Sainte Hildegarde de Bingen – Marcher avec les saints

Connue pour sa passion pour la médecine et la nature, sainte Hildegarde l’est moins pour ses visions mystiques et son ministère de prédication qui ont fait d’elle la 4ème femme docteur de l’Eglise. Elle est fêtée le 17 septembre.

Sainte Hildegarde von Bingen

Le 10 mai 2012, le pape Benoît XVI a canonisé par surprise sa compatriote Hildegarde de Bingen par le processus de canonisation équipollente dont je vous ai déjà parlé, par exemple pour Marie de l’Incarnation ou Mgr François de Laval canonisés par le pape François. En canonisant Hildegarde, le pape a simplement confirmé la dévotion populaire qui considérait la bienheureuse Hildegarde comme une sainte depuis si longtemps qu’elle avait déjà été inscrite dans le martyrologue romain depuis le XVIe siècle. Le 7 octobre 2012, Benoît XVI a en outre proclamé sainte Hildegarde docteur de l’Église. Elle est la quatrième femme à recevoir ce titre. Elle est fêtée le 17 septembre.

Hildegarde est la dixième enfant d’Hildebert et Mechtilde. Elle est née aux environs de 1098. Dès sa naissance, ses parents la destinent à la vie religieuse selon la règle bénédictine, et à l’âge de 8 ans, elle est confiée pour sa formation à une veuve consacrée nommée Uda de Göllheim. Ensuite sa formation est reprise par Judith de Spanheim, dans le monastère bénédictin de Disibodenberg. C’est là qu’elle fait sa profession religieuse en présence de l’évêque saint Othon de Bamberg. En 1136, à la mort de Judith, Hildegarde est élue prieure de la communauté. Elle a 38 ans. Elle exerce son autorité en poussant ses moniales à la pratique du bien et du service réciproque. Comme les vocations affluent, Hildegarde fonde entre 1147 et 1150 un nouveau monastère à Rupertsberg près de Bingen où elle va vivre et mourir, le 17 septembre 1179, à l’âge de 81 ans.

Dès son enfance, Hildegarde est favorisée de grâces mystiques. Au monastère de Disibodenberg, ses visions continuent et elle les dicte à son conseiller spirituel, le moine Volmar, ainsi qu’à sa secrétaire, Richardis de Strade, une moniale de son monastère. Comme le signale Benoît XVI dans sa catéchèse sur notre sainte[1] : « Comme cela est toujours le cas dans la vie des véritables mystiques, Hildegarde voulut se soumettre aussi à l’autorité de personnes sages pour discerner l’origine de ses visions, craignant qu’elles soient le fruit d’illusions et qu’elles ne viennent pas de Dieu. Elle s’adressa donc à la personne qui, à l’époque, bénéficiait de la plus haute estime dans l’Église : saint Bernard de Clairvaux… » Elle lui écrit et décrit comment se déroulent ses révélations. C’est un bel exemple de ce que Thérèse d’Avila appellera plus tard « vision intellectuelle ». Voici un extrait de la lettre d’Hildegarde à Bernard :

« La vision envahit tout mon être : je ne vois plus avec les yeux du corps, mais elle m’apparaît dans l’esprit des mystères… Je connais la signification profonde de ce qui est exposé dans le psautier, dans l’Évangile, et d’autres livres, qui m’apparaissent en vision. Celle-ci brûle comme une flamme dans ma poitrine et dans mon âme, et m’enseigne à comprendre en profondeur le texte. »

Bernard de Clairvaux encourage Hildegarde. Peu de temps après, en 1147, c’est le pape Eugène III qui découvre un texte d’Hildegarde alors qu’il préside un synode à Trèves. Il l’autorise à écrire ses visions et à parler en public. Encouragée par le pape lui-même, Hildegarde continue à rédiger son œuvre majeure, le Scivias, mot qu’on pourrait traduire par « Connais les voies ». Dans cet ouvrage, elle résume en trente-cinq visions les événements de l’histoire du salut, depuis la création du monde jusqu’à la fin des temps. Dans la partie centrale de cette œuvre, Hildegarde (je cite encore le pape Benoît XVI) « développe le thème du mariage mystique entre Dieu et l’humanité réalisé dans l’Incarnation. Sur l’arbre de la Croix s’accomplissent les noces du Fils de Dieu avec l’Église, son épouse, emplie de grâce et rendue capable de donner à Dieu de nouveaux fils, dans l’amour de l’Esprit Saint. »

Benoît XVI insiste sur cette soumission d’Hildegarde aux pasteurs de l’Église : « Tel est, dit-il, le sceau d’une expérience authentique de l’Esprit Saint, source de tout charisme : la personne dépositaire de dons surnaturels ne s’en vante jamais, ne les affiche pas, et surtout, fait preuve d’une obéissance totale à l’autorité ecclésiale. En effet, chaque don accordé par l’Esprit Saint est destiné à l’édification de l’Église, et l’Église, à travers ses pasteurs, en reconnaît l’authenticité. »

Peu à peu, dans la soumission au magistère, le prestige spirituel d’Hildegarde grandit au point que le peuple lui décerne le titre de « prophétesse teutonique ». Beaucoup de ses contemporains font appel à elle pour recevoir ses conseils, ce qui nous fournit une abondante correspondance. Hildegarde intervient aussi dans la défense de l’Église. Ainsi, par exemple, quand l’empereur Frédéric Barberousse s’oppose au pape légitime Alexandre III et suscite un schisme avec des antipapes, Hildegarde admoneste le souverain de la part de Dieu avec des mots très durs : « Attention, attention à cette mauvaise conduite des impies qui me méprisent ! Prête-moi attention, ô roi, si tu veux vivre ! Autrement mon épée te transpercera ! »

À l’âge de 70 ans, malgré cet âge avancé, Hildegarde commence un ministère de prédication dans les communautés monastiques et auprès du clergé dont elle dénonce les erreurs. Elle les appelle à la sainteté. Elle se bat aussi contre le catharisme qui sévit dans sa région. Elle visite d’abord les villes du bassin rhénan, puis elle va plus loin : Cologne, Trèves, Metz, Bamberg, Wurtzbourg…

Sainte Hildegarde est un magnifique exemple que nous donne l’histoire de l’apport féminin à la théologie mystique, ce qui d’ailleurs justifie sa nomination comme Docteur de l’Église. Le pape Benoît XVI qui – vous l’avez compris – appréciait et aimait beaucoup sainte Hildegarde, la propose comme modèle pour toutes les femmes théologiennes. Il suggère que ce soient des femmes qui approfondissent la grande richesse en partie inexplorée de la tradition mystique médiévale où on trouve, outre Hildegarde, d’autres grandes saintes de la mystique rhénane comme Gertrude d’Helfta ou Mechtilde de Hackeborn.

Ce qui est admirable chez sainte Hildegarde et qui participe à l’intérêt que nos contemporains lui portent, y compris en dehors des cercles ecclésiaux, c’est qu’elle est un esprit universel : elle est poétesse, compose de la musique, invente un alphabet secret… Mais ce qui la rend la plus célèbre et d’une certaine manière la plus moderne, ce sont ses livres sur la nature, les plantes, les animaux, les minéraux, ses conseils pour une alimentation saine et pour soigner diverses maladies. Elle aborde beaucoup de sujets différents qu’elle traite avec l’intelligence de son temps, mais aussi avec des traits de génie. Par exemple, elle a l’intuition que la terre tourne autour du soleil avant Copernic. Elle pense de manière très moderne que l’alimentation permet de lutter contre l’apparition de certaines maladies. Elle recommande de consommer des pommes, des châtaignes, du fenouil qui est pour elle une sorte de médicament universel, et de l’épeautre qui, selon elle, possède de nombreuses vertus : il est nourrissant, facile à digérer, il est source d’énergie et aide le sang à mieux circuler. On retrouve certaines de ses idées aujourd’hui dans les milieux écologiques et naturopathes.

Sainte Hildegarde est donc une sainte très originale, à la fois supérieure et fondatrice de communauté, grande mystique, intéressée par la nature et la médecine et donc par la bonne santé des personnes autour d’elle. Elle a été une sainte qui a mis sa grande intelligence et ses qualités féminines au service du Royaume de Dieu. En terminant, je voudrais faire mienne cette invitation du pape Benoît XVI dans sa dernière catéchèse sur Hildegarde : « Invoquons toujours l’Esprit Saint afin qu’il suscite dans l’Église des femmes saintes et courageuses, comme sainte Hildegarde de Bingen, qui, en valorisant les dons reçus par Dieu, apportent leur contribution précieuse et spécifique à la croissance spirituelle de nos communautés ! »

[1] Benoît XVI a fait deux catéchèses sur Hildegarde le 1er septembre 2010 à Castel Gandolfo et le 8 à la Aula Paul VI au Vatican.

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