« Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort » – méditation

Cet article fait partie du dossier thématique :De la mort à la Vie éternelle →

Nous prions ces paroles du Je vous salue Marie, sans toujours avoir conscience de ce qu’elles signifient. Pourquoi demander à la Vierge Marie de prier pour nous « Maintenant, et à l’heure de notre mort » ?

Par SŒUR MARIE-AIMÉE
pour Il est vivant! n°345

Lors de la Visitation, la Vierge Marie s’exclame : « Toutes les générations me diront bienheureuse ! » (Luc, 1, 48). Et de fait, les générations se succèdent, exprimant leur gratitude envers la mère de Dieu à travers la prière du Je vous salue Marie. La dernière partie de cette prière est constituée d’une demande adressée à Marie : « Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort ! » Touchante prière qui met en relief les deux moments estimés les plus importants dans la vie d’un homme : le maintenant, et l’heure du passage ! En toute vie, vient l’instant où ces deux moments se superposent et ne font plus qu’un.

Le saint curé d’Ars répétait inlassablement ses Ave Maria en insistant sur les mots entre tous aimés : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » Il les avait si souvent commentés dans ses catéchismes : « Voyez mes enfants, quand vous dites : priez pour nous à l’heure de notre mort, c’est tout. » « Oh mes enfants, toute la vie de l’homme est un apprentissage à bien mourir. » « Oh ! mes enfants, quand la mort viendra, nous serons bien contents d’être bien préparés. » (Jean Claude Viret, Catéchisme du 7 et du 8 décembre 1849 – archives paroissiales d’Ars).
Des générations de chrétiens implorent la présence d’une mère pour les assister en ces étapes décisives de leur existence.

Une maternité spirituelle et universelle

En affirmant que « la Vierge Marie est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur » (Lumen Gentium, n° 53), le concile Vatican II attire l’attention sur le lien existant entre la maternité de Marie et la rédemption. Avec la participation à l’œuvre rédemptrice du Christ, est également reconnue la maternité spirituelle et universelle de Marie.
La maternité de Marie à notre égard ne consiste pas seulement en un lien affectif. Saint Jean nous rapporte l’une des paroles du Christ en croix, s’adressant au disciple qu’il aimait : « Voici ta Mère. » (Jn 19, 26-27). Marie n’est pas seulement mère du Sauveur mais aussi, à travers ce disciple bien-aimé, de tous les rachetés, de tous les membres du Corps mystique du Fils. Ces paroles, « Voici ta Mère », expriment l’invitation de Jésus envers ses disciples, de « recevoir Marie chez eux », dans une attitude d’amour et de confiance, les conduisant à reconnaître en elle leur mère, la mère de chaque croyant.

Une mère qui nous donne la vie

Cette maternité de Marie à notre égard contribue de façon efficace à notre naissance spirituelle. C’est pour cette raison que Marie est appelée « Mère de la grâce », « Mère de la vie ». « Elle est la Mère de la vie, dont vivent tous les hommes : en engendrant en elle-même cette vie, d’une certaine façon elle a régénéré tous ceux qui devaient la vivre. Un seul fut engendré, mais nous fûmes tous régénérés. » (bienheureux Guerric d’Igny, In Assumpt, I, 2, PL 185, 188).
Donnant la vie, la Vierge Marie nous donne celui qui est la vie. Et c’est en lui que nous est ouvert l’accès à la vraie vie, à cette vie éternelle qui commence dès ici-bas et se prolongera toute l’éternité.
Dans un de ses catéchismes, le saint curé d’Ars avait dit : « L’homme était créé pour le ciel ; le démon a brisé l’échelle qui y conduisait. Jésus Christ, par sa passion, nous en a formé une autre. Marie est au sommet de l’échelle, elle la tient à deux mains et nous dit : Venez ! Venez ! Oh ! La belle invitation ! Voyons le ciel ouvert. Il n’y a que l’échelle à monter ! » (B. Nodet, Le curé d’Ars, sa pensée, son cœur. Éd. Le Cerf, 2006).
L’antienne de la messe en l’honneur de la Vierge Marie, source de lumière et de vie chante ceci : « Toi qui as enfanté le Christ, lumière et vie du monde, tu es le modèle de la mère Église qui fait renaître de l’eau sainte le peuple des croyants ! »

Entrer dès maintenant dans la naissance spirituelle par Marie

C’est possible, et c’est ce que nous demandons sans bien le savoir dans cette belle prière : « Prie pour nous, maintenant. » Prier, pour Marie, c’est s’engager ! Comme une avocate, certes et encore davantage, comme une mère. Si nous nous remettons entre ses mains, elle pourra nous donner de vivre la parole de son Fils exprimée à Nicodème : « Il vous faut renaître : nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le Royaume ! » (Jn 4) Or la mort est appelée Dies natalis, le jour de notre naissance !
Le cardinal Urs von Balthasar estime que la Vierge Marie « est devenue la grande experte de la mort chrétienne », car Marie a vécu un constant passage de la vie en soi-même, à la vie en Dieu : « Depuis son premier oui, elle a chaque jour passé en Dieu en une sorte de mort ; elle s’est tellement entraînée à l’acte de la remise de soi-même qu’elle est devenue en quelque sorte la grande experte de la mort chrétienne. » (Balthasar, La triple couronne, le salut du monde dans la prière mariale, éditions Lethielleux/Le sycomore, 1978).
Ainsi, Marie nous apprend à vivre cette Pâque, ce passage de nous-même à Dieu, en le vivant comme un tout-petit qui s’abandonne entre les bras de son père. Elle nous l’apprend dès maintenant, au cœur de notre quotidien, si nous acceptons de nous laisser guider.

Grande experte de la vie

Saint Jean Paul II parle de la culture de mort qui imprègne nos sociétés et amène souvent nos contemporains à choisir des solutions de mort plutôt que des solutions de vie aux problèmes qu’ils rencontrent. Tout au long de sa vie, Marie, elle, a fait le choix de la vie. En protégeant son fils de bien des dangers et aussi en étant celle qui trace des chemins de vie conduisant à son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Elle nous tourne vers des paroles de vie.
Épouse de l’Esprit Saint, Marie nous aide à nous livrer à son agir ; en effet, « elle est pour nous l’idéal de vie selon l’Évangile : en la regardant et en la priant, nous apprenons d’elle à aimer Dieu par-dessus tout, à contempler le Verbe, et à aimer nos frères avec son propre cœur. » (Préface de la messe Sainte Marie, mère et maîtresse de vie spirituelle).
La Vierge Marie nous apprend la béatitude des cœurs pauvres qui s’ouvrent à la venue du Royaume. Maurice Zundel, prêtre, écrit avec conviction : « Nous pouvons tous nous préparer à une mort qui soit une victoire sur la mort, qui soit une offrande, qui soit un acte libre, qui soit une rencontre avec l’Éternel Amour. » Et pour cela, il nous invite à contempler Marie : « Elle ne peut que nous conduire à Jésus. Elle ne peut que nous entraîner dans cette désappropriation qui est son secret à elle. Elle a enfanté le Christ, justement, dans une radicale désappropriation d’elle-même, comme le Père engendre le Verbe dans une radicale désappropriation de lui-même. Elle va donc nous enraciner dans le Christ et, par le Christ, nous enraciner au cœur de la Très Sainte Trinité. » (Maurice Zundel, Marie, tendresse de Dieu, Éd. du Jubilé, extraits). La Vierge Marie est tout aimantée par Dieu, elle se livre sans détour à la tendresse divine, elle avance dans la foi au milieu des épines, sans se replier sur elle, toujours livrée. Tel est le secret de son attitude si eucharistique selon l’expression de saint Jean Paul II : en elle tout est offert et tout est déjà, par le désir, passé en Dieu ! « Plus un être s’élève, plus il s’intériorise, plus il pétrit son corps de lumière et de grâce, plus Dieu resplendit dans sa chair, plus aussi, il est vainqueur de la mort, plus tout son être devient un élan harmonieux vers Dieu ! » (Maurice Zundel, évoquant l’Assomption de la Vierge Marie). Si l’Assomption de la Vierge nous émerveille, nous pouvons nous sentir bien petits en arrivant aux portes de la mort et peut-être connaître l’angoisse et la peur. C’est pourquoi avec sagesse, l’Église nous invite à nous blottir dans le Cœur de Marie, à nous appuyer sur sa prière.

Elle nous prépare à la rencontre

Il est permis de penser que, à l’image des serviteurs de la parabole du Fils prodigue (Lc, 15), la Vierge Marie aide les défunts à revêtir la robe nuptiale, à retrouver leur dignité de fils de la Lumière, à entrer dans la joie qui surpasse tout désir. « Prie pour nous » suppose que la Vierge Marie, par sa sollicitude maternelle, prépare ses enfants à cette rencontre définitive et à cette joie éternelle. Saint Irénée enseigne que Dieu sauve le monde par ses deux mains : l’une est le Christ, l’autre l’Esprit Saint. Or Marie est toute remplie de l’Esprit Saint, son Époux, et collabore avec lui à l’œuvre du salut.

Une belle méditation d’Adrienne von Speyr nous apporte un éclairage sur la présence discrète et agissante de la Vierge au moment de la messe : il s’agit de la contemplation du moment important de la messe, précédant la consécration, qui est l’offertoire. En effet, être au seuil de la mort, c’est être en disposition ou non de vivre intérieurement un « oui », une attitude d’offertoire, afin d’entrer dans celle de la communion. En nous rappelant la fin de l’Évangile de Luc, le récit de la passion du Christ, nous observons trois attitudes en présence de la mort (Lc 23, 39-46) : l’un des malfaiteurs, crucifié aux côtés du Christ, était en pleine colère et révolte ; l’autre, appelé le bon larron, se résignait à son châtiment : « Pour nous, c’est juste ! » tout en manifestant son espérance en la Miséricorde Divine ; enfin le Christ, faisait de sa mort un « oui » d’amour en remettant son esprit entre les mains de son Père. L’attitude de son Fils, la Vierge nous aidera à la faire nôtre au moment ultime car la manière dont nous envisageons la mort dépend des dispositions de notre cœur.

« À l’offertoire, tout est offert à Dieu : avec les oblats, l’âme tout entière, comme la Mère a offert son âme, dans la rigueur du service et pas dans un enthousiasme facile et exalté. Elle a offert sa propre personne, comme quelque chose d’aussi infime que du pain et du vin, mais le don infime cachait en lui toute l’étendue de son « oui », de laquelle le Fils pouvait tirer des dimensions célestes. Et quand l’Église présente par l’intermédiaire du prêtre le pain et le vin, c’est déjà le Fils qu’il offre de façon cachée au Père. Et de même que la Mère devient servante par son « oui », le prêtre et toute la communauté deviennent à leur tour serviteurs de Dieu par l’offertoire. Tout est préparé et offert pour être ensuite pris, consumé et transformé par Dieu. » (Adrienne von Speyr La servante du Seigneur, Éd. J. Verlag, 2014, p. 202 et 203).

« Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort » : lorsque vient le moment où le « maintenant » coïncide avec l’aujourd’hui de notre mort, plus que jamais nous avons besoin de la tendre sollicitude d’une mère. La Vierge peut nous communiquer son humble écoute, son oui confiant, son espérance. ¨

Sœur Marie-Aimée, fondatrice de la communauté des sœurs de la Nouvelle Alliance.

« FAITES TOUT CE QU’IL VOUS DIRA »

Simone vit douloureusement le deuil de son époux et s’inquiète sur son devenir au-delà de la mort. Simone est très fervente et repense avec inquiétude et regrets à la non-participation de son époux aux diverses célébrations de l’Église. Lors d’un pèlerinage, elle écoute l’Évangile des noces de Cana. Tout particulièrement cette parole de la Vierge Marie : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Le prédicateur insiste sur cette parole qui manifeste combien la Vierge Marie nous pousse à une attitude de disciple, d’écoute de son Fils. Simone comprend soudain que la parole de l’Évangile dépasse un temps donné et vient toujours vers nous, vivante et chargée de sens. Touchée par l’espérance, elle en conclut que son mari a lui aussi reçu cette parole de la Vierge : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Au moment du passage, la parole suivante pourrait avoir retenti au cœur de son mari : « Au milieu de la nuit, il y eut un cri : Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! » (Mt 25 1,13). Depuis ce jour, Simone reçoit la parole de Dieu avec Marie, en communion étroite avec son mari : elle croit que son époux, maintenant dans la lumière divine, en fait comme elle sa nourriture.

À L’HEURE DE LA MORT

André rend visite à sa maman âgée comme chaque jour et l’entend exprimer combien elle souffre de multiples douleurs physiques. Ce n’est pas la première fois. André est pressé et il s’esquive rapidement pour aller à ses diverses tâches. Quand il revient plus tard dans la journée, il trouve sa mère décédée. Il ne se console pas de n’avoir pas été là pour l’accompagner. Alors qu’il est en repos en Bretagne, André entre dans une chapelle et contemple la Pietà, cette statue de la Vierge qui porte son Fils descendu de la croix sur ses genoux. Il relit ce passage dans saint Jean : « Jésus dit au disciple : Voici ta mère » (Jn 19, 25-27). Il est saisi par la tendresse de Marie qui semble lui murmurer au cœur : « Ce que tu aurais aimé faire pour ta maman, je l’ai fait en ton nom, comme pour mon Fils Jésus : j’ai recueilli son dernier souffle, j’étais là pour la prendre dans mes bras comme tu me l’as si souvent demandé : “Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort”, je l’ai présenté à mon Fils, telle était ma prière ! » Par le témoignage d’André, prêtre, ayons foi en la présence de Marie, appelée porte du ciel, au chevet du mourant.

LES SŒURS DE LA NOUVELLE ALLIANCE

La communauté a été érigée dans le diocèse de Sées il y a 25 ans. Les sœurs développent une vie contemplative et missionnaire centrée sur l’Eucharistie contemplée, vécue et annoncée, particulièrement sous l’aspect de l’Amour miséricordieux. La communauté est établie à côté du sanctuaire Notre-Dame de Montligeon et participe à la vie spirituelle du lieu.

www.soeursdelanouvellealliance.fr

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