Projets de développement intégral : Soutien aux structures et initiatives locales (Madagascar)

L’Église, acteur infatigable du développement

Dans bien des pays, l’Église est un acteur majeur du développement, avec un impact considérable dans de nombreux domaines : éducation, agroécologie, santé, justice… L’engagement d’un diocèse comme celui de Fianarantsoa à Madagascar montre l’incroyable élan dont l’Église est porteuse, mais aussi sa volonté de pérenniser, structurer et consolider les projets initiés sur le terrain. Interview d’Hubert après trois années de mission.

Hubert, pourquoi avoir passé trois ans au service du diocèse de Fianarantsoa ?

Initialement, j’étais parti pour deux ans (avec ma femme et nos quatre filles), pour y être gestionnaire de projets au sein de la Codfides. Cette instance diocésaine conseille l’évêque en matière de développement économique et social, accompagne les projets à des stades d’avancement divers, en coordonne les acteurs, forme les porteurs des projets. J’ai aimé mettre du lien entre les Malgaches, créer des partenariats. Comme dit le proverbe africain : « Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ! Nous avons demandé à rester une année de plus pour enraciner ces projets (52 à l’époque)!

Quels sont ces projets de l’église locale ? Leurs enjeux ?

Les besoins de la population, les difficultés liées à la pauvreté et à l’insécurité (dans les zones de brousse sujettes aux attaques des voleurs de zébus) rendent criante l’urgence du développement, en particulier l’éducation des enfants. En construisant des écoles, des dispensaires, des fermes écoles, en soutenant les familles jusque dans des activités génératrices de revenus, en offrant des formations professionnelles (notamment aux mineurs sortis de prison), en formant des formateurs, en se préoccupant du reboisement de l’ile, etc., l’Église continue à élever « la maison » tout en renforçant ses fondations.

En quoi ces projets sont-ils spécifiques au développement intégral ?

Leur vision part de l’homme : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ? » La question économique n’est pas première. Dans le cadre de l’accompagnement des familles, par exemple, nous voyons d’abord leur volonté, leurs besoins, leurs désirs. Les discussions se passent en famille pour définir les besoins (scolarité, nourriture, déplacement), puis pour mettre en place ce qui répond aux besoins. Cette approche permet une forme d’ingéniosité et d’audace qui vient des personnes. Les jeunes inclus dans la réflexion s’impliquent. La méthode s’applique aussi au niveau d’un village : vous voulez une école, pourquoi ? Pour combien d’enfants ? Quelle est la situation des familles, etc. Quand rien n’est figé ni calculé, nous voyons des miracles !

Quelle est donc la place des volontaires en mission ?

Nous avons bien sûr la responsabilité des projets à professionnaliser et à faire grandir, notamment en autonomie financière. Nous faisons au mieux avec nos pauvretés, nos moyens, nos compétences. Mais au cœur de son travail, le volontaire s’efforce d’être l’oreille qui écoute, d’être le frère qui s’assoit à côté de ceux vers qui il est envoyé. C’est un défi, une conversion à vivre ! Mais quelle joie alors de voir des bénéficiaires se lever et devenir acteurs de leur avenir !

Une anecdote, une perle de mission à partager ?

Dans le hameau de Vohiboay, lors de la venue du vicaire général du diocèse, les habitants lui offrent des cadeaux, comme le veut la coutume. Parmi ceux-ci, un coq ! Le père Gervais, voulant partager, me le donne. Me voilà donc avec un coq vivant ! Mais comment fait-on pour garder un coq chez soi ? Ou pour le tuer ? Pris au dépourvu, ma femme et moi décidons de l’offrir à notre tour à madame Joséphine qui travaille pour nous. Celle-ci l’accepte avec beaucoup d’émotion et entreprend aussitôt d’acheter une poule pour avoir des œufs et des poussins… Voilà comment un don est devenu le point de départ d’un micro projet de développement, améliorant le quotidien de toute une famille.

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