Veronica O’Brien : en Marie, dans le secret de la Pentecôte

Elle a joué un rôle important mais caché dans l’histoire de l’Église du XXème siècle : la clôture de la phase diocésaine de son procès en béatification est l’occasion de découvrir la spiritualité de Véronica O’Brien, que le postulateur de sa cause, Waldery Hilgeman, résume ainsi : « Vivre en Marie, dans le secret de la Pentecôte, afin que l’écoute de l’Esprit devienne discernement ecclésial et feu missionnaire, (…) que le don reçu se transforme en mission et la communion avec Dieu engendre la communion entre les hommes. »

Et nous, sommes-nous prêts à prononcer notre « Fiat », à vivre sous le souffle de l’Esprit et à porter le Christ là où l’Église et le monde attendent sa présence ?

Par Jean-Luc Moens, président de la commission historique de la phase diocésaine du procès.

Le 8 septembre 2026, en la fête de la Nativité de Marie, s’est clôturée la phase diocésaine du procès de béatification de Veronica O’Brien qui a joué un rôle important mais caché dans l’histoire de l’Église du XXe siècle, en particulier pour le Renouveau Charismatique Catholique.

La cérémonie était présidée par Mgr Luc Terlinden, archevêque métropolitain de Malines-Bruxelles, en présence de son prédécesseur, le cardinal Jozef De Kesel qui avait ouvert la Cause 4 années auparavant.

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Cette cérémonie marque la fin de l’enquête diocésaine. Les Actes du procès qui comprennent plus de 3000 pages vont maintenant être envoyés à Rome où débutera la seconde phase du procès.

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J’ai moi-même eu la grâce de connaître Veronica dans ma jeunesse et d’avoir été le président de la commission historique chargée de récolter tous les documents qui permettront à l’Église d’établir si la servante de Dieu a vécu les vertus chrétiennes de manière héroïque.

Si vous désirez faire plus ample connaissance avec cette servante de Dieu, une courte biographie de Veronica O’Brien a été publiée aux éditions Emmanuel. Elle montre combien, toute sa vie, Missionnaire O’Brien a été passionnée par la Vierge Marie, l’Esprit Saint et le désir d’annoncer le Christ à tous les hommes.

À l’occasion de la clôture de son procès, le postulateur, Mr Waldery Hilgeman, a rédigé une présentation de la servante de Dieu qui souligne l’actualité du témoignage de cette femme dans laquelle la nature et la grâce vivaient dans une rare unité : elle était surnaturellement naturelle et naturellement surnaturelle.

Voici quelques extraits de ce texte. La version complète est accessible ici.

« Il y a des saints dont l’œuvre porte visiblement leur nom. Il y en a d’autres dont la fécondité reste presque entièrement cachée dans les vocations qu’ils ont suscitées, dans les personnes qu’ils ont soutenues et dans les évolutions ecclésiales qu’ils ont contribué à rendre possibles. La vie de Veronica O’Brien s’inscrit de manière singulière dans cette seconde forme de fécondité. Son nom est lié à certaines des expériences les plus marquantes de l’Église du XXe siècle : la Légion de Marie, le Concile Vatican II, le Renouveau charismatique catholique, le service de l’unité des chrétiens, l’apostolat du FIAT. Elle a été aux côtés du cardinal Léon-Joseph Suenens, a accompagné spirituellement le roi Baudouin et la reine Fabiola et a collaboré avec des hommes et des femmes appelés à assumer des responsabilités ecclésiales et civiles de premier plan. Pourtant, pour comprendre Veronica, il ne suffit pas d’énumérer les personnes qu’elle a rencontrées ou les initiatives auxquelles elle a participé. Le secret de sa vie se trouve dans sa relation d’intimité avec le Seigneur.

Sa physionomie spirituelle peut être décrite comme une mystique mariale et pneumatologique du Fiat : vivre en Marie, dans le secret de la Pentecôte, afin que l’écoute de l’Esprit devienne discernement ecclésial et feu missionnaire. Non pas une mystique de l’exceptionnel recherché pour lui-même, mais de la disponibilité ; non pas une spiritualité intimiste, mais une communion avec Dieu qui conduit inévitablement vers les autres ; non pas une passivité religieuse, mais une obéissance créative capable de reconnaître l’œuvre de Dieu et de la servir avant même qu’elle ne devienne évidente.

Veronica parlait de l’union avec Marie comme d’une ouverture à l’Esprit Saint. C’est là que réside l’un des éléments les plus originaux de sa spiritualité. Chez elle, la dimension mariale et la dimension pneumatologique n’étaient pas deux dévotions parallèles. L’union avec Marie constituait la forme concrète de la docilité à l’Esprit.

Marie était pour elle la créature entièrement disponible à l’action divine, celle qui reçoit le Verbe pour le donner au monde. Son « Fiat » ne s’arrête pas à l’intériorité de l’Annonciation : il conduit à la hâte de la Visitation et à la disponibilité missionnaire de la Pentecôte. Vivre en union avec Marie signifiait pour Veronica entrer dans le dynamisme de son consentement : accueillir le Christ, le laisser se former par l’Esprit dans sa propre vie et le porter aux autres.

La spiritualité de Veronica peut donc être définie comme mariale dans sa forme, pneumatologique dans son dynamisme, christocentrique dans son contenu et apostolique dans ses fruits. Elle a vécu toute sa vie en Marie, dans le secret de la Pentecôte qui est le lieu intérieur où le Fiat devient feu : le don reçu se transforme en mission et la communion avec Dieu engendre la communion entre les hommes.

On comprend ainsi pourquoi, lorsqu’en 1972 elle a découvert le Renouveau charismatique et reçu l’effusion de l’Esprit, Veronica y a immédiatement reconnu une grâce authentique. Il ne s’agissait pas d’une conversion tardive à une spiritualité étrangère. C’était plutôt la manifestation, sous une nouvelle forme ecclésiale, de ce qu’elle vivait depuis de nombreuses années : Marie au Cénacle, ouverte au souffle de l’Esprit et au service de la naissance apostolique de l’Église.

Veronica comprit également que le Renouveau ne devait pas devenir un milieu fermé ou un mouvement centré sur lui-même. Elle le considérait comme un « courant de grâce » destiné à tous les baptisés et à l’Église tout entière. Le pape François a repris son intuition en affirmant que le Renouveau est « una corrente di grazia ».

 

Personnellement, dans l’ensemble des documents que j’ai pu consulter, j’ai été touché de découvrir que Veronica avait fait un vœu spécial à l’Esprit Saint. Voici comment elle le décrit : par ce vœu, confie-t-elle à son directeur spirituel, « je m’oblige à faire un acte intérieur formel de désappropriation de moi-même pour adhérer pleinement aux vues du Saint-Esprit, avant d’entreprendre quelque chose d’important. Exemple : mes exercices de piété, contacts avec des gens, conférences, correspondance. En général, je dis comme formule : “Très Saint-Esprit, faites que toujours et en toutes choses, j’obéisse à vos Saintes Volontés” ; ou tout simplement les trois mots : “Veni Sancte Spiritus” ; ou encore, un profond acte de communion aux volontés du Saint-Esprit. Tout ceci bien entendu en Marie. »

Il me semble qu’il y a là un chemin pour tous les chrétiens qui désirent s’ouvrir davantage à l’Esprit Saint. Peut-être ne faut-il pas en faire un vœu, mais tout simplement prendre la sainte habitude de se tourner sans cesse vers l’Esprit pour qu’il éclaire tous nos actes.

 

Veronica a été une femme totalement dédiée à la mission. Sa cause est maintenant arrivée à Rome où il incombe à l’Église de poursuivre avec rigueur et liberté son discernement sur sa vie et sur l’exercice des vertus chrétiennes. Sans préjuger de ce jugement, nous pouvons reconnaître la question que le témoignage de Veronica adresse à chaque baptisé : sommes-nous prêts à prononcer notre « Fiat », à vivre sous le souffle de l’Esprit et à porter le Christ là où l’Église et le monde attendent sa présence ?

C’est peut-être là son héritage le plus authentique : ne pas attirer à soi, mais conduire au Christ ; ne pas choisir entre l’Esprit et l’Église, mais servir leur unité ; ne pas retenir le feu reçu, mais le communiquer ; ne pas prendre la place des autres, mais réveiller leur mission.

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