Rencontre avec Gabriel et Cécile de Beauchesne, responsables d’Emmanuel Kids

« Celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille » Mt 18, 5.
L’accueil des enfants est une belle mission pour l’Église. Comment peut-on relever ce défi ?

Il est sûrement possible de voir l’accueil des enfants avec un regard un peu transformé. Les relations que nous pouvons avoir avec eux peuvent tout simplement être l’occasion d’entamer un profond chemin de conversion.
Lorsque l’on regarde bien les choses, force est de constater que les enfants portent en eux une certaine vulnérabilité qui nous ramène souvent à nos propres faiblesses. Et cela s’observe dans des situations très concrètes de la vie quotidienne, comme accompagner à la messe un enfant de cinq ans par exemple. Quels parents ne se sont jamais retrouvés exaspérés devant les gesticulations incessantes de leur enfant durant les moments les plus précieux de la messe ? Quels parents ou éducateurs n’ont pas manqué de mesure dans la gestion de ces moments délicats ? Pourtant, les petits enfants sont très souvent plongés dans des environnements d’adultes, et ils sont vulnérables face à l’attention au-dessus de leurs forces qu’on leur demande. Cet état de fait, mis au regard de l’importance que nous portons aux choses de la vie, nous met bien souvent en échec et nous ramène à nos propres limites.

Alors, comment changer notre regard pour faire de ces situations des bénédictions ?

Chaque enfant est le pauvre qu’on n’a pas forcément choisi, et il se trouve sur notre chemin. La parabole du bon Samaritain est édifiante à ce propos. Devant la détresse de l’homme resté blessé après son agression, le Samaritain est touché et lui porte assistance. Jésus raconte cette parabole pour nous faire comprendre la mission que nous avons en tant que prochain de celui dont on croise le chemin. Bien sûr les enfants ne sont pas les malades du bord du chemin, mais de la même manière que l’homme agressé, ils ont besoin d’assistance et de compassion pour grandir. Alors, comme parent ou éducateur, on peut légitimement se poser la question : suis-je le prochain de l’enfant que l’on m’a confié ?

Être en contact avec les enfants nous procure de grandes joies… mais comment agir comme « prochain » avec eux ? Après tout, leur capacité de savoir ce qui est bon pour eux est plus limitée que celle des adultes ?

La compassion est un exercice difficile, c’est vrai. Et nos limites humaines sont très vite atteintes dans ce domaine ! Avec les enfants, il est évident que les enjeux sont les mêmes, parce que la petite liberté de chaque enfant se mesure forcément avec notre liberté d’adulte. Mais cette liberté aussi variable soit-elle en fonction des âges, a une réalité qui nous saute aux yeux dans de nombreuses situations. Par exemple, on se rappelle cet enfant qui avait demandé au pape François si son père, qui venait de mourir, irait au paradis alors qu’il n’était pas baptisé. Cette situation était très touchante, et le pape, avec une approche infiniment respectueuse, a su répondre à cette question certainement comme le Christ l’aurait fait. Le pape a pris la demande de cet enfant au sérieux. Il l’a reconnu comme une personne. Simplement, ce n’est pas une réponse pour théologien qui était attendue, mais la confirmation que Dieu était l’Être de miséricorde parfaite. La prise en compte a été adaptée à la réalité de la personne : Dieu s’est incarné pour nous montrer à quel point il pouvait prendre la mesure de nos préoccupations humaines, quels que soient notre âge ou la progression de notre cheminement spirituel. Il est l’exemple parfait pour nous montrer à nous, parents et éducateurs, comment accueillir avec compassion la petite liberté des enfants.

Et comment la mission Emmanuel Kids peut-elle soutenir les parents et les éducateurs dans cet accompagnement ?

Plus que d’éduquer les enfants, la mission Emmanuel Kids souhaite les accompagner vers une rencontre personnelle avec le Christ.
Il s’agit d’abord de nous mettre à l’école pédagogique du Christ. C’est-à-dire évangéliser en racontant des histoires. Le Christ a lui-même donné accès à de nombreuses vérités théologiques et anthropologiques en s’appuyant sur des paraboles. Il est incroyable de voir l’attention extraordinaire que développent les enfants lorsqu’ils sont plongés dans une histoire qui les rejoint, alors qu’en revanche, leur cœur ou leur intelligence seront atteints de façon plus limitée avec des explications trop théoriques. L’évangélisation par les histoires a l’ambition de toucher directement chaque enfant, dans la situation où il se trouve, dans sa préoccupation spirituelle du moment. C’est pour cette raison que nos supports d’enseignement sont très variés (romans lus et illustrés, dessins animés, spectacles de marionnettes, chansons gestuées, spectacle de théâtre, etc.). Les paraboles de l’évangile ont parfois été explicitées par le Christ, mais pas toujours. C’est également une question fondatrice pour la pédagogie que souhaite mettre en œuvre la mission Emmanuel Kids. Comment accompagner les enfants après la transmission des histoires ? C’est variable en fonction des situations et des âges. Par exemple, pour les plus grands — 8/11 ans — nous avons mis en place la pédagogie des « petits pas », une suite de questions qui viennent aider l’intelligence des enfants à accueillir progressivement la beauté de la relation à Dieu.

Une autre question est au cœur du développement de la Mission Emmanuel Kids : comment entrer dans le monde de l’enfance afin de rejoindre leur joie toute naturelle et ainsi mieux les accueillir ? Lors d’un enseignement à l’équipe, Olivier Bonnewijn nous avait témoigné des fruits extraordinaires que produisait notre capacité à regarder les choses au filtre de notre propre enfance. Cette expérience permet d’atteindre les portes de leur monde. Entrer dans leur histoire pour réapprendre à jouer, à la manière d’un enfant. « En vérité je vous le dis, si vous ne retournez pas à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » Mt 18, 3. Les enfants ont un rapport au monde différent des adultes et ce qui est important pour eux est parfois surprenant. Les critères sont différents de ceux des adultes, ils sont souvent plus touchés par une succession d’évènements précis, plus que par la cohérence globale d’une doctrine. C’est précisément cette aptitude qui permet de lever de nombreux obstacles à l’accueil du surnaturel. La résurrection du Christ ou la guérison miraculeuse d’une personne est souvent accueillie avec une bienveillance touchante. C’est parfois beaucoup plus difficile pour nous, adultes, même lorsque cela se passe devant nos yeux. Rejoindre les enfants en sachant les écouter dans la bienveillance ou jouer avec et comme eux est donc au cœur de notre action.

Enfin, un dernier pilier, qui est certainement celui qui donne le plus de sens à notre action : nous souhaitons favoriser les moments où les enfants sont naturellement sérieux pour les faire grandir dans la foi. Un éducateur nous a témoigné d’un fioretti extraordinaire qui s’est déroulé à Paray-le-Monial l’année dernière. Il a remarqué un enfant de dix ans qui pleurait sur le côté et s’est approché de lui. L’enfant était triste, car les activités reprenaient, mais lui voulait aller adorer le Saint Sacrement à la prairie. L’éducateur a pris le temps de parler un peu avec lui puis l’a accompagné devant le Saint Sacrement exposé. L’enfant est resté près de trois quart d’heure dans une prière silencieuse et lorsqu’il est rentré, son sourire était radieux. Les enfants ont une capacité d’accès à Dieu très surprenante parfois. Tout ça a été fait dans la paix et la petite liberté de cet enfant a rejoint la liberté de Dieu… pour la plus grande joie de tous ! Plusieurs prêtres nous ont également témoigné que leur vocation était née dans leur enfance, parfois lors d’un moment bien précis, absolument anodin pour les adultes autour. Le Seigneur est clairement le maître à bord ! L’enjeu est de préparer des moments de qualité durant lesquels les enfants auront accès, sans filtre, à l’immense cadeau que le Christ nous a fait : son Église et toutes les grâces dont elle est le vecteur. Proposer, dès le plus jeune âge, les sacrements, la prière, le développement des charismes est ainsi le sommet de ce que souhaite apporter aux enfants la mission Emmanuel Kids.

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