Surmenage, rythme effréné, stress… – Et si l’on se (re)donnait le temps de vivre ?

Cet article fait partie du dossier thématique :Laudato si,
un nouvel art de vivre ? →

Prêtre depuis 1968, le père Notker Wolf a été primat de tout l’Ordre bénédictin de 2000 à 2016. Confronté lui aussi au manque de temps, il nous livre son expérience et propose quelques moyens concrets pour apprendre à s’arrêter.

Par D. NOTKER WOLF OSB

À LIRE

Donne-toi le temps de vivre

Conseils d’un moine globe-trotter surbooké, Ancien abbé primat de l’ordre Bénédictin Notker Wolf

176 pages, 16,90 €

Nous n’avons pas le temps, disons-nous souvent. Vraiment ? Le temps est, physiquement parlant, la mesure du mouvement, et signifie le changement. Le temps passe, le temps s’arrête, le temps s’enfuit. Qu’est-ce que le temps ? Saint Augustin a observé que si personne ne lui demandait, il savait, mais dès qu’il devait l’expliquer aux autres, il ne savait pas. La perception du temps, le sens du temps, est quelque chose de différent du passage objectif du temps sur l’horloge. Nous ressentons le mouvement, le changement. L’avenir n’est pas encore là, et le passé ne peut plus être rattrapé. Notre temps de vie est un espace dans lequel notre vie se déroule, dans lequel nous pouvons façonner notre vie. Le temps est un cadeau précieux que nous devons gérer avec soin et responsabilité.

Une nécessaire autodiscipline

Pendant la période de confinement, nous sommes redevenus plus conscients de la finitude de notre vie. Certains ont souffert d’ennui, d’autres ont “chassé” le temps, d’autres encore ont affronté la finitude et ont réorienté leur vie. Saint Benoît, dans sa Règle, nous rappelle de « garder chaque jour sous nos yeux la mort imprévisible » (Règle S. Benoît 4:47), non par peur mais par réalisme. Nous pensions avoir tout sous contrôle, mais les fantasmes de toute-puissance se sont effondrés pendant la période Corona. Nous n’avons pas nos vies entre nos mains, malgré tout l’art médical, même pas le temps. Nous ne sommes que des invités sur terre. Notre journée a besoin de points fixes et d’objectifs que nous voulons atteindre, sinon nous nous perdons, nous nous laissons dériver et nous sommes dépassés. Ce faisant, nous devons fixer des priorités et donner un ordre à tout. C’est à nous de décider si nous nous laissons accélérer ou si nous façonnons le temps. Tout cela demande de la volonté et de l’autodiscipline. Nous devons nous donner des règles, de préférence des rythmes adaptés à la personne. Saint Benoît divise la journée précisément en temps de prière, de travail et de lecture. En premier lieu, c’est l’Office Divin, rien ne doit être préféré à l’Œuvre de Dieu. Le travail est également très important pour lui. L’oisiveté est l’ennemi de l’âme. La lecture, en particulier de l’Écriture Sainte, nous donne la nourriture spirituelle nécessaire. L’Esprit de Dieu lui-même agit en nous. Saint Benoît veille à ce que le rythme de la journée soit équilibré. Il est opposé à toute exagération.

L’exemple des Bénédictins

Nous, les Bénédictins, vivons encore aujourd’hui selon ce rythme, bien qu’il varie selon les traditions et les lieux. Dans mon monastère, nous nous levons généralement à 5 heures du matin, nous chantons les Vigiles et les Landes à 5 h 45, et à 6 h 45 nous célébrons l’Eucharistie. Après le petit-déjeuner, nous sommes au travail à 8 heures. Certains d’entre nous vont à l’école en tant qu’enseignants, d’autres vont aux ateliers et à l’agriculture ou au jardin. À 12 heures, nous chantons l’Office de midi. Ensuite, nous mangeons ensemble à table. Après une courte sieste, nous reprenons le travail à 13 h 30 jusqu’à 17 heures. Il y a du temps pour la lecture spirituelle, à 18 heures nous chantons les Vêpres. Après le dîner, nous nous asseyons ensemble à la récréation, à 20 heures la dernière prière, les complies. Ceux qui le souhaitent peuvent se coucher après. Moi-même, je continue généralement à travailler jusqu’à 23 heures pour faire de la correspondance ou pour préparer des conférences et écrire des articles. C’est le moment le plus calme, alors que pendant la journée, je suis constamment interrompu par des appels téléphoniques et des visites. Pendant la période COVID-19, cependant, j’ai appelé des personnes âgées solitaires pour leur enlever leur solitude et leur faire savoir que je pense à elles et que je prie pour elles. Un tel rythme quotidien équilibré aide à rester en bonne santé physique et mentale. Mais j’ai également remarqué un autre effet. Comme le travail est constamment interrompu par la prière, je me retrouve en fait face à Dieu toute la journée. Avec Dieu, je suis en sécurité, je n’ai pas peur dans ma vie et je ne me connais pas sous une pression constante. Dieu lui-même m’accompagne, et je fais mon chemin dans le temps avec lui. Ceci est très bien exprimé dans l’antienne « Entre tes mains, je remets mon esprit », que nous chantons le soir lors des complies. Ce sont les paroles de Jésus sur la croix, elles deviennent mes propres paroles avec lesquelles je m’abandonne au Père miséricordieux.

Plongé dans la course du monde

Je suis conscient que les gens de notre société ne peuvent pas vivre avec un rythme aussi fixe. C’était peut-être encore possible à l’époque de la société agraire, mais aujourd’hui, les différentes professions nous obligent à suivre des habitudes quotidiennes complètement différentes. J’en ai moi-même fait l’expérience lorsque j’étais encore abbé-primat. J’ai beaucoup voyagé, en visitant nos monastères, en assistant à des réunions nationales et en donnant des conférences. J’ai souvent eu le décalage horaire dans les os. On m’a souvent demandé comment je pouvais supporter un tel rythme… Mais je pensais aux jeunes mères qui doivent se lever la nuit pour allaiter leur bébé sans se plaindre. Surtout pendant la période de confinement, il n’a pas été facile pour les familles de supporter une multitude de difficultés. Abbé-primat, j’ai essayé encore et encore de mettre un rythme dans ma journée. Il n’était pas rare que je prie la Liturgie des Heures dans l’avion. Et quand j’arrivais dans une communauté, je me mettais immédiatement dans son rythme quotidien.

Savoir tirer parti de chaque instant

Nous rêvons souvent d’une vie idyllique, et nous sommes peut-être en colère lorsque nous sommes arrachés à un rythme très équilibré. Mais c’est la réalité humaine. Je me suis parfois demandé si ce n’est pas Dieu lui-même qui me met au défi. Si vous travaillez sous pression tous les jours et que vous avez ensuite beaucoup de soucis dans la famille avec les enfants, ou si vous travaillez sous stress dans une entreprise, vous avez également besoin d’une certaine régularité. On doit le découvrir par soi-même. Toute personne qui a un emploi régulier, par exemple en classe ou à l’usine, va certainement pouvoir disposer de quelques moments chaque jour pour élever son cœur vers Dieu. Il est bon par exemple de dire une courte prière dès que l’on se lève et que l’on remet la journée entre les mains de Dieu, et le soir de regarder avec gratitude en arrière et de se réconcilier intérieurement là où des querelles sont apparues. Il est certainement aussi possible de s’arrêter brièvement pendant la journée pour parler avec Dieu. Nous avons plus de temps que nous le pensons et nous ne le remarquons même pas. Nous avons également des pauses dans notre travail. Mais souvent, un rythme effréné nous pousse à vivre de manière irréfléchie et nous nous plaignons de ne pas trouver le temps de prier. Une prière d’action de grâce avant et après le repas est également très utile. Ce sont ces petits moments et non les grandes et longues périodes qui nous aident. De plus, nous sommes invités à sanctifier les dimanches et les jours de fête, pas seulement par une sortie, aussi nécessaire soit-elle. Le dimanche, nous retrouvons le chemin vers Dieu en célébrant avec l’Église la mort et la résurrection de Jésus Christ, le centre de notre foi. Nous retrouvons ainsi le sens le plus profond de notre existence humaine. Lorsque nous sommes ainsi en sécurité en Dieu, quelle que soit la vitesse à laquelle le monde tourne, nous avons un point d’appui auquel nous pouvons toujours nous attacher. Notre temps est “englobé” à la dimension de Dieu. Il nous porte, il nous aime, il prend soin de nous. ¨

Cet article fait partie du dossier thématique :Laudato si,
un nouvel art de vivre ? →

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur facebook
Je partage
sur Facebook
Partager sur whatsapp
J'envoie
via Whatsapp
Partager sur email
Je transmets
par mail

Derniers articles d'actualité

Autres articles

Le Christ est ressuscité !
#Pâques2021