Les soirées de Nicodème, pour mieux connaître les auteurs chrétiens

A Lille, François et Gatien organisent les soirée de Nicodème. Leur objectif : s’approcher de Dieu par les auteurs chrétiens qui parlent de lui. Explications.

Pourquoi avoir lancé les soirées de Nicodème ?

A notre époque, l’Église est riche d’un renouveau spirituel. Des paroisses, des mouvements et des communautés participent activement, joyeusement, et avec espérance à l’édification des chrétiens et à la Nouvelle Évangélisation. Ceci est très positif, est plein d’espérance, et mérite d’être soutenu et favorisé : aujourd’hui, les chrétiens ont facilement accès à des formations spirituelles, humaines, pastorales, missionnaires et anthropologiques. Bien que très riche, un axe manque à ce panel de formation : la formation à la culture chrétienne avec les grands auteurs chrétiens, les Pères de l’Église… La raison d’être des Soirées de Nicodème est de répondre à cette demande.

La première soirée a eu lieu en février 2018. Depuis, à raison d’environ une fois par mois nous avons vu une vingtaine d’auteurs aussi variés que C. S. Lewis, Simone Weil, Maritain, Tolkien, Bernanos, Bloy, Péguy, Claudel, Pascal, le cardinal Newman, le cardinal Journet, saint Ambroise, Basile de Césarée, Dorothy Day, sainte Thérèse d’Avila…

L’idée des soirées de Nicodème nous est venue fin 2017, à partir de nombreuses discussions et de la lecture du livre de Rod Dreher, Comment vivre en chrétien dans un monde qui ne l’est plus – Le pari bénédictin[1].

Comment se déroulent les soirées ?

Les soirées ont deux facettes, aussi importantes l’une que l’autre : d’une part, la formation à partir et sur les grands auteurs chrétiens ; d’autre part, l’aspect convivial et fraternel.

La soirée commence par un temps de prière, court mais essentiel pour grandir vers le Seigneur et bien rappeler qu’il ne s’agit pas de se former pour se former, mais de grandir vers le Seigneur. Ensuite, le topo dure entre quarante-cinq minutes et une heure. Chaque auteur est présenté par une personne intéressée par l’auteur en question, et qui l’a lu régulièrement les mois auparavant. Chaque présentation évoque trois points : 1. La vie de l’auteur ; 2. Une partie de son œuvre, et comment son travail d’étude, de réflexion et d’écriture lui a permis de grandir dans sa foi ; 3. Comment cet auteur peut-il nous rejoindre aujourd’hui ?

Ensuite a lieu le temps fraternel autour généralement d’une bonne bière.

Comment les sujets sont-ils choisis ?

Nous avons, avec deux autres membre de la Communauté de l’Emmanuel, un bureau des soirées de Nicodème. C’est là que l’on discerne les auteurs qui pourraient être présentés et à qui nous pourrions demander de les présenter.

Les auteurs doivent être chrétiens catholiques, être reconnus par l’Église, l’aimer profondément et être en communion avec elle, avoir progressé vers le Christ tout au long de leur vie et de leur travail d’écriture. Les auteurs peuvent aussi, sans être catholiques pratiquants, être en bonne intelligence avec les auteurs chrétiens, comme Simone Weil, Antoine de Saint-Exupéry, Christian Bobin…

La formation intellectuelle est-elle indispensable pour le chrétien ? Ne peut-on pas se contenter de la foi du charbonnier ?

Voici les toutes premières lignes de l’encyclique Fides et Ratio (Foi et raison), que Jean-Paul II a publiée en 1998 : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la vérité sur lui-même  »

La formation n’est pas un but en elle-même, mais elle est un chemin pour mieux connaître l’histoire de l’Église pour mieux l’aimer, et aussi favoriser l’édification des participants et l’unification de leur vie dans tous les domaines (vie chrétienne, écologie intégrale, mode de vie, travail, etc.).

Le fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, Pierre Goursat lui-même, était pétri de cette culture-là. Dans le livre Paroles[2], Pierre disait (pages 132-133) : « Comment voulez-vous avoir une prière qui soit profonde et spirituelle si vous ne lisez pas des ouvrages de spiritualité ? ». Quand quelqu’un venait le voir en lui disant qu’il traversait une période de « désert », Pierre répondait toujours par deux questions simples : « Combien de temps dors-tu la nuit ? » et « As-tu une lecture spirituelle ? »

Enfin le précédent modérateur de la Communauté de l’Emmanuel, Laurent Landete, à la fin de son livre[3] publié en 2018, relevait cinq enjeux majeurs pour l’évangélisation aujourd’hui, dont « Renouveler l’éducation et la formation des intelligences ». Il insiste sur la transmission de « notre culture, de notre patrimoine littéraire, artistique, scientifique, philosophique, anthropologique, en encourageant toutes les institutions qui s’y engageraient, ou bien en en créant de nouvelles si nécessaire. C’est une mission capitale » (p. 234). Par ailleurs, il met en avant la joie qui peut jaillir de telles découvertes.

Est-ce que la « rencontre » avec un auteur peut changer une vie ?

La rencontre la plus décisive, bien sûr, est la rencontre du Christ. C’est Lui qui nous sauve. Notre foi s’appuie sur sa résurrection et pas sur des livres. Ceci dit, le Seigneur nous rejoint aussi par les autres, par des intermédiaires, dont font partie les grands auteurs chrétiens.

Il y a certes des auteurs dont le style ou les propos nous rejoignent moins mais effectivement, il est sûr et certain que la rencontre avec un auteur peut changer une vie. Un auteur, c’est une vie avec ses grands désirs, ses grandes qualités, son zèle, mais aussi ses faiblesses et ses combats. Un ou des auteurs peuvent nous rejoindre plus particulièrement et renouveler notre rapport au monde, aiguiser notre regard, mettre des mots sur des intuitions, nous dévoiler des horizons que nous ne connaissions pas, nous déplacer parfois et nous faire grandir comme peut le faire la rencontre avec le Christ. Ce sont tout simplement des grands frères dans la foi.

En quoi la personne de Nicodème est-elle une inspiration pour vos soirées ?

Souvent dans l’Évangile, les Pharisiens sont présentés comme étant des savants ayant toujours un cœur dur, qui peinent à accueillir le Christ. Or parmi eux, Nicodème dénote.

Présent à plusieurs reprises dans l’Évangile de saint Jean (Jn 3, 1-21 ; Jn 7, 45-51 ; Jn 19, 39-42), on peut le voir progresser vers le Christ. Tout d’abord, il vient questionner Jésus la nuit. Puis il prend la défense de Jésus en public et commence à se dévoiler au grand jour. Enfin, il accompagne Joseph d’Arimathie pour enlever le corps de Jésus et le déposer au tombeau.

Nicodème était certes un Pharisien mais, chez lui, l’étude de la Parole a permis une ouverture du cœur pour réellement se convertir au Christ.

Témoignage de Camille, participante régulière des soirées

« Une soirée Nicodème, c’est comme une respiration dans la semaine, qui irrigue le cœur et l’intelligence autour des figures chrétiennes littéraires. En émulation collective, pour s’édifier les uns les autres on s’inspire, on découvre, on questionne, on se remet à lire… et à son tour on présente un auteur qui nous percute et nous guide pour aujourd’hui ! Une belle aventure à poursuivre. »

[1] Rod Dreher, (2017). Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus – Le paru bénédictin. Artège : «  « Mes parents savaient que, pour élever leurs enfants dans la foi catholique, ils devraient y mettre du leur. Ils nous ont donc donné des cours, ce que vous devriez faire » […] Polycarpe, Justin de Naplouse, Athanase, Augustin, Jean Chrysostome, les Cappadociens, Jérôme, Ignace d’Antioche, Clément d’Alexandrie, Maxime le Confesseur, Irénée et tant d’autres : ces voix des huit premiers siècles peuvent toujours nous parler aujourd’hui. Tous ceux qui veulent renouer avec la tradition et l’histoire de l’Église se doivent de les lire. Ce qu’ils ont écrit est clair et accessible même à nos cœurs de modernes ; et nous révèle cette tradition qui nous a donné cette originalité que nous avons perdue. »  (p. 159).

[2] Martine Catta, (2011). Pierre Goursat, Paroles (rassemblées et présentées par Martine Catta. Éditions de l’Emmanuel.

[3] Laurent Landete, (2018). Dieu fait toutes choses nouvelles – Regard ‘un laïc sur la mission de l’Église aujourd’hui. Éditions Emmanuel.


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