« Au synode, j’ai vu une Église à l’écoute des jeunes » – Rencontre avec Desfortunées Feupeussi

Cet article fait partie du dossier thématique :Jeune, le Christ te veut vivant ! →

Desfortunées a participé au synode des jeunes en octobre 2018 ainsi qu’au forum des jeunes à Rome en juin 2019.

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE DE LOUVENCOURT

PRÉSENTATION
Desfortunées a 29 ans, elle vit à Douala. Chargée de clientèle, elle est également instructrice et blogueuse Fitness. Desfortunées est par ailleurs responsable des jeunes de la Communauté de l’Emmanuel au Cameroun.

Il est vivant ! Desfortunées, peux-tu nous raconter comment a commencé ton chemin de foi ?

Desfortunees IEVDesfortunées En 2012, ma mère a beaucoup insisté pour que je participe au forum des jeunes organisé par l’Emmanuel à Yaoundé. Je n’en avais aucune envie. J’y suis allée uniquement pour lui faire plaisir. Lors de ce forum, j’ai été profondément touchée de voir des jeunes de mon âge tout joyeux et avec une foi incroyable. J’ai aimé aussi la louange, les enseignements, tout. C’est ainsi qu’a commencé mon chemin avec le Seigneur.

Tu étais alors sans doute loin de t’imaginer participer au synode sur les jeunes à Rome, avec le Pape, les cardinaux et les évêques ?… Comment as-tu été désignée ?

Le Vatican a demandé à la Communauté de l’Emmanuel d’envoyer au synode un jeune africain et après discernement, la mission m’a été proposée. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai eu une certaine appréhension, mais j’ai prié, j’en ai parlé avec quelques personnes et j’ai finalement accepté, en souhaitant être, comme le dit saint Jean XXIII, « l’assistante de l’Esprit Saint ».

Que retiens-tu de cette expérience ?

Elle restera pour moi inoubliable. D’abord, j’étais heureuse de constater que, avant même le synode, les jeunes du monde entier pouvaient contribuer à la réflexion de l’Église grâce à un questionnaire en ligne. Cela manifestait la volonté que les jeunes soient coresponsables de ce qui se passe dans l’Église et y coopèrent activement. Au synode, j’ai été très touchée par l’attitude du pape François. Il arrivait toujours le premier afin de pouvoir accueillir chaque participant, un par un, demandant à chacun s’il allait bien, s’il était satisfait de la façon dont se passait le synode, etc. J’ai vu en lui un pasteur proche de ses brebis, et qui sait se faire serviteur. Cela m’inspire beaucoup aujourd’hui dans ma propre mission auprès des jeunes.

J’ai également trouvé la même ouverture de cœur et d’esprit chez les évêques et les cardinaux.

À travers l’attitude de ces hommes, j’ai perçu que l’Église était prête à se laisser bousculer par les jeunes, qui ont leur propre façon de faire. Un tout petit exemple : ces personnes, qui sont responsables de la conduite de l’Église universelle, ont accepté sans difficulté de faire des selfies avec nous !

Mais surtout, leur écoute était incroyable. Nous avons pu exprimer nos attentes, nos peurs, nos joies, sans aucune restriction. Nous étions comme à égalité. Il y avait une communion profonde.

L’expérience avec les autres jeunes nous a également beaucoup apporté. Nous avons compris que, malgré l’extrême diversité des réalités locales dans lesquelles nous vivons, la fidélité, la présence de Dieu ne nous fait jamais défaut. Par exemple, Safa le jeune chrétien venu d’Irak nous a témoigné comment, au cœur des situations effroyables que les chrétiens de son pays ont traversées, ils ont gardé la foi et vu Dieu à l’œuvre. Enfin, quand on est jeune et chrétien, on se sent parfois seul, étrange, mis de côté. Rencontrer des jeunes “comme moi” venant du monde entier m’a fait chaud au cœur.

Qu’est-ce qui, dans la méthode de travail utilisée pendant le synode, a permis aux jeunes de s’exprimer ?

Pendant les sessions plénières, chacun pouvait prendre la parole pendant trois minutes pour donner sa contribution sur un numéro précis du document de travail préparatoire.

Nous nous retrouvions par ailleurs par petits groupes. Chaque groupe d’une vingtaine de personnes était composé de cardinaux, d’évêques et de jeunes. Dans mon groupe, nous n’étions que deux jeunes mais nous avons pu nous exprimer très librement et avons été très écoutés.

Continuez-vous à échanger entre jeunes du synode ?

Au synode, nous avons créé un groupe WhatsApp sur lequel on échange nos expériences pastorales. On partage beaucoup de nouvelles. On est restés très soudés. Parfois, on se parle également en privé. Un lien fort s’est créé entre nous. Certains même se rendent visite d’un pays à l’autre.

Tu as également participé au forum des jeunes organisé en juin 2019 à Rome, après le synode, raconte-nous…

300 jeunes du monde entier se sont réunis à Rome pendant trois jours à l’invitation du dicastère pour les laïcs. Parmi eux, entre autres, les jeunes de moins de 30 ans qui étaient auditeurs au synode. L’objectif était d’échanger sur l’écho du synode dans nos réalités locales et d’imaginer ensemble comment promouvoir la mise en œuvre de Christus vivit.

Comment as-tu accueilli ensuite Christus vivit ?

C’est un beau texte qui est très riche. Quand on a commencé à la lire, on a envie d’aller jusqu’à la fin ! J’ai particulièrement aimé le chapitre 7 qui donne de grandes directives pour la pastorale des jeunes. Bien sûr, c’est à contextualiser en fonction des réalités locales. On n’aborde pas une question de la même manière en Chine ou en Afrique, même si les attentes des jeunes, sur le fond, sont identiques. C’est à chacun de s’imprégner du texte pour en vivre.

Comment ton expérience du synode et la lecture approfondie de Christus vivit t’aident-ils aujourd’hui dans tes engagements auprès des jeunes ?

Le synode et Christus vivit ont renforcé mon désir de vivre, à l’image du Christ, en m’inspirant aussi de l’attitude du pape et des évêques pendant le synode, une écoute authentique des jeunes sur le terrain. L’Église nous montre le chemin : elle veut aujourd’hui d’abord écouter les jeunes et faire des choix avec eux.

Cela m’incite également, comme nous avons l’habitude de le faire dans l’Emmanuel, à oser davantage responsabiliser les jeunes, à leur faire confiance. On a souvent peur de leurs erreurs. Mais comme le dit le Pape, « Si tu te trompes, ce n’est pas grave ! »

J’ai retenu aussi la remarque d’un évêque pendant le synode : on parle des jeunes, on essaie de mettre au point une pastorale à leur égard mais n’oublions pas de prier pour eux ! Il avait raison. Est-ce que, dans ma prière quotidienne, je dis : « Seigneur, je te confie tous les jeunes qui sont sous ma responsabilité » ? Depuis le synode, je prie plus pour les jeunes avec lesquels je marche, ici, au Cameroun.

Enfin, le Pape, pasteur disponible, serviteur, à l’écoute, est un modèle pour moi. C’est un point de conversion de tendre à une telle disponibilité !

Comment se diffuse l’exhortation du Pape au Cameroun ?

Une session a été organisée en novembre 2019 avec des jeunes leaders de l’archidiocèse de Douala. La session était animée par l’Emmanuel. On a repris les méthodes de travail du synode. On a travaillé sur trois grands thèmes : la réalité des jeunes catholiques dans le diocèse de Douala, le discernement vocationnel et l’accompagnement. Nous étions répartis en petits groupes de travail, autour de quelques questions. Chaque groupe avait pour mission d’y répondre et d’en rendre compte devant tous. Cet échange était suivi d’un enseignement. Ces jeunes étant des leaders dans leur paroisse, l’objectif était de les aider à réaliser combien Christus vivit est un outil précieux pour leur pastorale afin qu’ils le tiennent comme guide.

À Obala, à l’automne 2019, l’évêque a organisé une session pour permettre aux prêtres du diocèse d’accueillir ce texte et échanger sur leur expérience d’accompagnement des jeunes.

Nous préparons par ailleurs d’autres sessions pour les jeunes. Dans plusieurs autres diocèses du pays, les évêques organisent des sessions d’accueil de Christus vivit à l’attention des prêtres et pasteurs auprès des jeunes, ainsi que des rencontres avec les jeunes sur la même question.

Le texte va fêter son premier anniversaire mais il garde toute son actualité. Il ouvre un chemin pour l’Église tout entière. À nous de faire en sorte que tous les fidèles entrent dans la danse pour rester dans cette dynamique du synode !

Et plus largement en Afrique ?

L’Emmanuel a rassemblé pendant une semaine au Cameroun tous ses responsables de la pastorale jeunes en Afrique. Nous avons vécu en quelque sorte notre petit synode. L’objectif était de déterminer comment, dans nos différentes réalités, s’inspirer concrètement des propositions du synode. Pendant cette session, on a également travaillé selon la méthode du synode, c’est-à-dire en partant de ce que dit le jeune. Nous sommes en train de mettre en place des moyens pour nous entraider sur ce chemin où nous marchons tous ensemble.

Localement, y a-t-il déjà eu une initiative concrète inspirée de Christus vivit ?

Dans la culture camerounaise, et c’est très fort, la tendance est de considérer le jeune comme un enfant. Le responsable de la Communauté de l’Emmanuel a eu l’idée d’inviter tous les membres à reconnaître la vraie place du jeune, et qu’il était un adulte. Des carrefours ont été organisés entre adultes pour réfléchir sur cette question. Pour nous, les jeunes, c’était touchant de voir les parents faire ce travail. Ils se sont rendu compte que cela pouvait être très blessant pour les jeunes, de ne pas être considérés ; et ils se sont engagés à faire des efforts.

Est-ce que cela se ressent déjà concrètement ?

Oui. Par exemple, quand je consulte les responsables de l’Emmanuel au Cameroun en tant que responsable des jeunes, ils me disent : « C’est à vous de nous proposer des choses ! On veut savoir ce que vous voulez. Exprimez-vous. » Ils nous incitent ainsi à prendre toute notre place.

Et maintenant, qu’attends-tu de l’Église ?

Que les évêques et les prêtres, localement, accueillent vraiment le message du Pape sur les jeunes. Il y a parfois encore un grand décalage entre ce que souhaite l’Église, par la bouche du Pape, et ce qui se vit sur le terrain. Dans certaines paroisses, les jeunes n’ont pas la possibilité de s’exprimer. Cela peut être très frustrant.

J’espère aussi qu’elle déploiera de multiples moyens pour que le message de Christus vivit passe et aille le plus loin possible. Il y a par exemple sur la chaîne Youtube du dicastère pour les laïcs beaucoup de vidéos de jeunes qui partagent leur expérience dans leur Église là où ils vivent. C’était une résolution prise à Rome lors du forum des jeunes : communiquer le mieux possible et vivre ce que nous avons appris pendant le synode. Car ce n’est que si nous le vivons que les autres auront envie de se mettre en mouvement à leur tour dans le même esprit.

J’ai été surprise de la rapidité avec laquelle Rome a mis en œuvre une proposition synodale : la création d’un organisme consultatif composé de jeunes au service du Saint-Père. En apprenant cette nouvelle, je me suis dit : l’Église agit, nous aussi, il faut que l’on se bouge !

En deux mots, j’espère qu’on ne s’arrêtera pas à ce qu’on a dit mais que l’on va vivre pleinement tout ce qui s’est dit pendant le synode. Et sur ce chemin, Christus vivit est un merveilleux outil.

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