Purgatoire : le trésor dépoussiéré

Cet article fait partie du dossier thématique :De la mort à la Vie éternelle →

Rencontre avec Don Paul Denizot – Pour le jeune recteur du sanctuaire Notre-Dame de Montligeon (Orne), il est temps de redécouvrir le purgatoire, vrai joyau de la foi catholique.

Propos recueillis par LAURENCE DE LOUVENCOURT
pour Il est vivant! n°345

VOUS AVEZ DIT « PURGATOIRE » ?

« Ce qui est magnifique, avec le purgatoire, souligne don Paul avec enthousiasme, c’est qu’il est le signe d’un sens profond de la miséricorde de Dieu. Avec le purgatoire, on peut espérer jusqu’au bout. Comme disait le saint curé d’Ars : “Le purgatoire, c’est l’infirmerie du bon Dieu !” »

Il est vivant ! Le purgatoire, une dévotion dépassée ?

Don Paul Denizot Il est vrai que, dans notre pays et dans l’Occident sécularisé, le purgatoire n’a plus bonne presse. Mais partout ailleurs dans l’Église catholique, la dévotion aux âmes du purgatoire est encore bien présente : chez les catholiques anglais (la prière pour les holy souls), aux États-Unis, en Afrique, en Amérique du sud, en Italie, etc. La France a été spécialement marquée par une forme de jansénisme, caractérisée par une complaisance avec les souffrances d’un purgatoire obscur qui n’a rien à voir avec le purgatoire de la foi catholique ! Notre pays a été marqué également par le romantisme et le spiritisme du XIXe et ses fantômes. Cela a sans doute abîmé la sobriété de la foi dans l’existence et la réalité du purgatoire.

Mais l’Église catholique confesse toujours l’existence du purgatoire. Le magistère récent – le concile Vatican II, le Catéchisme de l’Église catholique, certaines catéchèses de Jean Paul II, l’encyclique Spe Salvi de Benoît XVI etc. – réaffirme sa réalité.

Et qu’elle est-elle, cette réalité ?

Le purgatoire est une étape de purification vers la gloire et la communion bienheureuse. Il y a donc joie et souffrance en purgatoire. Joie de se savoir sauvé et de bientôt communier à la joie du ciel. Souffrance aussi de ne pas y goûter encore. Par ailleurs, croire en l’existence du purgatoire, c’est croire que les peines du péché peuvent être encore remises après la mort. C’est se dire qu’on peut espérer jusqu’au bout. Croire au purgatoire révèle un sens profond de la miséricorde et de la grandeur de Dieu. Car, qui est prêt pour voir Dieu face à face et entrer dans la communion éternelle avec lui ? Personne !

Le purgatoire, c’est donc se laisser préparer, guérir par l’amour de Dieu pour vivre en communion avec lui. Il faut sans doute le dépoussiérer, ce purgatoire ! Redécouvrir qu’il est un temps de justice et de miséricorde. Et la justice n’est pas extérieure à nous-mêmes. C’est une justice à laquelle l’âme consent et adhère de toutes ses forces. « L’âme se jette en purgatoire », dit sainte Catherine de Gênes, car elle sent qu’elle n’est pas encore prête.

Quel lien entretenir avec les âmes du purgatoire ?

Une amitié fraternelle et un esprit de solidarité. Ces âmes sont saintes. Elles sont dans la grâce et dans l’amour de Dieu. Il n’y a plus de péchés en purgatoire et le temps du purgatoire permet de guérir des déséquilibres que les péchés ont créés durant la vie terrestre.

Nous les vivants, pouvons encore faire du bien à nos défunts, à tous les défunts. Et il n’est jamais trop tard. On peut encore faire quelque chose pour eux : on peut toujours intercéder pour eux, leur faire parvenir un merci ou un pardon par la prière. Cela les aide dans cette étape de purification.

De notre côté, que pouvons-nous attendre de ces âmes ?

Qu’elles intercèdent pour nous. Notre prière pour elles peut non seulement les aider mais rend efficace leur intercession pour nous dit le Catéchisme de l’Église catholique. C’est d’ailleurs sur cette intuition que l’abbé Buguet a fondé Montligeon. Comme il l’écrivait lui-même : « Je cherchais à concilier ce double but : faire prier pour les âmes délaissées […] et, en retour, obtenir par elles le moyen de faire vivre l’ouvrier. […] C’était une délivrance mutuelle. »

C’est une communion d’échange et d’amitié. Nous nous portons les uns les autres. Le cœur du Seigneur est toujours touché par nos prières d’intercession pour les autres. Quel papa ou quelle maman ne seraient touchés lorsque l’un de ses enfants demande quelque chose pour un autre ?

Comment s’y prendre pour les aider ?

En priant. En les confiant à l’intercession de la Vierge Marie.

Mais surtout en priant pour elles à la messe. À chaque Eucharistie, nous prions pour les défunts. Nous pouvons aussi offrir la célébration de la messe pour tel ou tel défunt. C’est le sens de la messe perpétuelle célébrée chaque jour au sanctuaire pour tous les vivants et les défunts recommandés à la Fraternité Notre-Dame de Montligeon.

On peut enfin aider nos défunts par notre manière de vivre, en vivant bien. C’est le pape François qui l’écrit : « Mieux nous vivons sur cette terre, plus grand sera le bonheur que nous pourrons partager avec nos proches dans le ciel. Plus nous arriverons à mûrir et à grandir, plus nous pourrons leur apporter de belles choses au banquet céleste. » (Amoris Laetitia, 258). Vivre bien, en pratiquant les œuvres de miséricorde, et c’est très concret.

L’espérance chrétienne, c’est affirmer que le Seigneur prend soin de nos défunts et que le lien de l’amour nous relie par-delà la mort. C’est le message de Notre-Dame de Montligeon. ¨

L’UNION DES ÂMES

« L’union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ ne connaît pas la moindre intermittence. Au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels. » CEC N°955 (LG N° 49)

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