Thérèse de Lisieux, Histoire d’une flamme par Luc Adrian
Longtemps, Luc Adrian a regardé sainte Thérèse de Lisieux avec une certaine méfiance. Trop douce, trop pieuse, peut-être même un peu mièvre à ses yeux. L’épreuve de la maladie va préparer son cœur à la rencontrer pendant un pèlerinage vers Assise.
Derrière la jeune fille fragile, il découvre une « amoureuse du feu de Dieu ». Et dans sa petite voie, quelque chose de sa (notre ?) propre histoire : c’est dans sa faiblesse et son impuissance que Dieu vient chercher l’homme.
Encore un livre sur Thérèse ? N’a-t-on pas déjà tout dit, tout écrit, tout épuisé de la sainte de Lisieux ? « Je ne révèle rien de neuf sur Thérèse » répond humblement Luc Adrian. « Je la raconte autrement avec le désir de montrer que sa voie spirituelle est étonnamment contemporaine. » Alors que le pape Léon XIV exhortait les jeunes au Stade de France, le 25 septembre dernier, « à être les saints d’aujourd’hui ! », Ste Thèrèse nous « donne un mode d’emploi de la sainteté pour aujourd’hui » s’enthousiasme l’écrivain.
Une hypersensible, blessée
Ce qui ne l’empêche pas de ne rien cacher de ses hésitations et de ses agacements devant cette « hypersensible, blessée, empêtrée dans ses émotions, son affectivité et ses larmes. »
inMais au fond, ce qui touche profondément le biographe, « amateur » précise-t-il, chez Thérèse, « ce n’est justement pas sa perfection mais sa fragilité. »
Dans un monde où beaucoup d’entre nous portons des blessures d’abandon, connaissons la fragilité psychique ou faisons l’expérience de nos limites, la petite voie de Thérèse n’est pas un appel à devenir forts. Elle nous dit presque l’inverse : « Dieu voit notre faiblesse. Il voit notre petitesse, notre impuissance. Et c’est Lui qui vient nous chercher » comme l’illustre la fameuse image, si chère à Thérèse, de l’ascenseur qui conduit à Dieu.
« Oui, Thérèse est faite pour eux ! » s’enflamme Luc Adrian : « Les plus jeunes, les catéchumènes ou encore les néophytes qui sont probablement rares à avoir pu approcher cette jeune fille du XIXème dont les écrits peuvent sembler inaccessibles. »
Traverser le fossé qui nous sépare de Thérèse
Il fallait la plume pleine d’humour d’un Luc Adrian pour traverser le fossé qui nous sépare de Thérèse et accéder au trésor de spiritualité qu’elle nous offre pour aujourd’hui. S’il se qualifie de « modeste passeur » Luc Adrian l’admet volontiers : au départ, Thérèse l’intimidait autant qu’elle l’irritait. « J’étais fasciné par le destin de cette toute jeune fille, par son désir fou d’entrer au Carmel, par ce « parcours du combattant » qu’elle avait traversé pour répondre à cet appel, puis par sa mort à seulement 24 ans et enfin cet ouragan de gloire avec 5 millions d’exemplaires d’Histoire d’une âme vendus dans le monde. »
Mais sa spiritualité ? C’était autre chose. « Je n’avais jamais réussi à pénétrer Histoire d’une âme » confie-t-il. « La confiance, l’abandon, la petitesse… » Tout cela lui semblait presque trop facile. « Je la confondais avec du quiétisme », reconnaît-il aujourd’hui. Et puis il y avait cette image de Thérèse un peu « sirupeuse », « mièvre », qui ne l’aidait guère à franchir le pas.
Alors, lorsque son éditrice lui propose d’écrire sur Thérèse, après une biographie romancée de saint François d’Assise, sa réponse est immédiate : « Il n’en est pas question ! » Autant, la vie de François offrait des cavalcades, des péripéties, des bouleversements, « mais que raconter de la vie d’une jeune fille très pieuse, issue d’une famille parfaite, qui vit dans un Carmel où il ne se passe rien ? »
Une « amoureuse du feu de Dieu »
Il lui faudra passer par l’épreuve de la maladie, reconnaitre son impuissance et accepter l’humiliation de demander de l’aide, pour arrêter de regarder Thérèse « de haut » et comprendre que sa petite voie n’est pas un chemin de facilité mais celui d’un consentement mystérieux à l’œuvre de Dieu en nous. La poétesse Marie Noël le dit ainsi : « La Sainteté, c’est moi, Dieu, en toi, l’Homme. »
Lorsque Luc Adrian part à pied vers Assise avec sa femme, son éditrice réussit à glisser Histoire d’une âme dans son sac à dos. Avec un conseil : commencer par la fin. « J’ai ouvert le livre et tout a basculé. Je suis tombé dans du feu. »
Sous la jeune carmélite qu’il croyait un peu fade, il découvre « une amoureuse du feu de Dieu ». La rencontre est si forte qu’il raconte avec tendresse être arrivé à Assise « en donnant une main à [sa] femme et l’autre à Thérèse ».
« J’étais enfin prêt pour Thérèse » dit-il en souriant.
De retour à Paris, il se met au travail et accouche deux ans et demi d’écriture plus tard de « Thérèse de Lisieux. Histoire d’une flamme. » A lire sans plus tarder !











