Le Rocher de Roubaix fête ses trois ans
Le 20 septembre dernier, habitants, bénévoles, salariés et amis du Rocher se sont réunis, autour de Mgr Laurent Le Boulc’h, archevêque de Lille, pour célébrer les trois ans de l’antenne de Roubaix. « On a fêté cette famille du Rocher qui s’est créée » racontent Guillaume et Laurence, responsables d’antenne depuis un an.
Retour sur une aventure faite de rencontres, de cafés de rue, de repas partagés et de beaucoup d’amour, qui porte aujourd’hui de nombreux fruits dans le quartier du Pile.
L’histoire commence en 2020. Chef d’entreprise dans la métropole lilloise, Olivier Mathis découvre plus profondément le Rocher pendant le confinement. Touché par cette œuvre dont les responsables choisissent de vivre au cœur des cités, il commence à s’engager comme bénévole. Très vite, une question s’impose : « Et si on ouvrait une antenne chez nous ? »
L’idée grandit dans la prière autant que dans l’action. Avec trois amis, il rencontre les acteurs locaux, le diocèse, les fondations, les collectivités et décide de vendre son entreprise pour se mettre au service du Rocher. Lorsque l’équipe présente le projet à l’archevêque de Lille de l’époque, Mgr Laurent Ulrich, la réponse est immédiate : « Si vous venez sur mon diocèse, il faut venir à Roubaix. »
Dans cette ville de 100 000 habitants, où 70% de la population vit dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville, le besoin est immense. Le projet prend forme. L’association Rocher Roubaix est créée en février 2023 et l’antenne ouvre officiellement ses portes quelques mois plus tard dans le quartier du Pile.
« Nous avons vécu beaucoup de combats et beaucoup de signes de providence, se souvient Olivier Mathis. Très rapidement, nous avons compris que cette œuvre nous dépassait. Nous mettions nos compétences au service du projet, mais nous savions aussi que nous n’étions pas seuls à le porter. »
« Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » Mc 10, 21
Depuis un an, Guillaume et Laurence Dutey-Harispe ont pris le relais de Pierre et Marie-Pascale Thomas, comme responsables d’antenne. Pour eux, ces trois ans sont avant tout ceux d’une présence patiente.
« Au début, il n’y avait rien, explique Guillaume. Aujourd’hui, le Rocher est identifié par les habitants, les associations, les institutions. Nous sommes devenus un partenaire de la fraternité sur le territoire. »
Si les chiffres sont des indicateurs, ils ne disent pas tout. Si les chiffres sont des indicateurs, ils ne disent pas tout. Certes, Le Rocher de Roubaix rencontre près de 2 500 personnes chaque année et près de 400 personnes participent régulièrement aux activités, animations de rue, repas partagés ou accompagnement scolaire. Certes, les bénévoles se mobilisent toujours plus nombreux, ils sont une cinquantaine aujourd’hui.
Mais, Laurence tempère : « On voit la petitesse de notre action. Les fruits sont réels, mais ils sont souvent humbles. Ce que nous avons célébré, c’est surtout trois ans de présence auprès des habitants que l’on essaye d’accueillir et d’aimer du mieux qu’on peut comme Jésus avec le jeune homme riche : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » Marc 10, 21 ou Marie au pied de la Croix. »
Au début, il y a la méfiance. Qui sont ces personnes venues s’installer ici ? Pourquoi frappent-elles aux portes ? Pourquoi reviennent-elles semaine après semaine ? Marie, une habitante en témoigne : « J’étais assez sceptique. Mon histoire personnelle m’a rendue très méfiante, d’autant plus que je vis seule. »
Puis vient le temps de la confiance. Marie poursuit : « Pauline (NDLR : une jeune volontaire de service civique) est venue plusieurs fois pour m’inviter à un repas partagé. Avec elle, c’était différent, elle met les gens en confiance et tout est simple. » Les enfants entraînent leurs parents. Les voisins observent. Certains commerçants racontent que les places retrouvent peu à peu une vie familiale là où elles étaient parfois monopolisées par les trafi
Activités du Rocher – Antenne de Roubaix
« Aujourd’hui, nous sommes passés du “aller vers” au moment où les gens viennent eux-mêmes pousser la porte du Rocher », constate Olivier Mathis. Marie renchérit : « On vient préparer les repas, on fait la vaisselle, on joue ensemble. Il y a une très bonne ambiance, on se fait des amis qu’on est heureux de revoir. Moi qui suis seule, je suis ressortie de chez moi. »
« Ce ne sont pas des problèmes à régler »
Cette confiance s’est bâtie grâce à une conviction simple qui traverse toute la mission du Rocher.
« Les personnes que nous rencontrons ne sont pas des problèmes à régler, dit Guillaume. Ce sont d’abord des personnes à accueillir. »
Cette approche surprend parfois les professionnels du secteur social. Guillaume rapporte les mots d’un éducateur musulman du quartier : « Vous n’êtes pas des professionnels. Pour moi, dont c’est le métier, je vais revenir 10 à 15 fois vers un enfant. Vous, c’est 100 fois ! Sans vous décourager ! On sent que vous avez une mission, et je crois savoir d’où ça vient, » confie-t-il en regardant l’Eglise.
Le Rocher ne remplace pas les services sociaux. Il ne cherche pas non plus à tout résoudre. Il crée des ponts.
Comme avec cette maman rom qui, après plusieurs années de présence discrète des équipes dans le quartier, accepte finalement d’ouvrir sa porte. Son jeune fils présente des troubles autistiques évidents. Laurence pourra l’accompagner vers les structures adaptées. Non parce qu’elle possède les solutions, mais parce qu’un lien de confiance s’est construit.
« Trois ans pour entrer dans une famille, cela peut sembler long. Mais cette confiance-là est précieuse et indispensable », souligne-t-elle.
Une présence qui rayonne
Les fruits dépassent parfois ce que les membres du Rocher eux-mêmes perçoivent.
Le responsable des associations de la ville expliquait récemment que l’arrivée du Rocher avait modifié l’occupation de certaines places du quartier. Sur l’une d’elles, l’âge des jeunes recrutés par les réseaux de trafic aurait même reculé de plusieurs années.
« Nous ne nous en étions pas rendu compte nous-mêmes », reconnaît Laurence. Olivier abonde : « Certains points de deal se sont déplacés, les habitants se réapproprient un peu leur quartier et se resociabilisent. Je pense à Christine qui ne sortait plus de chez elle. Aujourd’hui, elle vient trois fois par semaine au Rocher, elle va au Centre Social, à la Bibliothèque… »
Des habitants deviennent bénévoles et des liens naissent entre associations qui, hier encore, s’ignoraient, chacun reconnaissant la complémentarité de la mission de l’autre.
« Être auprès des pauvres : une place de choix ! »
Trois ans après l’ouverture de l’antenne, Olivier Mathis voit dans cette aventure une confirmation de l’intuition du Rocher qui cherche à vivre un accueil inconditionnel des personnes, « même si dans un quartier comme celui-ci, cinq ans seront probablement nécessaires pour que toutes les dimensions de la mission puissent se déployer. »
Guillaume confirme : « Le modèle du Rocher trouve sa cohérence dans le fait qu’être auprès des pauvres en tenue de service est une place de choix » et Laurence ajoute, témoignage à l’appui : « Il faut être vigilant à laisser de la place à l’Esprit-Saint. Pour les repas partagés, on ne sait jamais combien de personnes vont venir et pourtant on n’a jamais manqué. »
Messe anniversaire , 20 septembre 2026, Eglise Saint Rédempeur, Roubaix
Alors, le 20 septembre dernier, quand l’archevêque de Lille, Mgr Laurent Le Boulc’h, est venu célébrer la messe pour les 3 ans du Rocher, « nous avons surtout rendu grâce pour trois ans de présence d’amour, témoigne Guillaume, et nous avons fêté ensemble cette famille du Rocher qui est née. »
« Et le meilleur moment de la fête, c’est quand on a dansé » conclut Marie, heureuse.











