La gratitude à l’école des psaumes

« Le livre des psaumes est un livre de louange qui nous enseigne à rendre grâces », disait le pape Benoît XVI. Et nous disposons de cent cinquante psaumes : quel trésor !

Par sœur Claire Pattier

La Bible nous rappelle que le but de la création à l’origine est de chanter la gloire de Dieu, selon qu’il est écrit au psaume 148 : « Louez le Seigneur depuis les cieux, louez-le dans les hauteurs […] Louez-le Seigneur depuis la terre monstres marins tous les abîmes […] Le reptile et l’oiseau qui vole rois de la terre, tous les peuples […] Qu’ils louent le Nom du Seigneur sublime est son Nom, lui seul ! » On peut penser effectivement qu’Adam et Ève, toutes les créatures, émerveillées devant l’œuvre de Dieu devaient sans cesse s’écrier : « Tu m’as réjoui, Seigneur, par tes œuvres devant l’ouvrage de tes mains je m’écrie : “Que tes œuvres sont grandes, Seigneur” » (Ps 92, 5 et 6).

Pour retrouver le chemin de la louange

Au commencement, tout était beau et bon : « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1, 10) et même très bon avec la création au sixième jour de l’homme et de la femme : « Dieu vit que cela était très bon » (Gn 1, 31). La louange, l’action de grâce allaient de soi.

La faute originelle a dévié et perverti notre vocation : en hébreu, le verbe pécher veut dire littéralement manquer le but. Donc pour combattre le péché, il faut essayer de se remettre dans la bonne direction, c’est-à-dire retrouver le chemin de la louange en tout temps.

Le Seigneur a inspiré les psaumes pour nous aider à retrouver ce chemin : « Rappelons comme l’homme a souhaité retrouver la voix du Vivant Esprit qu’Adam avait perdue par désobéissance, lui qui, avant la faute étant encore innocent, avait une voix semblable à celle des anges »[1].

David reçut la mission extraordinaire de chanter d’une certaine manière avec la voix d’Adam, de se réjouir en Dieu en toute circonstance. Il avait compris que « la base de toute prière est de permettre au cœur de trouver en Dieu son bonheur, ainsi qu’il est dit : “Glorifiez-vous en son saint Nom ; que les cœurs de ceux qui cherchent Hachem[2] soient en joie (Ps 105, 3).” Et par conséquent David, roi d’Israël, accompagnait de musique toutes ses prières et tous ses chants, afin de remplir son cœur d’une joie débordante d’amour de Dieu. »[3]

Il faut bien comprendre que la louange n’est pas une obligation face à un Dieu qui attend qu’on lui dise merci, fût-ce à contrecœur. Non. Elle est la condition de notre bonheur. Notre seul bonheur étant en lui, notre activité principale devrait être de revenir à lui en faisant mémoire de ce nous dit le livre de Ben Sira : « Les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes, il donne sa faveur à qui en a besoin, à l’heure propice. Il ne faut pas dire : “Ceci est pire que cela !” car tout en son temps sera reconnu bon. Et maintenant, de tout cœur, à pleine bouche, chantez et bénissez le nom du Seigneur ! » (Si 39, 33-5).

On pourrait ajouter : « Chantez en vous accompagnant d’un instrument. » En effet les psaumes ont été écrits pour être accompagnés par des instruments de musique, en particulier la lyre à dix cordes dont jouait David : « Il est bon de rendre grâce au Seigneur de jouer pour ton nom, Très-Haut, de publier au matin ton amour ta fidélité au long des nuits, Sur la lyre à dix cordes et la cithare, avec un murmure de harpe » (Ps 92, 1-4).

« Ce qu’ils chantaient, ils l’accompagnèrent grâce aux mouvements de leurs doigts, rappelant Adam formé du doigt de Dieu, c’est-à-dire de l’Esprit Saint, dans la voix de qui tout son d’harmonie et tout l’art de la musique, avant qu’il eût péché, étaient suavité. »[4]

Un livre qui nous apprend à rendre grâce

Le mot psaume vient du grec psallô, qui signifie pincer les cordes d’un instrument. Saint Ambroise explique l’importance de l’accompagnement musical en précisant que les cordes des instruments sont confectionnées avec des peaux mortes d’animaux, symboles de nos morts et de nos péchés ; grâce aux psaumes, ces “restes morts” se transforment en louange : « Qu’est-ce donc que le psaume ? C’est un instrument de musique dont joue le saint prophète avec l’archet du Saint- Esprit et dont il fait résonner sur la terre la douceur céleste. Avec les lyres et leurs cordes, c’est-à-dire avec des restes morts, il rythme les voix différentes et inégales et dirige le cantique de louange divine vers les hauteurs du ciel. »[5] Autrement dit : rien ne peut nous empêcher de louer le Seigneur ; comme le font les psaumes il faut tout lui présenter y compris le mal en nous et autour de nous, les ténèbres du péché, tout faire monter vers lui avec confiance car « Même la ténèbre n’est point ténèbre devant toi » (Ps 139, 12). et il faut croire que tout peut se transformer en action de grâce, nous qui savons que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 21). Ne pas rendre grâce, c’est croire que la grâce du Seigneur est tarie… Or : « Les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin » (Lm 3, 22-23). Il peut arriver que cela semble impossible d’entrer dans la louange ; la louange spontanée, peut-être, mais la Bible nous offre un « admirable trésor de prière » : 150 psaumes et il faut en profiter ! Le psautier commence par le mot Bienheureux et se termine par Alléluia ce qui signifie : « Heureux êtes-vous si vous savez chanter “alléluia” d’un bout à l’autre de votre vie ! » Alléluia : c’est dire à Dieu que nous l’adorons dans sa grandeur et sa majesté, qu’il est Dieu de toujours à toujours, que son amour s’étend d’âge en âge : « Alléluia ! Loue le Seigneur, ô mon âme ! Je veux louer le Seigneur tant que je vis, je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure » (Ps 146, 1 et 2). En hébreu, le livre des psaumes s’appelle Tehillim, c’est-à-dire les louanges (on reconnaît la racine du terme Alléluia). « Ce livre de prière […] est en fin de compte un livre de louange, qui enseigne à rendre grâces, à célébrer la grandeur du don de Dieu, à reconnaître la beauté de ses œuvres et à glorifier son saint Nom. C’est là la réponse la plus adaptée face à la manifestation du Seigneur et à l’expérience de sa bonté. En nous enseignant à prier, les psaumes nous enseignent que, même dans le désespoir, dans la douleur, Dieu reste présent, et cette présence est source d’émerveillement et de réconfort ; on peut pleurer, supplier, intercéder, se plaindre, mais dans la conscience que nous sommes en train de cheminer vers la lumière, où la louange pourra être définitive. Comme nous l’enseigne le psaume 36 : “En toi est la source de vie ; par ta lumière nous voyons la lumière” »[6] (Ps 36, 10).

Le cri de reconnaissance de Jésus sur la croix

Le grand psaume 22 que le Seigneur Jésus a récité en mourant sur la croix est un modèle de reconnaissance envers Dieu ; le premier cri est déjà d’une certaine manière une louange au fin fond de la souffrance : « Mon Dieu, mon Dieu pour quoi m’as-tu abandonné ? » Mon Dieu le jour j’appelle et tu ne réponds pas, la nuit point de silence pour moi. » (Ps 22, 2 et 3). Trois fois le psalmiste appelle Dieu « Mon Dieu », ce qui montre d’entrée qu’il ne s’agit pas d’un cri de désespoir total, encore moins de quelque chose qui ressemblerait à un blasphème ou à une accusation contre Dieu. Dire « Mon Dieu », c’est comme un début, de louange, c’est dire à Dieu que non seulement il est Dieu, mais plus encore il est mon Dieu, ce qui signifie que je crois en une relation personnelle entre Dieu et moi, en une proximité étonnante qui me permet de l’appeler mon Dieu, lui qui est le Dieu de l’univers, le Créateur du ciel et de la terre. Le « Pour quoi ? » (qu’il faudrait effectivement écrire en deux mots) montre que, du fond de la détresse, je sais que tout a du sens et que je souhaite connaître ce sens pour ne pas errer loin de Dieu qui m’aime, lui, le Saint. « Et toi le Saint qui habites les louanges d’Israël, en toi nos pères avaient confiance, confiance et tu les délivrais » (Ps 22, 4 et 5).

Faire mémoire

Intervient alors le mémorial : faire mémoire de ce qu’on connaît de Dieu, de son action dans l’histoire et dans ma propre vie nourrit la louange et l’action de grâces. Dieu est le Saint : grande source d’espérance ! Il n’est pas homme, il ne ment pas, il est l’Au-delà de tout : « Car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint » (Os 11, 9). Il est le même hier, aujourd’hui et demain : « Avant que les montagnes fussent nées, enfantés la terre et le monde, de toujours à toujours tu es Dieu » (Ps 90, 2). Dieu Saint habite au milieu de nous, ce que Jésus redira à ses disciples : « Que deux ou trois soient réunis en mon Nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Louange à Dieu qui descend vers nous et nous sauve ! S’il a sauvé le peuple dans le passé, il continue à le sauver aujourd’hui et demain, ce qui est source de louange, même quand tout va de plus en plus mal. Il convient de faire mémoire aussi de l’histoire de Dieu dans ma vie, et de rebondir dans l’action de grâce, comme le dit ce même psaume : « C’est toi qui m’as tiré du sein de ma mère […] Dès le sein de ma mère, mon Dieu c’est toi » (Ps 22,10 et 11). Depuis ma conception il est mon Dieu, comme il est écrit dans un autre psaume : « Sur toi j’ai mon appui dès le sein de ma mère toi ma part dès les entrailles de ma mère, en toi ma louange sans relâche » (Ps 71, 6). Le reste du psaume 22 nous montre une descente terrible au fond de l’abîme puis une remontée vers la lumière et la louange : « J’annoncerai ton Nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai » (Ps 22, 23).

Un cœur de pauvre

Le psaume 34 est lui aussi tout à fait exemplaire : « Je bénirai le Seigneur en tout temps » s’exclame David, alors qu’il est en grand danger et obligé de simuler la folie pour échapper à la mort. Le midrash[7] raconte : « David s’étonnait de ce que Dieu eût permis la folie chez les hommes, Dieu lui répondit : un jour tu verras que tu auras besoin de cette folie… De fait le roi Akhich ne reconnut pas David et le chassa en disant : “N’ai-je pas assez de fous, sans que vous m’ameniez celui-ci pour divaguer devant moi” ? »[8] (cf. 1 S 21,16). D’où l’action de grâce de David : je bénirai le Seigneur car « toutes ses voies sont imprégnées de bonté et de compassion ». C’est pourquoi il a consacré le reste du psaume à le louer[9]. « Sa louange sans cesse en ma bouche Je me glorifierai dans le Seigneur, que les pauvres m’entendent et soient en fête. » Pour entrer dans la louange, il faut une âme de pauvre, c’est pourquoi David invite les pauvres à se joindre à lui : reconnaître qu’on dépend du Seigneur, que sans lui, on n’est rien et on n’a rien, là est l’origine de la louange. C’est dans l’humilité et la pauvreté que l’on parvient à vivre dans la gratitude, jusqu’à la rencontre éblouissante avec celui à qui nous devons tout.

1. Hildegarde de Bingen, Pierre Dumoulin, éditions des Béatitudes, 2012, p.237.

2. Le Nom (du Seigneur).

3. La Bible commentée, les Psaumes I, Éditions Colbo Paris, p. XXXVI).

4. Hildegarde de Bingen, op. cité, p. 238.

5. Saint Ambroise de Milan, Livre des Jours, Le Cerf, Desclée, Mame, p. 726.

6. Benoît XVI, Rome, 22 juin 2011.

7. Exégèse rabbinique.

8. La Bible commentée, les Psaumes Tome II, introduction.

9. Ibidem p. 406.

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