Revenir à l’esprit de la liturgie – questions sur la messe

Cet article fait partie du dossier thématique :La liturgie, l’Eglise en prière →

Table ronde : Concélébration, orientation, communion dans la main ou dans la bouche, servants d’autel garçons ou filles ? etc. Les questions autour de la messe ne manquent pas et alimentent régulièrement les conversations. Il est vivant ! a suscité un débat sur ces questions délicates.

Propos recueillis par GUILLEMETTE PRADÈRE et LAURENCE DE LOUVENCOURT

LES DÉBATTEURS

Damien Jacquinet, laïc. Chef de chœur amateur. Responsable des sessions de formation à la liturgie de la Communauté de l’Emmanuel de 2013 à 2015. Consultant en communication.

Claudine Blanchard, consacrée de la Communauté de l’Emmanuel. Diplômée de l’Institut supérieur de liturgie et docteur en histoire religieuse.

Jacques Gomart, prêtre. Délégué du responsable des clercs de l’Emmanuel pour la France.

Il est vivant ! Pourquoi la liturgie suscite-t-elle autant de débats enflammés parmi les catholiques ?

Damien Jacquinet portrait iev
Damien Jacquinet

Damien Jacquinet Un jour, en animant les chants et regardant l’assemblée, j’ai eu l’intuition que la liturgie était le signe visible et incarné de la réalité spirituelle et de l’unité d’une communauté. Elle nous touche donc dans ce qui nous unit les uns aux autres et aussi dans notre expérience personnelle de la vie spirituelle. C’est dans la liturgie que convergent nos différences de sensibilités et de points de vue. Quand une communauté commence à avoir des difficultés, les tensions qui apparaissent se concentrent très souvent d’abord sur des questions liées à la liturgie. Il en est de même dans les débats autour de la vision de ce qu’est l’Église (l’ecclésiologie).

Jacques Gomart On connaît l’adage « lex orandi, lex credendi ». La règle de la prière est la règle de la foi. Notre façon de prier, de célébrer, exprime ce que nous croyons et manifeste Celui en qui nous croyons. La forme exprime et nourrit le fond. La liturgie est donc une réalité très sensible qui touche à la foi. On pourrait penser qu’il s’agit de détails. En fait, c’est plus que cela : dans la liturgie, la forme engage le fond et touche au cœur de la foi de chacun. Cela peut expliquer le caractère assez vif des réactions des uns et des autres.

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Claudine Blanchard

Claudine Blanchard Les questions liées à la liturgie nous touchent “aux tripes”. La  liturgie – sacrements, ritualité, célébrations – est comme une matrice qui nous façonne depuis notre baptême jusqu’à la fin de notre vie. Aussi, les gens se crispent facilement en disant : « J’ai toujours fait ce geste-là » ou « C’est comme cela que j’ai appris à faire ». En positif, de telles réactions manifestent l’importance de la liturgie et sa force. Si l’Église est notre mère, j’ai envie de dire que la liturgie, c’est un peu comme le ventre de notre mère.

Jacques Gomart On peut dire aussi que la forme liturgique est comme la langue maternelle avec laquelle on grandit dans la foi.

La concélébration de la messe, remise à l’honneur par le concile Vatican II, n’est pas toujours bien comprise. Quel en est le sens ?

Jacques Gomart portrait iev
Jacques Gomart

Jacques Gomart Il est très beau et très profond. La concélébration donne un signe fort de l’unique sacrifice de Jésus et de l’unité du sacerdoce ministériel : tous les prêtres ne participent que d’un seul sacerdoce, qui est celui de Jésus. Ce n’est pas l’abbé Untel ou “Monsieur le curé” qui sauve son peuple ! Le prêtre est le ministre du seul grand prêtre qui est Jésus et il agit en sa personne, en son nom, in persona Christi capitis (en la personne du Christ-tête). C’est donc Jésus qui agit par ses prêtres. Quand ils célèbrent ensemble la même messe, ils rendent visible l’unicité du sacrifice de Jésus et l’unité du sacerdoce, manifestée par leur communion autour de celui qui préside.

Dès lors, c’est faire fausse route que d’aborder la question de la concélébration sous l’angle de la comptabilité, en pensant par exemple : « lorsque les prêtres célèbrent ensemble, moins de messes sont célébrées pour le salut du monde. » Il n’y a en effet qu’un prêtre et qu’une messe : la messe anticipée par Jésus au soir du Jeudi saint, célébrée sur la croix et dans sa résurrection. La messe, c’est le mystère pascal. Et la liturgie de la messe nous rend contemporains de l’unique événement du salut. Le Christ est « lui-même l’autel, le prêtre et la victime », comme le dit la lettre aux Hébreux. Il n’y a donc qu’une messe qui nous sauve. Et cet unique événement du salut est rendu accessible, dans le temps et l’espace, par l’Église, Corps du Christ qui « prolonge et continue Jésus Christ sur terre », comme dirait Bossuet. La messe nous rend contemporains de la croix et de la résurrection de Jésus : c’est impressionnant !

Damien Jacquinet Un jour un ami prêtre m’a confié : « Tu sais, quand je concélèbre, il y a quelque chose qui me manque. » J’ai été surpris par cette confidence de sa part. Mais elle disait quelque chose de profond. Et la joie du prêtre qui célèbre la messe, comme célébrant principal, manifeste bien elle aussi qu’il y a quelque chose d’inhérent à sa vocation.

Le prêtre qui concélèbre participe-t-il à la célébration d’un autre ?

Jacques Gomart Le concélébrant célèbre lui aussi in persona Christi capitis, comme le montrent les paroles de la consécration qu’il prononce lui aussi, au nom du Seigneur Jésus mais le prêtre qui préside signifie l’unique Christ prêtre, « tête et pasteur », qui n’est pas un collectif. La réflexion citée par Damien montre qu’il ne serait en effet ni juste ni équilibrant qu’un prêtre ne préside jamais la messe comme célébrant principal. Mais il est important aussi de comprendre que concélébrer, c’est véritablement célébrer. Plusieurs prêtres peuvent consacrer une même hostie affirme saint Thomas d’Aquin (Somme théologique, 3ia p., q. 82 ; art. 2), car il s’agit d’un acte unique du Christ par ses prêtres. Notre sacerdoce est celui de Jésus, ne l’oublions pas.

Claudine Blanchard C’est pour cela que la concélébration est requise le Jeudi saint (Sacrosanctum Concilium 57), c’est-à-dire à la messe chrismale et à la Sainte Cène : pour manifester qu’il n’y a en réalité qu’un seul sacerdoce, celui du Christ.

Damien Jacquinet Vatican II dit aussi que la vie chrétienne – et donc la vie liturgique – dépend de l’évêque (SC 41). À ce titre, le fait que les prêtres puissent célébrer ensemble représente la communion de l’Église réunie autour des successeurs des apôtres.

Jacques Gomart Pour reprendre l’image utilisée par Claudine tout à l’heure, la “matrice” de toute messe, c’est la messe célébrée par l’évêque, successeur des Apôtres, entouré du presbyterium (l’ensemble des prêtres d’un diocèse) en présence du plus grand nombre de fidèles possible.

Claudine Blanchard Il est peut-être utile de rappeler ici que les prêtres sont les collaborateurs de l’évêque, qui, lui, a la plénitude du sacerdoce.

Jacques Gomart Oui, tout à fait. Et un geste liturgique traduit cette réalité : l’immixtion. Juste avant la communion, le prêtre rompt une partie de l’hostie consacrée qu’il plonge dans le précieux sang. Ce geste vient d’une pratique ancienne : quand la communauté chrétienne a grandi et que l’évêque n’a plus été en mesure de rassembler tous les fidèles pour la messe dominicale, il a envoyé des prêtres pour célébrer la messe en d’autres lieux, les paroisses ; mais pour montrer l’unité du sacrifice, du sacerdoce et de l’Église, on apportait une parcelle de l’hostie consacrée par l’évêque que l’on mettait dans le calice.

La concélébration existait-elle antérieurement ?

Claudine Blanchard Comme vient de le dire Jacques, dans l’Antiquité, elle était la norme, autour de l’évêque. Petit à petit, le nombre de baptisés grandissant et le monde devenant chrétien, on a institué des prêtres et des paroisses. Au Moyen Âge, le prêtre célèbre la messe seul et la notion d’assemblée s’est perdue (voir plus loin). Les gens ne participent pas à la messe, ils ne communient pas. Avant le concile de Trente, il y a un jubé qui clôt le chœur et la messe est “l’affaire” du prêtre seul. Vatican II a retrouvé la force de la messe autour de l’évêque.

Certains catholiques préfèrent la messe célébrée ad orientem parce qu’ils trouvent qu’elle les aide à se tourner davantage vers Dieu, qu’en penser ?

Jacques Gomart Il existe plusieurs façons de célébrer l’unique mystère, une multiplicité de rites selon le génie des cultures. Chacune à sa façon révèle une facette de ce mystère, un peu comme les facettes du diamant révèlent ensemble une unique lumière. L’Eucharistie est un mystère trop riche pour qu’une seule façon de le célébrer en dise tout. Dans le rite romain qui est le nôtre, il y a la forme ordinaire et la forme extraordinaire. Chacune dit à sa manière des choses essentielles du mystère eucharistique.

Claudine Blanchard Oui, chaque rite dit quelque chose de l’Église et de l’Eucharistie, qui n’est pas contradictoire avec les autres. Par exemple, célébrer ad orientem met plus en lumière une vision pyramidale de l’Église : Dieu, au sommet de la pyramide, avec le prêtre qui conduit vers lui les fidèles, comme le berger conduit son troupeau. C’est une belle image.

La célébration « face à l’assemblée » exprime quant à elle davantage une ecclésiologie de communion. C’est une autre façon d’exprimer ce qu’est l’Église. L’autel, qui représente le Christ, est au centre car le Christ est la pierre angulaire sur laquelle repose tout l’édifice et le fondement de notre communion (cf. 1 P 2, 4-10). Cette disposition manifeste davantage la dimension de dialogue qui est constitutive de la liturgie. De même, le fait que le sanctuaire soit face à la nef permet de signifier ce dialogue entre Dieu et son peuple, entre le Christ Époux et l’Église, son Épouse. On peut y voir une symbolique nuptiale qui est très riche.

Damien Jacquinet Ce qui est très important, c’est l’état d’esprit dans lequel on célèbre la messe. Quand le prêtre célèbre face à l’assemblée, il n’est bien sûr pas un “simple animateur de spectacle”. C’est bien l’autel et le sacrifice du Christ qui sont au centre. Certains prêtres remettent même au centre de l’autel un crucifix “sur pied” vers lequel ils se tournent pour que leurs yeux soient posés non pas sur l’assemblée mais tournés vers l’offrande ultime du Christ. Je suis frappé par ailleurs de voir que certains prêtres qui célèbrent selon la forme extraordinaire du rite et ad orientem cherchent en même temps à ce que l’assemblée vive pleinement la dimension participative mise en lumière par Vatican II.

Quelle que soit la manière de célébrer, la vraie question c’est comment prêtres et laïcs – c’est valable aussi pour les animateurs de chants et pour les lecteurs – nous vivons ces deux dimensions : être tournés vers Dieu, favoriser une célébration active et communautaire, et savoir nous effacer devant le mystère célébré.

Jacques Gomart Une précision me semble importante : si la forme extraordinaire du rite romain demande toujours à ce que le prêtre célèbre ad orientem, dans la forme ordinaire il est habituellement face à l’assemblée, qui elle est “orientée”.

Mais il peut aussi, selon les lieux, célébrer face à l’Orient. Pourquoi l’Orient ? C’est le symbole cosmologique de la résurrection de Jésus : le soleil levant qui dissipe les ténèbres du péché et de la mort. Se tourner vers l’Orient, c’est se tourner vers le Ressuscité et accueillir le Jour du Seigneur, qui advient dans le mystère pascal célébré. Autrement dit, célébrer vers l’Orient appartient à toute l’Église, et non pas seulement à l’une des deux formes du rite romain. Par ailleurs, comme séminariste, j’ai été marqué par le texte de saint Jean Paul II, Pastores dabo vobis, où il explique que le prêtre est à la fois « dans et face à l’assemblée ». « Avec vous je suis chrétien et pour vous je suis prêtre », pourrait-on dire en plagiant saint Augustin. Le prêtre est dans l’assemblée par son baptême, et face à l’assemblée, marqué par le sacrement de l’Ordre pour le service du peuple de Dieu. Il représente alors l’époux face à l’Église épouse. C’est une dimension importante pour la spiritualité du prêtre. Aussi, lorsque l’assemblée et le(s) célébrant(s) sont face à face, cela met en lumière ce caractère sponsal de la liturgie, expression de l’amour nuptial entre Dieu et son peuple qui traverse toutes les Écritures (lire p. 20-21). Ce vis-à-vis exprime aussi la dimension de communion du « Repas du Seigneur » (1 Cor 11). Cette façon de célébrer prend donc sa source dans la Bible et dans la Tradition, ce qui n’enlève rien à la beauté de la célébration où prêtre et fidèles sont “orientés”.

Mais comment, en célébrant face à l’assemblée, le prêtre peut-il éviter de se transformer en simple “animateur” ?

Jacques Gomart En priant. Tourné intérieurement vers Celui qui l’envoie et au nom de qui il agit, il est appelé à entraîner l’assemblée dans l’écoute de la parole de Dieu et l’offrande du sacrifice du Christ. L’art de célébrer, comme tout art, s’apprend. Il est vrai que c’est exigeant pour le prêtre d’être face à l’assemblée. Il est sous le regard de tous et son humanité est exposée.

Claudine Blanchard C’est en effet tout un art ! Peut-être devrions-nous oser plus souvent “faire un retour” aux prêtres pour les aider, s’ils le veulent bien. Le regard et l’attitude traduisent les dispositions intérieures du célébrant. Il y a tout une dimension non verbale, dans la célébration, qui doit être travaillée (gestes, etc.).

À la messe, est-il important que tous posent les mêmes gestes en même temps ?

Claudine Blanchard Il est bon de faire les mêmes gestes pour célébrer en communion. Les gestes ne sont pas un absolu mais ils sont là pour nous aider à célébrer ensemble. S’il y a des gestes et des rites prescrits, c’est bien pour cela. Quels sont ces gestes communs ? Ce n’est pas simple. Il existe plusieurs traditions dans le monde et parfois au sein d’une même communauté. Il est alors bon de se référer aux textes de l’Église. Par exemple, quand sommes-nous invités à nous mettre à genoux ? La Présentation générale du missel romain (ou PGMR) dit de se mettre à genoux « pour la consécration » (43). La consécration, c’est le moment situé entre l’épiclèse (lorsque le prêtre étend les mains pour appeler l’Esprit Saint) et l’anamnèse (« Gloire à toi qui étais mort… »). C’est le minimum requis, et encore quand c’est possible. La PGMR ajoute que dans les lieux où on a l’habitude de rester à genoux jusqu’à la doxologie (la fin de la prière eucharistique), « il sera bon de conserver cette coutume ». Comment faire quand des usages différents coexistent dans un même lieu ? La réponse, c’est que chacun s’examine : pourquoi est-ce que je fais tel geste à tel moment ? Dans quel état d’esprit ? Comment est-ce que j’habite le geste que je fais ? Est-ce que je tiens compte des autres ? Il est important de se former à l’art de célébrer pour retrouver l’intelligence des gestes afin de vivre toujours mieux la communion dans la charité qui est le but même de la liturgie.

Jacques Gomart Oui, il est bon de se poser la question du sens du geste que l’on pose et de son fruit. « L’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église » : c’est l’Église qui célèbre l’Eucharistie et l’Eucharistie édifie le Corps du Christ. Est-ce que les gestes que je pose dans la liturgie édifient l’Église ? Est-ce que par ces gestes je participe avec Jésus et dans son Esprit à l’édification de son corps ecclésial, à la communion de l’assemblée ? Ou bien est-ce que je vis ma dévotion personnelle pour obéir à une règle, sans prendre en compte ceux qui m’entourent ? Cela invite chacun à la responsabilité, en prenant conscience que participer à la messe, c’est être rendu participant de l’édification du Corps du Christ au milieu de ce monde. Les gestes que je pose peuvent édifier l’Église dans son unité ou à l’inverse la blesser.

Damien Jacquinet En Russie, j’ai été frappé par l’importance de la posture debout chez nos frères de la tradition orientale (catholiques ou orthodoxes). Cela a changé mon regard. Pour eux, Jésus nous met “debout”. Il nous relève. À l’issue de la consécration, et à l’approche de la doxologie, le Christ nous offre ressuscités au Père par l’Esprit Saint. Être debout à ces moments peut donc avoir beaucoup de sens. Nous écoutons l’Évangile et proclamons le credo debout pour la même raison. La posture à genoux – signe de contrition et d’adoration – ne peut être la seule alors que nous vivons dans l’Eucharistie les mystères de la croix et de la résurrection.

Jacques Gomart Il y a en effet dans la liturgie une complémentarité des gestes, qui traduit les différentes facettes de l’œuvre de salut accomplie par le Seigneur.

Claudine Blanchard On a besoin de redécouvrir la valeur des gestes et la dimension incarnée de la liturgie. Quand on pense à la liturgie, on pense souvent aux textes ou à l’homélie de la messe, peu aux gestes. À la messe, beaucoup se mettent debout ou assis “par défaut”. Or lorsqu’on a compris le sens des positions, cela change complètement notre façon de participer à la messe. Réapprendre à se lever pour acclamer par exemple n’a rien à voir avec le fait d’être debout parce qu’on n’a pas de place pour s’asseoir.

Si des jeunes aiment la position à genoux, c’est parce que c’est une position très rare dans la vie quotidienne. C’est donc un geste très fort. Comme ils veulent marquer leur amour respectueux envers le Seigneur, ils se mettent à genoux souvent. C’est beau. Mais en même temps, il est important de redécouvrir la beauté et la force des autres positions : debout (louange, acclamation, résurrection, mais aussi adhésion, détermination) et assise (le disciple qui écoute et se laisse enseigner).

Damien Jacquinet L’unité de la communauté qui célèbre est essentielle. Il ne faut pas oublier pour autant l’importance de la liberté intérieure. Si j’ai besoin de par mon histoire personnelle d’être à genoux pour la prière eucharistique, ou d’être à l’inverse debout, je peux choisir ces positions, dans ma liberté d’enfant de Dieu.

Est-il préférable de communier dans la bouche ou dans la main ?

Claudine Blanchard On entend parfois qu’il est plus respectueux de communier dans la bouche ou à genoux. Je pense que c’est un faux débat. Si en m’agenouillant, je bouscule les autres, est-ce bien respectueux ? À l’inverse, on voit des gens qui communient dans la main avec beaucoup de délicatesse. En d’autres termes, il n’y a pas une manière de faire qui serait respectueuse dans l’absolu. Tout dépend de ma disposition intérieure et encore une fois de la charité qui est exprimée par mon attitude. Dieu regarde le cœur.

Jacques Gomart Ce qui prime, c’est en effet la question du sens, de la manière dont on habite le geste, du fruit qu’il porte, de la façon dont il édifie l’Église, me fait grandir dans la foi et la charité ou pas. Voici deux repères. Lorsque nous communions, le prêtre, le diacre ou la personne déléguée par le prêtre nous présente « Le corps du Christ » et nous répondons « Amen ». C’est un acte de foi : nous confessons que nous recevons le corps du Christ, et pas seulement du pain. Il nous est également demandé, avant de communier, de poser un acte d’adoration : il est important de marquer par un geste (inclination ou génuflexion) notre adoration du Seigneur qui se donne à nous en nourriture de vie éternelle.

Un mot pour conclure ?

Jacques Gomart Avec saint Augustin de nouveau : « Dans les choses nécessaires l’unité, pour ce qui est discutable la liberté, en toutes choses la charité. »

Damien Jacquinet Si la liturgie touche l’intime de notre vie avec le Christ et de notre vie en communauté, ayons beaucoup de douceur les uns avec les autres dans nos différences. J’ai vu trop de critiques violentes faites au nom de la liturgie pour ne pas essayer d’y être vigilant moi-même.

Claudine Blanchard N’oublions pas que la liturgie est une manifestation de l’Église et que c’est l’Église du Christ. C’est lui qui célèbre, c’est lui, le seul prêtre. Contempler cette réalité peut renouveler complètement notre manière de vivre la liturgie. ¨

SERVANTS D’AUTEL : FILLES OU GARÇONS ?

Il n’y a aucune impossibilité d’ordre théologique ou canonique pour que des baptisés, filles comme garçons participent au service de l’autel. On touche en revanche à la dimension symbolique. L’Église fait appel à un discernement d’ordre pastoral en rappelant que le service de l’autel peut éveiller des vocations sacerdotales chez les garçons. Le risque, dans ce débat, c’est de transposer la question de l’ordination sacerdotale réservée aux hommes sur celle des servants d’autel. Or, on n’est pas du tout dans le même ordre de question. Il y a une possibilité pour tout baptisé de participer au service liturgique (lectures, distribution de la communion par délégation). Par contre, d’un point de vue symbolique et pastoral, il est judicieux de tenir compte de la différence garçons-filles sur le plan éducatif et d’éveiller à une juste complémentarité hommes-femmes. En ce sens la proposition du service des servantes d’assemblée a du sens.

JACQUES GOMART

POUR ALLER + LOIN : www.ilestvivant.com

L’ÉVOLUTION DE LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER

Au Moyen Âge, les gens viennent à l’Église pour “faire leurs dévotions”. Ils ne sont pas directement concernés par l’action liturgique. À partir du concile de Trente, les jubés ayant été supprimés, l’assemblée peut voir et être touchée par ce qui se déroule devant elle. Il est intéressant de constater que les pères du concile de Trente se demandent déjà comment rendre la liturgie plus accessible aux fidèles. En ce sens, ils ont réfléchi à une possible traduction en langue vernaculaire. Mais dans le contexte des revendications protestantes et jansénistes, le latin a finalement été conservé. Cette réflexion du concile de Trente est à la source du mouvement liturgique qui se développera au XIXe et au XXe siècle, et aboutira à “la messe dialoguée”, encouragée par Pie XII dès 1947.

CLAUDINE BLANCHARD

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