Pauline Jaricot – Une fondatrice au génie inventif

Cet article fait partie du dossier thématique :Pauline Jaricot, sa spiritualité missionnaire →

Après sa conversion, Pauline Jaricot brûle d’amour pour Dieu et les pauvres. Ce feu ardent a suscité en elle une charité d’une étonnante créativité. Deux de ses œuvres perdurent encore aujourd’hui.

Par CATHERINE MASSON, historienne.

Catherine Masson a publié une biographie sur Pauline Jaricot qui fait référence : Pauline Jaricot, 1799-1862 Biographie (Éditions du Cerf, octobre 2019). À paraître également Laïque et sainte, Pauline Jaricot (Éditions du Cerf).

« J’ai tout appris à vos pieds Seigneur », disait-elle, à vos pieds, c’est-à-dire au pied de la croix, au pied de l’autel (eucharistie) et aux pieds des plus pauvres, et toujours en compagnie de Marie. La vie de Pauline Jaricot est à la fois toute simple et extraordinaire. Femme de prière et femme d’action, elle montre un modèle de sainteté, celui d’une laïque, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut des hommes, pour lesquels, à l’image du Christ, elle a donné sa vie. Après sa “conversion”, à 16 ans, elle se lance dans toutes sortes d’œuvres de charité, auprès des pauvres, des malades, des ouvriers. Elle embauche les ouvrières de son quartier ou de l’usine de son beau-frère à Saint-Vallier (Drôme), dans le cadre d’une association les Réparatrices du Cœur de Jésus méconnu et méprisé. Elle fait preuve d’un extraordinaire génie de l’organisation qu’elle met au service de deux fondations durables, la Propagation de la foi et le Rosaire Vivant ; au service aussi de l’Œuvre des ouvriers qui échouera à cause de deux escrocs qui s’emparent de toute sa fortune.

La Propagation de la foi

Avec son frère, Philéas, elle a très jeune, le souci des missions lointaines. Il rêvait d’être missionnaire en Chine, et elle voulait partir avec lui, mais il lui disait : tu peux pas, t’es une fille, « mais tu prendras un râteau, tu ramasseras des tas d’or, tu me les enverras ». Elle le fera ! En ces années qui suivent la Révolution, le souci de porter l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre est très fort et les missions ont besoin de soutien : des vocations, des prières et de l’argent. Tout un mouvement se met en route pour y répondre. Pauline n’est pas la dernière et c’est là que se révèle son génie inventif. Elle organise dans son quartier des quêtes selon une méthode qui vient du milieu anglais des Anabaptistes, le « sou hebdomadaire ». Chacun met un sou par semaine, dans des troncs disposés un peu partout. Pauline a une première idée originale, ramasser le sou de la main à la main… mais les résultats restent médiocres. À force de réflexion et de prière, elle découvre le “plan” qui va être à la base d’une organisation formidable de collecte à travers le monde entier, l’œuvre de la Propagation de la foi. Au départ ce sont ses Réparatrices et quelques ouvrières qu’elle organise par groupe de dix. Bientôt d’autres, hommes et femmes, vont les rejoindre. Chacun donne un sou par semaine. Les dizaines sont regroupées en centaines et en mille, chaque responsable assurant la récolte à son niveau. Il diffuse aussi des informations et encourage à la prière. Les résultats sont immédiats. Tellement que l’idée est reprise, en 1822, par un groupe de Messieurs lyonnais qui va donner à l’organisation une dimension internationale, ce que Pauline n’aurait pas pu faire seule, mais ce qui n’aurait jamais eu cette dimension sans son idée. Le problème est que par la suite on va oublier complètement son rôle à l’origine. Dans des circonstances dramatiques pour elle, on refusera de lui reconnaître son titre de fondatrice. Au lendemain de la fondation de la Propagation de la foi, Pauline se retire dans le silence et la prière. Elle y est poussée par son directeur spirituel qui est persuadé qu’elle a une vocation contemplative. Mais si toute la vie de Pauline est vécue dans la prière, elle est, selon ses propres mots, « faite pour aimer et agir » et vit cette période douloureusement. Lorsqu’elle retrouve sa liberté, elle se lance à nouveau dans toutes sortes d’œuvres et fonde le Rosaire Vivant (1826).

L’invention du Rosaire vivant

Elle appartient à une confrérie du Rosaire. De la prière du rosaire qui unit son cœur à celui de Jésus, par le cœur de Marie lui sont « venus tous les biens », dit-elle. Mais cette prière est peu accessible aux jeunes filles qu’elle rencontre. Elle a alors l’idée de la simplifier et d’organiser sur le modèle de la Propagation de la foi, des quinzaines, comme les quinze mystères du rosaire. À la tête d’une quinzaine, une zélatrice : le vocabulaire est féminin au début mais de nombreux hommes, laïcs, prêtres, évêques, religieux, etc. vont devenir aussi des « associés » du Rosaire vivant, qui s’engagent à réciter une dizaine chaque jour en méditant un mystère tiré au sort, pour tout le mois. Ils sont encouragés aussi à la communion quotidienne et à l’adoration. Le Rosaire vivant est alors l’agent d’un véritable dynamisme apostolique et missionnaire, qui pénètre les familles, paroisses, diocèses, à travers la France et le monde, en particulier grâce aux réseaux de la Propagation de la foi. Les membres des quinzaines sont très divers, issus de toutes les couches sociales, avec « du bon, du médiocre, et quelques autres personnes qui n’ont que de la bonne volonté… Quinze charbons, un seul est bien allumé, trois ou quatre le sont à demi ; et les autres pas. Rapprochez-les, c’est un brasier ! » lui écrit, enthousiaste, son directeur spirituel. Pauline consacre l’essentiel de son temps à gérer l’organisation qui se met en place avec quelques jeunes filles qu’elle réunit sous le nom de Filles de Marie : correspondance très abondante venue du monde entier, diffusion de circulaires, cartons, chapelets, médailles de l’Immaculée conception, etc. Sa famille soutient ses œuvres et, en 1832, elle peut acheter une maison au pied de la colline de Fourvière, au sommet de laquelle est vénérée la Vierge. Cette maison, appelée Lorette, devient le centre actif du Rosaire vivant. Ce n’est pas sans difficultés : les autorités ecclésiastiques lyonnaises s’inquiètent de cette initiative laïque, pourtant reconnue officiellement par le pape, dès 1832. Difficultés aussi parce que Pauline, qui a fait un choix, clair pour elle-même, d’un engagement laïc a quelques difficultés à organiser et gérer les Filles de Marie. Le modèle n’existe pas et elle ne parviendra pas à le pérenniser. Difficultés parce que la période est très troublée et les événements révolutionnaires des années 1830, à Lyon, vont particulièrement marquer la petite communauté. Enfin Pauline est souvent malade. Plusieurs fois, on la dit mourante, mais elle se remet jusqu’à cette guérison considérée comme miraculeuse en 1835, sur la tombe de sainte Philomène à Mugnano, près de Naples.

L’Œuvre des ouvriers

Pendant tout ce temps, Pauline n’oublie pas son souci des pauvres et des ouvriers et ouvrières qu’elle côtoie à Lyon ou Saint- Vallier. Elle passe des années à chercher comment « rendre à l’ouvrier sa dignité d’homme, en l’arrachant à l’esclavage d’un travail sans relâche ; sa dignité de père en lui faisant goûter les douceurs et les charmes de sa famille ; sa dignité de chrétien, en lui procurant, avec les joies du foyer domestique, les consolations et les espérances de la Religion. En un mot, je voudrais qu’on rendît l’époux à l’épouse, le père à l’enfant, et Dieu à l’homme dont il est le bonheur et la fin ». Vaste programme, pour lequel elle a l’idée de « l’usine chrétienne » : l’ouvrier y apprendrait à se prendre en charge lui-même et pourrait ensuite aider les autres. On a dit que son idée était déjà un peu celle qui, au XXe siècle, fera le succès de la JOC : l’apostolat du semblable par le semblable… Mais pour le XIXe, Pauline fait figure de pionnière, dans la conscience qu’elle a de ce que l’on appellera plus tard la “question sociale” et dans les solutions qu’elle invente. Elle a le désir et l’idée, mais elle cherche, pendant une dizaine d’années, les moyens. Elle pense les avoir trouvés lorsqu’en 1845 elle peut acheter des hauts fourneaux de Rustrel (Var). Cela aurait pu marcher mais elle est victime de deux escrocs qui dilapident toute sa fortune. Encouragée par quelques amis, elle fait appel à l’aide de tous ceux qui la connaissent et l’admirent dans le cadre des deux grandes œuvres qu’elle a fondées la Propagation de la Foi et le Rosaire Vivant. Mais elle voit se dresser devant elle la toute-puissante commission centrale de la Propagation de la foi qui ne reconnaît pas son titre de fondatrice, l’accuse d’être une usurpatrice, une aventurière et empêche d’aboutir toutes les initiatives en sa faveur, y compris celles des associés du Rosaire Vivant. Elle se heurte aussi à l’hostilité de la nouvelle commission de Fourvière qui estime que Pauline est une gêne pour ses projets pour la colline. Elle vit alors un véritable chemin de croix… En 1817, lorsqu’elle a entendu le Christ lui demander : « Veux-tu souffrir et mourir avec moi ? », elle avait fait l’offrande de sa vie. Elle renouvelle cette offrande à la lumière de cette dernière épreuve qui va durer une quinzaine d’années. Ce qui fait sa force c’est sa foi et sa fidélité dans la prière, y compris la prière de louange et d’action de grâce : « Demander, remercier et attendre », même et surtout dans les heures les plus noires. L’espérance ne l’a jamais abandonnée. Elle meurt dans la misère mais ces deux grandes œuvres sont toujours vivantes. ¨

UNE ORGANISATION HORS PAIR

Rosaire vivant. « Que des gens qui ne savent pas ce que c’est que de méditer, voulussent consentir à se représenter pendant l’espace du temps nécessaire pour dire : un Pater, dix Ave, et un Gloria Patri, un des mystères du divin rédempteur et de sa très sainte Mère… »

Les quinze associées se retrouvent une fois par mois, sous l’égide de la “zélatrice” et tirent au sort chacune l’un des mystères et s’engagent à réciter chaque jour du mois une dizaine de chapelet en méditant ce mystère.

Chaque mystère est médité chaque jour en lien avec les autres associées de la quinzaine et cela autant de fois qu’il y a de quinzaines.

La quinzaine est matérialisée par un carton sur lequel sont dessinés des cœurs correspondant aux mystères et où sont inscrits les noms des personnes : union des cœurs, dans l’union des mystères.

Des conseillères rassemblent chaque mois onze “zélatrices” et constituent un Rosaire des cœurs. Dans les réunions mensuelles aux divers niveaux, on récite ensemble le chapelet, on entend un sermon du directeur, on partage les nouvelles.

Aujourd’hui encore nombreux sont ceux qui prient le rosaire dans le cadre du Rosaire vivant ou dans celui des Équipes du rosaire qui ont repris le flambeau avec le père Eyquem (op), dans les années 1950.

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Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°355 - Charles de Foucauld et Pauline Jaricot - L'Évangile en actes Se procurer le numéro →

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