Sainte Madeleine-Sophie Barat – Marcher avec les saints

Par l’éducation des jeunes filles, Madeleine-Sophie Barat veut participer à la ré-évangélisation de la France après la révolution française. Enflammée par l’amour du Sacré-Cœur, elle le laisse irriguer toute son œuvre. Elle est fêtée le 25 mai.

Sainte Madeleine-Sophie Barat

Madeleine-Sophie Barat, Sophie pour ses proches, est née le 12 décembre 1779 à Joigny en Bourgogne. Les circonstances de sa naissance sont plutôt dramatiques. En effet, le feu se déclare dans la maison voisine de celle de ses parents. Le danger est grand, la maman est choquée et accouche prématurément d’une petite fille toute chétive. On la baptise immédiatement car on craint pour sa vie. La naissance de Sophie est marquée par le feu. Ce feu ne quittera jamais son cœur qui brûlera toute sa vie d’un amour communicatif pour Dieu.

Le père de Sophie est tonnelier et vigneron. Son frère aîné Louis, né en 1768, se destine au sacerdoce, mais la révolution française l’empêche de réaliser sa vocation. C’est lui qui assure la formation de sa sœur Sophie en soirée alors qu’il est professeur au collège de Joigny. C’est ainsi que Sophie acquiert une solide formation tant intellectuelle que religieuse.

Louis est ordonné prêtre après un passage en prison sous Robespierre. Il veut exercer son ministère à Paris et demande à ses parents d’envoyer Sophie pour tenir ce qu’il appelle « son petit ménage ». Il en profite pour continuer l’éducation de sa sœur.

À Paris, Sophie rencontre le père jésuite Joseph Varin qui devient son directeur spirituel. Je vous rappelle que les Jésuites ont été chargés lors des apparitions de Paray-le-Monial de propager la dévotion au Sacré Cœur. Le père Varin est habité par ce zèle pour le Cœur de Jésus. Il perçoit tout le potentiel de Sophie Barat et envisage de fonder avec elle un institut dédié à l’éducation des jeunes filles pour honorer le Cœur du Christ et pour diffuser l’amour de Dieu. Lorsqu’il apprend qu’il y a déjà une toute jeune congrégation appelée les « Dilette di Gesù », en français les bien-aimées de Jésus, qui a un but analogue, il propose à Sophie Barat d’y entrer.

Le 21 novembre 1800, Sophie prononce à Paris ses premiers vœux avec quelques compagnes. Le premier pensionnat du jeune institut s’ouvre à Amiens. En 1804, pour des raisons politiques, la maison d’Amiens se sépare des Dilette di Gesù et prend un nouveau nom : les Dames de l’instruction chrétienne, parce que le Sacré Cœur n’est pas politiquement correct à l’époque. Il est compris comme un symbole contre-révolutionnaire car il rappelle l’insurrection vendéenne et est suspecté de royalisme. Ce n’est qu’avec le nouveau régime, en 1815, que le jeune institut prendra son nom définitif, lié à sa vocation : la Société du Sacré Cœur de Jésus.

Le 18 janvier 1806, elle est élue supérieure et elle le restera jusqu’à sa mort le 25 mai 1865. Son intuition est d’assurer l’éducation payante des jeunes filles de milieux aisés afin de financer l’éducation des enfants de milieux plus populaires. Elle veut aussi par l’éducation des jeunes filles participer à la ré-évangélisation de la France où la foi a subi la persécution pendant la révolution française. À cette époque, plusieurs congrégations dites apostoliques naissent avec cet objectif d’évangéliser le tissu de la société française. Elles vont merveilleusement réussir leur travail puisque, par exemple, en 1870, 70% des missionnaires dans le monde entier sont français !

Comme supérieure de sa congrégation, Sophie doit faire face à deux crises d’identité dans la jeune congrégation. Certaines mères ont dévié de l’intuition fondatrice initiale, en particulier en ce qui concerne le Cœur de Jésus. Mère Barat redresse la barre avec habileté et fermeté.

La société est reconnue successivement par le pape Pie VII en 1816, ensuite par le pape Léon XII en 1826, et enfin par le pape Grégoire XVI en 1843. Mère Barat est arrivée à entretenir de très bonnes relations avec les papes successifs qui apprécient son œuvre missionnaire. Il y a un épisode célèbre dans ce domaine : c’est sa rencontre avec le bienheureux Pie IX qui s’est déroulée en 1846 dans le couvent de la Trinité des Monts où Mère Barat a sa chambre lors de ses séjours à Rome. Le pape circule dans le corridor du premier étage qui conduit à la chambre de notre sainte. Il s’arrête devant une image de la Vierge, peinte par une postulante, Pauline Perdreau. Il est saisi par la beauté de la représentation de Marie et il s’exclame en latin : « Mater Admirabilis » – Mère admirable ! Depuis lors, cette icône est vénérée sous le nom de Mater Admirabilis et elle est l’image de la Vierge que toutes les écoles du Sacré Cœur vénèrent dans le monde entier. Aujourd’hui, le corridor où se trouve la fresque est transformé en chapelle et est accessible au public.

Très vite, la congrégation fonde de nombreuses maisons en France et hors de France où l’enseignement est donné uniquement en français : en Irlande, en Angleterre, en Belgique, en Autriche, en Suisse et en Espagne. Déjà en 1818, Mère Barat envoie son bras droit, Philippine Duschesne, aux États-Unis  à la demande du premier évêque de Louisiane, Mgr Guillaume-Valentin Dubourg. Mère Duschesne va développer les sœurs du Sacré Cœur outre-Atlantique et sera elle aussi canonisée.

Mère Barat entretient une grande amitié avec Pauline Jaricot co-fondatrice de la Propagation de la Foi que nous venons de fêter le 22 mai. Les deux femmes se sont rencontrées à Lyon aux cours des voyages apostoliques de mère Barat. Elles s’apprécient immédiatement. Elles se reconnaissent à travers leur amour du Seigneur. Elles vont tisser une amitié spirituelle qui va perdurer toute leur vie. Lorsque Pauline Jaricot va à Rome, mère Barat s’organise pour la loger à la Trinité des Monts, dans l’école du Sacré Cœur à côté de la Villa Medicis. Quand mère Barat apprend la terrible pauvreté à laquelle Pauline est réduite, elle veut l’aider de son mieux. Elle écrit à la supérieure des sœurs de Lyon : « Je vous envoie un billet de 100 Fr que je vous prie de faire porter à la bonne demoiselle Jaricot de notre part, elle est dans la plus profonde misère, les détails en sont déchirants ! Est-ce que vous ne pourriez pas la recommander à vos Enfants de Marie, afin qu’elles lui viennent en aide, au moins pour le strict nécessaire ! » Dans une autre lettre, elle manifeste son admiration pour la sainteté de Mlle Jaricot :

« Dieu l’a clairement scellé du seau de sa croix. […] Nous pouvons apprendre de son exemple l’oubli de nous-même, le lâcher prise de nos petits intérêts, et au lieu d’être arrêtées par des insensées, de rechercher en tout et uniquement la Gloire du Cœur de Jésus. »

Le 21 mai 1865, Mère Barat annonce sa mort : « Je me suis empressée de venir aujourd’hui, affirme-t-elle, car Jeudi nous allons au Ciel… » Elle meurt en effet le 25, jour de l’Ascension, dans la maison mère des sœurs du Sacré Cœur, boulevard des Invalides à Paris. Celle qui a affirmé « Laissons des actes et non des paroles. On n’aura pas le temps de nous lire », laisse à sa mort une œuvre immense : sa congrégation comprend 3 539 religieuses réparties en 99 communautés à travers le monde. Elle a réalisé cette œuvre incroyable avec l’aide de Dieu dans la fidélité à sa vision initiale : « L’amour du Cœur de Jésus, pour le salut des âmes, selon le but de notre vocation ».

Elle a été béatifiée en 1908 par le saint pape Pie X. Lorsqu’on a ouvert son cercueil, on a retrouvé son corps absolument intact. Elle a été canonisée en 1925 par Pie XI.

Sainte Madeleine-Sophie Barat nous donne l’exemple d’une vie totalement donnée à Dieu. Elle a voulu toute sa vie lui appartenir sans réserve et c’est ce qu’elle a conseillé à ses sœurs et à ses élèves. Voici quelques-uns de ces conseils spirituels – pas piqués de hannetons :

« Quand Dieu demande l’échantillon, donnons-lui toute la pièce. »

« Ce qui coûte, ce n’est pas ce qu’on donne à Dieu, c’est ce qu’on hésite à donner. »

« Dieu demande le don, non le prêt. »

« Tout délai avec Dieu est une espèce de refus. »

Puissions-nous, nous aussi, par l’intercession de sainte Madeleine-Sophie Barat ne jamais rien refuser au Bon Dieu. Et n’ayons pas peur. Car, comme le dit encore notre sainte : « Consacrer son cœur à Jésus, c’est le consacrer au bonheur. »

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