Quatre principes d’action et de vie

Cet article fait partie du dossier thématique :Synodalité, construire une Eglise différente →

Le temps est supérieur à l’espace, l’unité prévaut sur le conflit, la réalité est supérieure à l’idée, le tout est supérieur à la partie. Avec ces quatre principes, qu’il aime à rappeler régulièrement, le pape François indique un chemin à suivre…

Par JEAN VIMAL

PRESENTATION – Jean Vimal est coach et médiateur.

L’Église de Dieu est convoquée par le pape François en synode à « marcher ensemble ». Dans La Joie de l’Évangile (chapitre IV, § 3), le pape François donne quatre principes « pour avancer dans cette construction d’un peuple en paix, juste et fraternel ». En quoi ces quatre principes peuvent-ils nous inspirer dans la démarche synodale, et plus largement, dans nos relations au service du bien commun ?

Le temps est supérieur à l’espace

Le pape François considère ici l’espace au sens d’occuper l’espace, de l’espace de pouvoir ou de propriété par opposition au long terme. Apparaît ici un mot peu utilisé dans l’Église jusque-là : le mot processus. C’est un mot courant dans beaucoup de secteurs d’activité. On parle de processus de production, de processus qualité, de processus psychologique, de processus de guérison, etc. Un processus a un objectif, un début, une fin, des étapes, des acteurs, des moyens techniques, etc. Au sens le plus large, on peut dire qu’un processus désigne le comment ? » par rapport au contenu, le « quoi ? ». Le pape François oppose les résultats immédiats qui ne construisent pas la plénitude humaine aux processus qui construisent un peuple. Dans le document préparatoire du Synode qui vient d’être publié, il nous appelle à « vivre un processus ecclésial impliquant la participation et l’inclusion de tous, qui offre à chacun – en particulier à ceux qui pour diverses raisons se trouvent marginalisés – l’opportunité d’être écoutés pour contribuer à l’édification du Peuple de Dieu. » Et pour cela, il faut du temps. On ne tire pas sur les poireaux pour les faire pousser ! Le rythme de la nature, tout comme le rythme de la construction du bien commun et des relations entre les personnes, n’est pas celui de nos pensées et de nos désirs.

L’unité prévaut sur le conflit

Nous ne pouvons qu’adhérer à cette affirmation. Mais peut-on éviter les conflits ? D’une simple différence de points de vue, nous passons rapidement à l’incompréhension puis à la guerre. Comment la diversité des personnes peut-elle devenir une richesse et non une source de conflits ? Le talent d’un médiateur professionnel est de permettre aux parties en conflit d’exprimer leurs émotions et leurs besoins fondamentaux impactés par le conflit. Chacun rencontre alors l’humanité de l’autre, sa vulnérabilité et ils peuvent alors trouver eux-mêmes des solutions à leur conflit. Dans un groupe, une équipe, puis-je parler sans crainte d’être jugé, humilié ? Cela n’est possible qu’avec un minimum de connaissance mutuelle et d’acceptation de ses limites qui ouvrent sur le respect de l’autre tel qu’il est.

La réalité est plus importante que l’idée

Le pape François recommande un dialogue permanent entre les deux, en évitant que l’idée puisse être séparée de la réalité. Une idée qui ne se confronte pas à la réalité devient une idéologie déconnectée, hors sol. Dans les entreprises, on a pu souvent observer des modes d’organisation complexes et théoriques imaginés par les dirigeants et incompréhensibles pour la majorité des collaborateurs. Leur mise en œuvre a le plus souvent échoué avec un dégât humain important. Finalement, la réalité c’est l’autre. « La vérité hors de la charité n’est pas Dieu » écrivait Blaise Pascal. Entrer en relation avec l’autre se fait rarement par les idées, mais plus sûrement par le cœur.

Le tout est supérieur à la partie

En approche systémique, méthode utilisée par de nombreux coaches et thérapeutes, on dit que le tout est supérieur à la somme des parties. On peut aussi entendre l’affirmation du pape François « le tout est supérieur à la partie » comme « le tous est supérieur au chacun ». Tous ensemble, partageant une vision commune, chacun à sa place, occupant la zone d’autonomie que sa dignité d’homme lui confère. Élargir la perspective au-delà de nos intérêts individuels. Au football, une équipe avec les meilleurs attaquants peut être surclassée par une équipe où de bons attaquants se passent la balle. Combien de groupes où chacun prépare son intervention sans écouter son collègue qui parle ? Ce sont les relations qui créent la richesse et non la somme des compétences. Ces quatre principes d’action du pape François, que l’on pourrait appeler aussi principes de vie, se révèlent une déclinaison pratique et de bon sens des fondements de la Doctrine sociale de l’Église : la dignité de l’homme et le bien commun, « un bien appartenant à tous les hommes et à tout l’homme » (CEC n° 912). Une voie à explorer sans modération !

Cet article fait partie du dossier thématique :Synodalité, construire une Eglise différente →

Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°353 - Synode 2021-2023 : Construire une Eglise différente Se procurer le numéro →

Recommandez cet article à un ami

sur Facebook
par Whatsapp
par mail

Derniers articles d'actualité