L’islam en France : « Une chance pour nous réveiller ! »

Cet article fait partie du dossier thématique :Musulmans, osons les rencontrer au nom de Jésus →

Comment annoncer le Christ aux musulmans ? Voici quelques pistes issues de notre expérience d’évangélisation des musulmans que nous rencontrons dans la rue. À Toulon, notre paroisse est implantée dans un quartier où il y a 80 % de musulmans.*

Vignette abbe de Franclieu iev 334L’abbé Hugues de Franclieu fait partie des Missionnaires de la Miséricorde Divine, une communauté implantée à Toulon et à Marseille.

* Il faudrait distinguer les Français convertis à l’islam des gens de culture musulmane issus de l’immigration et entre ces cultures, il y a aussi beaucoup de nuances.

Les pierres d’attente

🠒 Les musulmans sont passionnés par les questions religieuses : c’est un atout indéniable quand on veut parler du Christ. Quotidiennement, ce sont eux qui viennent nous prêcher le Coran quand ils nous croisent. La plupart de ceux que nous rencontrons sont non pratiquants mais persuadés de la véracité du Coran, que Mahommed est le Prophète de Dieu et reconnaissent qu’ils devraient pratiquer leur religion.

🠒 Ils sont attachés aux rites extérieurs de prière, ils croient en Dieu.

🠒 Ils ont un sens du sacré, de la transcendance : « Dieu est grand. »

🠒 Ils ont un grand sens de la parentalité, de la famille.

🠒 Ils sont profondément choqués par les dérives libertaires de la société française (mariage homosexuel, marchandisation du corps féminin, théorie du genre, etc.).

🠒 Le fait que Dieu soit absent de la société est une agression pour les musulmans. Pour autant, ils ne sont pas prêts à s’engager : ils n’ont pas envie de changer notre société car ils ne s’en sentent pas partie prenante.

🠒 Ils confondent souvent occident et christianisme.

Les obstacles

🠒 La crise des identités française et catholique que nous traversons : or, pour rencontrer l’autre, il faut d’abord s’aimer soi-même.

🠒 Les pratiques extérieures entre christianisme et islam sont souvent comparées. Par exemple, on entend couramment dire : « Il y a le voile musulman dans l’islam, le voile des religieuses dans le catholicisme, il y a le prêtre et l’imam, le poisson le vendredi ou pas de porc… » Cette confusion manifeste de la part de ceux qui l’entretiennent une incompréhension et une méconnaissance du fait religieux. Ils ne prennent pas la peine de se demander profondément : que signifie pour le musulman le voile islamique ? Que signifie pour le chrétien, le voile des religieuses ?

Nous n’avons pas la même conception de Dieu, alors peut-on prier avec des musulmans ?

🠒 Le rapport à la raison : pour les musulmans que nous rencontrons, issus pour la plupart de l’immigration, le Coran a toujours raison, « même si mon intelligence semble me dire quelque chose de différent ». Quand on est dans un dialogue sur ce terrain-là, très souvent, on se retrouve face à une impasse.

🠒 Les musulmans ont une idée de qui est le Christ : non le fils de Dieu mais un prophète. Le Coran dit quelque chose du christianisme que moi-même je ne professe pas. Dans le Coran, par exemple, ils disent que « la Trinité, c’est Dieu, Jésus et Marie ». Alors, quand je vais leur dire : « Non, non pour un chrétien, la Trinité, c’est le Père, le Fils et le Saint-Esprit » Ils vont répondre : « Non, non, le Coran dit que… »

🠒 La difficulté à aborder la métaphysique. Quand on leur parle de « Fils de Dieu », les musulmans font d’emblée un lien avec des relations sexuelles. La notion d’engendrement éternel, est incompréhensible pour eux.

🠒 Le problème de la liberté religieuse. Lorsque je parle avec un musulman dans la rue, je sais qu’il y a une pression immense qui est exercée sur lui par tous ceux qui le regardent ou par sa famille. Quand un musulman commence à faire un chemin vers le christianisme, immédiatement, il est confronté à des persécutions qui peuvent être violentes. Il faut poser cette question avec force aux instances musulmanes : « Est-ce que les personnes adhérent à l’islam en toute liberté, ou pas ? » Réfléchir à cette question est essentiel. Nous avons baptisé une famille entière à Pâques l’année dernière. Si le frère du père de famille l’apprenait, cela pourrait être dramatique. Et parmi tous ceux que j’ai rencontrés et qui ont voulu s’approcher du christianisme, je n’ai pas un seul exemple où cela s’est passé facilement.

Les issues possibles

🠒 La prière C’est Dieu et Dieu seul qui peut toucher les cœurs. Lui demander de le faire. En ce moment même, il y a d’immenses vagues de conversion au christianisme, très souvent par le protestantisme évangélique, et par les songes. Beaucoup de musulmans aujourd’hui rencontrent le Christ et ils sont prêts à en subir les conséquences.

🠒 L’amour des musulmans Si vous voulez leur parler de Jésus, c’est parce que vous pensez que c’est leur bien le plus grand. Or, si vous ne les aimez pas, cela n’a aucun sens. Quand vous rencontrez une femme voilée dans la rue, est-ce que vous vous dites : « Oh là là, encore une ! » ou est-ce que vous lui faites un grand sourire ? Et si vous la croisez de nouveau, et si à chaque fois que vous la croisez, vous lui souriez, elle va comprendre que vous l’aimez.

La présence chrétienne

🠒 Il faut que les gens sachent que vous êtes chrétiens. Montrez-le, pour que les autres puissent vous poser des questions. Témoignez de ce que Jésus a fait dans votre vie.

🠒 Le plus grand témoignage qu’on puisse leur donner, quant à nous, prêtres, religieux, c’est le témoignage de notre célibat. Ils nous posent d’emblée beaucoup de questions sur ce thème.

🠒 Le témoignage communautaire est essentiel aussi. Il faut que le christianisme soit visible. Les musulmans l’attendent. Il faut qu’il y ait des processions de la Fête- Dieu, du 15 août, rénover les calvaires, les crèches, etc. ! Ce sont de très belles occasions ou signes visibles pour les rencontrer. Il faut aussi que les paroisses soient des familles où les musulmans se sentent accueillis, aimés, malgré les différences culturelles, les différences de milieu social. Cela invite à me poser ces questions : quel est le premier lien qui m’unit aux autres ? Mon rang social ? Mon milieu culturel ? Ou est-ce ma foi ? Ouvrez vos maisons, invitez-les à déjeuner sans porc et avec le bénédicité ! On peut donc affirmer que la montée de l’islam en France est de ce point de vue une chance pour le catholicisme français parce que cela va nous réveiller. ¨

DIALOGUE ET ANNONCE : LA VISION DE L’ÉGLISE

Depuis quelques décennies déjà, l’annonce du kérygme connaît un recul. Beaucoup de chrétiens pensent que le dialogue interreligieux doit remplacer l’annonce ou que toutes les religions sont des voies de salut. Pourtant, les papes n’ont cessé de rappeler l’urgence d’annoncer l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas, urgence fondée sur l’envoi missionnaire des apôtres par le Christ : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant tout ce que je vous ai prescrit. » C’est un commandement du Seigneur, ce qu’on appelle le mandat.

Jean Paul II a toujours dit qu’annoncer le Christ est un service à rendre à l’humanité. « Seul le Christ révèle pleinement l’homme à lui-même. » Jean Paul II a demandé à ce que la congrégation pour l’évangélisation des peuples et le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux dialoguent. En 1991, ces deux organes ont publié un texte, « Dialogue et annonce », qui rappelle que Dieu est entré en relation avec l’humanité par un dialogue (Ancien Testament, les Prophètes, l’Incarnation, la Croix, la Résurrection, etc.).

« Le vrai dialogue interreligieux suppose de la part du chrétien le désir de faire connaître et aimer toujours mieux Jésus Christ et l’annonce de Jésus Christ doit se faire dans l’esprit évangélique. » (N° 77). L’annonce explicite ne peut donc se faire que dans un climat de dialogue, dans la délicatesse, dans le respect de la liberté de l’autre. Faisons notre examen de conscience : dans quel climat est-ce que je veux rencontrer la personne musulmane ? Ce n’est pas toujours simple car le climat ambiant n’est pas serein.

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