« Il n’y a pas de prière ni de liturgie sans Esprit Saint » – rencontre avec Mgr Dominique-Marie David

Cet article fait partie du dossier thématique :La liturgie, l’Eglise en prière →

La Communauté de l’Emmanuel est née dans la mouvance du Renouveau dans l’Esprit Saint où l’expérience du chant, de la louange, de la joie, de la confession de la foi, est liée à la rencontre personnelle du Christ vivant. En 1974, lors du premier rassemblement du Renouveau en France à Vézelay, la liturgie est apparue comme une évidence : elle rythmait les journées. Au sein de la Communauté de l’Emmanuel, s’est vécue dès ce moment, une forme d’articulation entre l’expérience charismatique de la louange et la structuration de ce qu’il y a de meilleur dans la tradition de la liturgie de l’Église.

Mgr Dominique-Marie David, archevêque de Monaco depuis le 8 mars 2020, a été responsable du service liturgie de la Communauté de l’Emmanuel.

C’est ce que nous avons vécu par la suite à Paray-le-Monial. C’est là que, pour ma part, j’ai découvert à travers la louange que le chant n’était pas un “ornement” de la foi. C’est la foi qui s’exprime et se vit par le chant ! Et c’est ce que l’on vit aussi dans la liturgie. « Dieu habite la louange de son peuple », dit un psaume. Quand on en fait l’expérience, cela change tout.

L’expérience charismatique nous a appris à entrer dans une attention à l’action de l’Esprit Saint, également au sein de la liturgie. Par exemple, jeune laïc, après avoir vécu l’expérience de l’effusion de l’Esprit, je priais intérieurement avant chaque messe en me demandant : « Qu’est-ce que l’Esprit Saint va nous dire, comment le Seigneur va t-il agir pendant cette messe ? Comment va-t-il me donner ce dont j’ai besoin aujourd’hui ? » Cette disposition intérieure change tout : on participe à l’Eucharistie en s’attendant à ce qu’il se passe quelque chose ! L’expérience charismatique nous a donc permis d’entrer dans une participation active (lire page 12) à l’Eucharistie. C’est comme une conversion : on passe de l’assistance passive à la mise à disposition active de l’Esprit Saint.

La vie dans l’Esprit et la liturgie peuvent se vivre dans un même élan : c’est l’expérience que nous avons tous vécue, et qui est sans doute un don de Dieu. « Dans la prière charismatique, on se lâche ; et à l’inverse, dans la liturgie, tout est réglé, fixé, balisé », pense-t-on parfois de manière tout à fait erronée. L’expérience de la prière charismatique, en effet, c’est sérieux ! Elle amène à obéir à l’Esprit Saint par une écoute intérieure. Il n’est pas si simple de comprendre comment Dieu nous conduit dans la prière. La liturgie peut quant à elle être l’expérience d’une très grande liberté dans l’Esprit. Car s’il y a bien un lieu où l’Esprit Saint agit de manière inégalable, c’est la liturgie : l’enseignement de l’Église est constant sur ce point. Donc, il n’y a pas de liturgie sans Esprit Saint, tout comme il n’y a pas de prière sans Esprit Saint. Nous avons sans cesse à retrouver cette articulation entre vie dans l’Esprit et liturgie ainsi que la façon d’entrer dans cette grande tradition de la prière de l’Église sans perdre la docilité intérieure à nous laisser conduire par l’Esprit Saint.

Par ailleurs l’expérience fraternelle et communautaire forte vécue dans le Renouveau charismatique nous a permis d’accueillir assez spontanément la dimension communautaire de la liturgie, remise en lumière par le concile Vatican II : se considérer comme un corps, une famille, une assemblée de frères et de sœurs. On l’oublie parfois mais la liturgie n’est pas seulement une expérience individuelle entre le Seigneur et moi-même. Le Concile évoque aussi au sujet de la liturgie une multiplicité de facettes : le « mystère d’alliance », la « rencontre entre Dieu et l’homme », la dimension de participation active, l’œuvre de Dieu célébrée ; le lieu où Dieu sauve son Peuple et où l’homme rend gloire à Dieu ; la dimension communautaire. Tous ces éléments mis ensemble nous permettent d’accueillir cette grâce que Dieu fait à son Église quand il la convoque à la prière commune, à l’assemblée liturgique.

Il me semble que nous avons à transmettre l’expérience de cette articulation vivante entre vie dans l’Esprit et liturgie aux jeunes générations. Beaucoup font aujourd’hui de très belles expériences spirituelles. L’enthousiasme de leur foi née de leur conversion a besoin de s’enraciner dans la grande prière de l’Église qui n’est pas là pour freiner nos élans mais pour leur donner toute leur force. Elle évite que l’expérience de la foi ne soit que l’emballement d’un moment. Dans la liturgie, le Christ se donne et nous n’aurons jamais fini de découvrir cette grande tradition de la prière de l’Église, animée par le souffle de l’Esprit. ¨

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE DE LOUVENCOURT

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