« On peut vivre heureux par le simple fait de vivre avec Dieu » – Des jeunes confinés en paroisse rurale témoignent

Clarisse et Alexandre, jeunes membres de la Communauté de l’Emmanuel étaient confinés en paroisse rurale, dans la paroisse Notre-Dame de Neufchâtel en Normandie. Ils témoignent de leur expérience.

Quelques éléments de contexte :

Le confinement missionnaire dans les paroisses rurales est une opération inédite, organisée par la Mission Isidore et les Wemps durant le second confinement. 250 jeunes ont été envoyés en tout, répartis dans 61 paroisses dans toute la France.

En Normandie, 4 jeunes ont été envoyés sur les paroisses de Londinières et Neufchâtel-en-Bray. Ces paroisses sont à la charge du Père Sébastien Savarin, et comptent un total de 40 clochers.

Qu’est-ce qui vous a attirés dans cette mission en paroisse rurale ?

Alexandre : Au départ, il y avait ce grand désir en moi de me donner d’une manière ou d’une autre. J’ai alors demandé au Seigneur que ce temps soit fécond pour Lui et pour les autres. Je ne voulais pas tourner en rond autour de moi-même pendant un mois et m’installer dans ma routine confinée. Qu’est-ce que je n’avais pas fait ! Dieu a répondu à ce désir et a placé la mission WEMPS sur mon chemin. Le jour même du départ, j’ai appris que je passerais le mois suivant dans un petit village que je ne connaissais pas, chez un curé que je ne connaissais pas, avec des jeunes que je ne connaissais pas. Je crois que l’Esprit Saint était vraiment à l’œuvre au sens ou la décision de partir était source de grande paix et de joie, comme la certitude de faire ce qui était bon et juste. L’inconnu de la mission m’a permis de vivre pleinement cette joie de l’abandon et de la confiance.

Clarisse : J’avais déjà entendu parler des WEMPS mais je n’avais jamais pu y participer. Quand j’ai reçu cette proposition de confinement missionnaire, je me suis dit que c’était le moment de découvrir et de faire de ce temps de restrictions, que je vivais comme une série de négations, un temps positif. L’idée de transformer ce confinement en un temps de service m’a enthousiasmée. J’avais un peu peur de partir dans un lieu inconnu, avec des gens inconnus, d’autant plus dans un contexte de confinement. Mais j’ai finalement été heureuse de faire ce pari de l’aventure chrétienne !

En quoi cette mission consiste-t-elle ?

Alexandre : La « mission » prend différentes formes. D’abord, dans les petites choses du quotidien : la vie fraternelle, l’attention à chacun et chacune, la fidélité aux temps de prières communautaires du matin et du soir, les services (courses, repas, ménage…) sont avant tout de beaux lieux de mission et de don de soi, souvent exigeants, toujours formateurs.

Ensuite, la mission à proprement parler pour et dans la paroisse rurale gravite autour de deux choses : le service et la prière. Le service consiste à se rendre présent pour visiter les personnes isolées ou âgées, pour repeindre la salle de catéchisme, pour traire les vaches dans la ferme voisine. La prière, c’est amener les âmes à Dieu, et Dieu aux âmes. En ce sens, la mission en paroisse rurale revêtait un profond sens évangélique, au sens ou elle était fidèle au ministère de notre Seigneur. Jésus est d’abord celui qui visite : « Zachée, descend vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ». C’était donc une joie profonde d’apporter la communion au domicile des personnes qui la désiraient. Mais Jésus est aussi celui qui accueille inconditionnellement, et qui entend le cri de l’aveugle « Seigneur, Fils de David, prends pitié de moi ». Tous les samedis matin, nous ouvrions donc l’Église du village pour une matinée de prière animée par nos soins. Le Saint sacrement était exposé et plusieurs démarches étaient proposées : tirer une parole biblique, laisser une intention de prière, recevoir la communion…et même prendre un verre de cidre chaud à la sortie ! Dans ces lieux de mission, il était bon de s’effacer autant que possible pour laisser toute la place à l’Esprit Saint, et de s’en remettre à Lui seul au creux du découragement.

Clarisse : Notre mission consistait avant tout à assurer une présence chrétienne dans la paroisse, alors que la paroisse ne pouvait plus se réunir. Notre première mission était donc d’avoir une vie de prière quotidienne, rythmée notamment par la liturgie des heures, occasion de prier avec le prêtre et pour la paroisse. Deuxième mission : vivre la fraternité chrétienne entre nous, la vie communautaire étant souvent le premier lieu d’exercice de la charité ! 3ème mission : notre devoir d’état, puisque chacun de nous était en télétravail la journée. Notre 4ème mission était le service aux paroissiens : porter la communion, visiter les personnes isolées, animer une messe d’enterrement, animer et diffuser la messe du dimanche, repeindre une salle de caté. Le samedi matin, jour du marché, nous assurions une matinée de prière à l’église et proposions aux gens de s’arrêter prendre un temps de prière dans l’église.

Qu’est-ce que vous retirez de ce temps de proximité avec un prêtre ?

Alexandre : Loin du fracas de la ville et des problèmes du monde, j’ai rencontré un prêtre complètement donné, fidèle et obéissant à notre Seigneur, dans le secret d’une vie bien ordinaire. Au regard de la situation en paroisse rurale, j’ai admiré la solidité de son engagement et sa capacité à aller de l’avant. Admirable puissance du ciel révélée dans la fragilité des hommes ! Une parole de Jésus m’a habité pendant ce mois : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu ». Quand on voit certaines situations en paroisse rurale, il peut être bien tentant pour un prêtre de « regarder en arrière », voire de « lâcher la charrue »… J’ai pressenti qu’une telle abnégation ne pouvait tenir que par autre chose, bien plus puissante et profonde que nos petites forces humaines. J’en retire surtout que les prêtres de paroisse rurales sont débordés, et que l’Église des campagnes est une, si ce n’est la première terre de mission que nous ne devons surtout pas oublier. Cette Église, qui est aussi la nôtre, a besoin de nous, mais surtout de nos prières. 

Clarisse : C’est une des plus belles choses que j’ai vécues pendant ce temps de confinement. Vivre au quotidien avec un prêtre m’a donné à voir un peu de ce que peut être sa vie dans une paroisse rurale et de découvrir combien il est essentiel que chacun, laïc comme prêtre, prenne sa part à la mission de l’Église. J’ai été impressionnée de voir comme il était pris par de multiples missions, mais toujours disponible et à l’écoute des en uns et des autres. Je retiens aussi la belle paternité qu’il exerçait à notre égard, très attentif à nos moindres besoins, matériels comme spirituels. Il insistait pour que nous ayons une veillée de prière entre nous chaque vendredi soir, veille de notre matinée de prière à l’église, pour que nous puisions dans le Seigneur ce que nous pourrions ensuite transmettre le lendemain, ce qui nous rappelait combien il fallait rester enracinés dans le Christ si nous voulions l’annoncer lui et non nous annoncer nous-mêmes. Le voir heureux de nous avoir pour le relayer sur certaines missions, comme l’animation de la matinée de prière à l’église ou pour porter la communion (ce qu’il n’aurait jamais pu faire au vu de son emploi du temps si chargé) m’a fait voir combien nous, laïcs, pouvions aussi prendre une part essentielle pour porter le Christ à tout le monde et rendre notre Église plus accueillante.

Quel est le rôle d’un jeune en service dans une paroisse rurale ou préexiste déjà une organisation sur le terrain ?

Alexandre : Le problème est que justement, l’organisation sur le terrain est loin d’être la règle dans ces paroisses…

Le curé est bien souvent seul à porter à bout de bras plusieurs clochers et les paroissiens en milieu rural, dont l’âge moyen est plutôt élevé, s’impliquent difficilement d’eux-mêmes. Par le zèle de leurs engagements, je crois que les jeunes sont en mesure de renouveler les moyens humains et spirituels de la paroisse et d’apporter leur pierre à un édifice souvent pauvre et fragile.

Clarisse : Ici, le prêtre était plutôt heureux d’avoir des renforts. Mais nous avons pu être en lien avec les responsables d’une équipe paroissiale qui nous a permis d’avoir les coordonnées des personnes seules à visiter et de diffuser certaines informations. Nous n’aurions pas pu aller à la rencontre de certaines personnes sans les réseaux existants, car ces personnes auraient été méfiantes d’accueillir des jeunes inconnus, qui venaient de l’extérieur. On a perçu beaucoup d’enthousiasme de la part de plusieurs paroissiens à voir des jeunes, notamment pour la matinée de prière à l’église. Souvent, ils sont attristés de voir leurs petits-enfants vivre sans la foi et notre simple présence semble être un signe d’espérance pour eux. Les enfants du catéchisme, que le père avait en visio toutes les semaines, étaient également très heureux de nous voir venir leur dire bonjour à l’écran ! Une des choses qui n’était pas facile pour nous, c’était de comprendre que nous avions à adapter notre communication. Par exemple, pour la 1ère matinée de prière que nous avons organisée, nous avions mis sur la page Facebook de la paroisse une annonce avec une belle image du Saint-Sacrement exposé. Le père Sébastien nous a vite fait comprendre que ses paroissiens ne comprendraient pour la plupart pas le message, car ils ne savent pas ce qu’est l’adoration. Ils ont en revanche une grande dévotion à la Vierge Marie par exemple et sont très sensibles au culte rendu aux défunts. Nous avons donc axé cette matinée de prière sur le fait de confier des proches, notamment des défunts, à la prière de la communauté. Une adaptation est donc nécessaire, tant pour le choix des chants que des types de prière.

Quelle est la plus grande joie que vous retirez de ce temps de mission ?

Alexandre : Je retire surtout une grande joie dans la pauvreté et la simplicité : notre mode de vie et nos missions n’avaient rien d’extraordinaires, nous ne revendiquions rien, ne possédions rien, ne prenions rien. Tout ce que nous étions était mis à disposition de la mission, pour la gloire de Dieu et pour les autres. Cela a été source d’une grande joie, et j’y ai ressenti un appel pressent à la simplicité de vie, arrachée aux milles petites préoccupations superficielles dans lesquelles je peux facilement m’enfermer.

Joie de la confiance aussi : après les missions, la fatigue se faisait parfois ressentir mais était source de joie. Joie d’avoir simplement semé, et de laisser le plus gros, la croissance, au Seigneur. Joie d’avoir entre-ouvert la porte du ciel, pour laisser la grâce se répandre dans les cœurs. Même si les fruits sont invisibles, nous sommes appelés à poser ce bel acte de foi de croire qu’à travers nous, tout est accompli par Dieu seul.

Clarisse : Je crois que j’ai été émerveillée de voir que je pouvais être heureuse et comblée dans un lieu inconnu, avec des inconnus, mais avec qui j’étais rassemblée au nom de Dieu. Je me suis rendu compte qu’en vivant unie à Dieu et en étant à son service, avec des frères et sœurs chrétiens, je pouvais être comblée et heureuse. C’est une expérience très libérante de voir qu’en dehors de son confort, de son cocon familial et amical, on peut vivre heureux, par le simple fait de vivre avec Dieu, pour Le servir et servir nos frères et sœurs. Je repars avec la joie du service aussi, j’ai pu voir combien on était heureux, quoique parfois fatigué, et surtout hors de notre confort. J’ai été marquée de voir comme à chaque fois que nous faisions une visite, nous repartions comblés (et souvent les bras chargés, les gens étant très généreux avec nous) !

Quelque chose à ajouter ?

Alexandre : Une vie donnée est une vie heureuse ! La simplicité d’une vie en Dieu comble bien plus que tous les trésors du monde. N’ayons pas peur d’offrir humblement ce que nous sommes, aussi petits et pauvres que nous soyons, là où nous sommes, dans notre quotidien aussi fade et routinier qu’il nous paraisse ! C’est ce qui transforme notre vie et celle des autres.

Clarisse : Chacun est essentiel à sa paroisse, pour que le Christ puisse être partout annoncé et donné aux hommes, même si on a l’impression de ne rien faire d’extraordinaire.

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