l’année de la Miséricorde par le Saint-Père, comment ne pas voir un clin d’œil du Seigneur dans ce que nous célébrons aujourd’hui dit-il à l’assemblée, incitant nos frères à mettre leur pas dans ceux de Cyprien et Daphrose, pour être eux-aussi des témoins inlassables de la miséricorde de Dieu.

La journée se termine, dans l’allégresse, les chants et les danses, par une petite veillée où nous visionnons avec gourmandise quelques petites interventions vidéo des deux serviteurs de Dieu. La journée suivante, plus solennelle dans ses célébrations et plus ouverte, puisque 3000 personnes se pressent au Centre Emmanuel en ce dimanche matin n’en demeure pas moins très joyeuse, et commence par une nouvelle louange de… malades. Chacun s’est mis sur son 31 et les femmes rivalisent d’élégance dans leur tenue traditionnelle qui donne à leur danse une grâce si particulière.

Puis malgré l’importance de l’assistance (en nombre et en qualité – évêques se préparant pour la messe, maire de Kigali, etc.), tout le monde est invité à une heure d’adoration au cœur de ce grand ensemble de tentes, mini Paray qui n’a pas grand-chose à envier à son grand frère et qui a été installé en 24 heures sur le site du centre Emmanuel !

Quelle intensité dans ce cœur à cœur qu’en plein air, le Christ vient proposer à chacun de ceux qui sont là, si nombreux !

La messe, très bien chantée par la chorale est solennelle et priante suivie de discours officiels qui tous (évêques, maire de Kigali, modérateur) nous invitent à ne pas rester dans la célébration jubilaire mais à s’appuyer sur elle pour avancer. Voilà la clé de la joie et de la sainteté.

Dans une ambiance festive, la journée se poursuit alors par de nombreux spectacles, tous aussi prenants, avec en particulier une magnifique prestation du balai de danses traditionnelles créé par Cyprien et par une très émouvante chanson interprétée par les enfants du Centre d’enfants des rues, le CECYDAR, centre Cyprien et Daphrose Rugamba, créés par eux, il y a 25 ans et qui a pris leur nom après leur disparition. Et à 15h30 la journée se termine par une belle prière commune.

Fatigués mais si heureux de s’être tant donnés et de tout ce qu’ils ont vu et entendu, les frères et sœurs peuvent alors se mettre en marche vers la gare routière pour attraper le taxibus qui les ramènera chez eux, où dès ce soir, nourris par l’exemple de leurs fondateurs, ils reprendront cette évangélisation quotidienne qui porte de si beaux fruits au quatre coins de leur pays encore meurtri.

Merci les frères et sœurs, pour l’exemple que vous nous donnez. Merci de nous faire partager un bout de votre joie quotidienne et de nous faire un peu mieux comprendre ce que sont la réalité et la radicalité de notre appel et la joie que cela procure d’y répondre avec tant d’enthousiasme.

Murakoze. (Merci)

Pierre-François Graffin
Délégué du Modérateur pour l’Afrique, avec son épouse Christine