PROMESSES D’ÉGLISE « Vivons ce rêve et il deviendra réalité ! »

Cet article fait partie du dossier thématique :Synodalité, construire une Eglise différente →

Monique Baujard et Nicolas Truelle font partie du comité de pilotage de Promesses d’Église, ainsi que du groupe de travail sur la synodalité créé en son sein. Échanges sur cette expérience inédite.

Propos recueillis par LAURENCE DE LOUVENCOURT

LES INTERVENANTS

Monique Baujard – Ancienne avocate au barreau de Paris et théologienne. A travaillé 15 ans pour la conférence des évêques, en France et à Bruxelles (COMECE). Membre du comité de pilotage de Promesses d’Église, présidente des Amis de La Vie.

Nicolas Truelle – Ingénieur de formation. Après une carrière en entreprise, il a rejoint Apprentis d’Auteuil il y a six ans, dont il est le directeur général. Membre du comité de pilotage de Promesses d’Église.

Il est vivant ! Comment avez-vous accueilli la création de Promesses d’Église ?

Nicolas Truelle À Apprentis d’Auteuil, nous avons reçu la Lettre au peuple de Dieu du pape François (août 2018) comme si elle avait été écrite pour nous ! Nous avons beaucoup réfléchi sur les réponses à apporter à cette interpellation forte du pape. Aussi, quand les fondateurs de Promesses d’Église nous ont invités à les rejoindre, il n’était pas difficile pour nous de faire le pas.

Monique Baujard Avec trois autres théologiennes, en 2017 nous avions écrit aux évêques pour leur demander ce qu’ils comptaient faire en matière de synodalité. En effet, après le très beau discours du pape François de 2015, rien ne semblait venir. J’en avais alors parlé à Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, et c’est à ce titre que nous avons été invitées à rejoindre cette démarche.

Comment définir cette démarche ?

Nicolas Truelle Dans la Lettre au peuple de Dieu, le pape François affirme qu’aucune tolérance n’est possible face aux abus, et que, par ailleurs, ils sont la conséquence du cléricalisme. Il nous appelle donc tous à une transformation ecclésiale et sociale. Dans ce contexte, l’idée de se retrouver avec d’autres mouvements pour en parler a rapidement fait son chemin. Promesses d’Église, c ’est d’abord des gens issus de réalités très différentes mais interpellés par un même sujet et qui décident de se rassembler, se sentant capables de parler sans difficulté de ces sujets ensemble.

Monique Baujard Cette Lettre nous situe face à un problème systémique : les abus sexuels sont liés aux abus de pouvoir et de conscience. Elle affirme en effet aussi que la réforme nécessaire de l’Église ne peut se faire que si tous sont impliqués. Or, le fonctionnement de l’Église est plutôt la « chasse gardée » des évêques et des prêtres. Dans cette Lettre, le pape nous dit : « J’ai besoin de vous ; que l’on réfléchisse tous ensemble. Sinon, on ne pourra pas s’en sortir. » C’était suffisamment important pour nous mettre à réfléchir ensemble et échanger.

Réfléchir ensemble, échanger, est-ce l’objectif principal de Promesses d’Église ?

Monique Baujard La perspective, c’est bien la transformation ecclésiale et sociale appelée de ses vœux par le pape François. Car si l’Église parvient à se régénérer, elle peut devenir à nouveau une boussole pour la société. Ce qui nous tient à cœur, à tous, c’est que l’Évangile puisse de nouveau irriguer toute la société.

Nicolas Truelle Nous sommes des œuvres, des mouvements, des structures d’Église : la question des abus et celle de l’exercice de l’autorité dans l’Église se posent donc d’abord à nous-mêmes ! Plusieurs de nos mouvements ont été confrontés à l’enchaînement mortifère des abus d’autorité menant à des abus sexuels. Et nous savons aussi tous comment, concrètement, nos mouvements ont décidé de se transformer pour empêcher la répétition de tels crimes. L’enjeu est que cette expérience puisse être partagée entre nous et avec l’Église tout entière. Cette dimension est, je crois, fondatrice de Promesses d’Église. On se sent à l’intérieur de l’Église, partageant la même problématique, et habité par un « Plus jamais ça ! », ce qui nous donne l’envie d’avancer ensemble pour changer. En partant de nos expériences, nous pouvons témoigner : « Dans telle direction, nous avons vu de la lumière. Dans telle l’autre, c’est l’inverse. » Et à partir de là, nous cherchons à construire ensemble une réponse articulée, car il y a une attente d’un changement réel ! Il faut que l’on parvienne à de vraies transformations au sein de l’Église.

Depuis trois ans, quelles ont été votre plus grande joie et votre difficulté la plus grande ?

Monique Baujard En assemblée plénière de Promesse d’Église, nous avons pu partager à partir d’expériences au sein de nos mouvements sur la façon dont nous essayons de donner à chacun la parole et une vraie place, tentons de réfléchir à d’autres manières d’exercer l’autorité, le pouvoir. C’était une joie de découvrir que nous avions chacun des choses positives à partager. Et aussi, de réussir à les rassembler dans un « arbre de la synodalité », que nous sommes encore en train de peaufiner. Il peut devenir un outil pour regarder ce qui marche et ce qui ne marche pas. C’était un vrai travail d’équipe malgré nos différences. Il y a eu des apports inattendus. On a tâtonné. Et on a abouti à des choses concrètes. Cela m’a réjouie. Il y a aussi, c’est vrai, des difficultés. Je suis en charge du site Internet et nous avons eu, à un moment donné, un profond différend. Je voulais relayer un article qui me semblait important mais quelqu’un a émis un refus net. On a pu en reparler en comité de pilotage. C’était très éclairant. Cette expérience nous apprend à voir les richesses les uns des autres, même dans ce qui peut apparaître dans un premier temps comme négatif.

Nicolas Truelle L’une de mes joies est de prier ensemble et de découvrir comment nous prions les uns et les autres. Lors de l’une des premières soirées, l’Emmanuel animait la prière. À ma table, la représentante d’un mouvement d’un horizon très différent m’a confié : « Ah vraiment, nous, on ne prie pas comme ça ! » J’ai trouvé cela extraordinaire. Ce qui fait ma joie également, c’est de constater que nos expériences se parlent les uns aux autres, au-delà de nos différences. Le plus difficile pour moi, c’est de sentir parfois que le véritable enjeu de vie ou de mort, au sens biblique, qu’il y a derrière ces questions, n’a pas été encore vraiment saisi. Pourtant, la transformation des modes d’exercice de l’autorité est une nécessité vitale ! Certains donnent la vie et d’autres, la mort ! Est-ce que l’on se donne suffisamment les moyens d’avancer ensemble, en prenant réellement en compte la parole de tous, ou est-ce que l’on se contente de nos modes habituels de relations, où les uns comptent plus que les autres ?

Y a-t-il eu selon vous certaines avancées dans le dialogue ?

Nicolas Truelle À Promesse d’Église, nous avons appris et n’avons pas fini d’apprendre que l’on pouvait exprimer des désaccords. Dans l’exemple cité par Monique, on a pu enfin se dire : « On n’est pas d’accord ! » Notre rêve, c’est qu’un jour, nous puissions publier des désaccords sur notre site : « Certains pensent ceci, d’autres pensent cela, mais ils sont tous chrétiens ! » Nous avons encore du chemin à faire pour comprendre à quel point nous sommes différents, être capable de nommer ces différences sans en souffrir, et de grandir avec. L’autre avancée, selon moi, se situe dans le partage d’expériences et dans l’identification de ce qu’est un chemin synodal et de ce que ce n’est pas. L’arbre de la synodalité, ce sont des dizaines et des dizaines de regards croisés sur des sujets cruciaux, qui montrent que des échanges sont possibles entre nous. C’est de très bon augure.

Monique Baujard Autre avancée selon moi, le regard des évêques à l’égard de Promesses d’Église a évolué. Au début, cet “OVNI” semblait intéresser certains, d’autres à l’inverse étaient plus circonspects voire hostiles. Deux évêques suivent nos travaux. Ils sont venus récemment à une réunion de notre comité de pilotage et nous ont communiqué une note qu’ils avaient préparée pour le conseil permanent sur Promesses d’Église. Cela ne nous était pourtant pas destiné. Et leur appréciation était positive. Un début de confiance se crée. Ces évêques nous ont par ailleurs demandé notre avis sur la Lettre publiée par les évêques en 2021 aux sujets des abus sexuels. Nous avions certaines critiques à émettre. C’est la première fois où nous avons pu paisiblement exprimer des interrogations sans que cela soit vu comme une opposition, une attaque.

Avec de telles différences de points de vue, comment mener des échanges de manière paisible et constructive ?

Monique Baujard Des rapports de confiance ont d’abord dû se créer pour que chacun parvienne à exprimer son point de vue, même très différent de celui des autres.

Nicolas Truelle Nous avons des méthodes de travail classiques avec planning, groupes de travail, rapporteurs, temps de parole, etc. Les échanges se déroulent dans une vraie ambiance d’écoute et de travail. C’est ce qui a permis dès le début de choisir des thématiques (la synodalité, la place des femmes, des pauvres, des jeunes, la formation des prêtres, etc.), de créer des groupes de travail et que chaque groupe trouve sa dynamique propre. On s’est mis au travail et c’est sans doute l’une des autres caractéristiques importantes de Promesses d’Église. En ce sens, le Synode sur la synodalité est particulièrement bien venu : ses organisateurs insistent pour dire que le plus important n’est pas tant le document final que l’expérience qu’auront vécue ceux qui y participent. C’est exactement la même chose pour Promesses d’Église. Certes, nous fournissons un certain nombre de matériaux (l’arbre de la synodalité, etc.) mais ce qui compte au moins autant, c’est l’expérience d’écoute et de construction commune qu’aura vécue chacun des membres, renvoyés ensuite dans leur propre mouvement pour vivre cette même réalité. Avec une telle expérience, en travaillant ensemble autour des mêmes sujets, l’unité se construit, bien au-delà des débats théologiques. Nous avons trouvé un bon rythme et allons désormais rapidement à l’essentiel. Les personnes osent plus s’exprimer sans que cela provoque troubles ou inquiétudes.

Comment déployer cette expérience dans toute l’Église pour contribuer à sa transformation ?

Monique Baujard Le Synode sur la synodalité devrait aider ! Nous avons commencé quant à nous à faire de la synodalité sans la nommer. L’idée de créer des groupes locaux émerge c’est-à-dire que des membres de nos mouvements puissent se retrouver sur le plan local. Mais il n’y a de notre part aucune volonté de tout régenter, plutôt de donner plus de visibilité à la dynamique qui s’est créée pour qu’elle puisse inspirer d’autres personnes et mouvements.

Nicolas Truelle Cet enjeu d’ancrage territorial est déterminant, d’une part parce que l’organisation de l’Église est territoriale mais aussi parce que les expériences de nos mouvements se vivent localement. Le Synode sur la synodalité va sans doute nous pousser à inciter les équipes locales de nos différents mouvements à aller trouver les évêques ensemble pour leur dire : nous voulons participer à la préparation du Synode.

Vous avez rencontré récemment le cardinal Grech, secrétaire général du Synode des évêques et Nathalie Becquart, sous-secrétaire, qu’en retenez-vous ?

Monique Baujard Nous avons tous été marqués je crois par l’humilité du cardinal qui nous a dit être venu « pour apprendre ». Il a insisté sur la première phase de l’écoute, avec la participation la plus large possible de tous, et pas seulement des catholiques : chrétiens d’autres confessions, croyants d’autres religions, mais aussi personnes non baptisées. L’Église veut se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint, qui est aussi à l’œuvre dans le monde. Il a insisté également sur le fait que le Synode partait du peuple de Dieu pour être restitué, à la fin, au peuple de Dieu. Il souhaite que cette attitude soit adoptée par chaque baptisé. Il nous a dit : « J’ai besoin de vous ! »

Nicolas Truelle Il nous a écoutés attentivement, nous a encouragés. Le travail et la dynamique de Promesses d’Église sont pris au sérieux, comme faisant partie de la dynamique synodale. Cette expérience de synodalité que nous vivons est faite pour entraîner d’autres à le vivre également. C’est une utopie mais dans le bon sens du terme. « Vivons ce rêve et il deviendra réalité ! »

LES FONDATEURS – Les fondateurs de Promesses d’Église sont la DCC (délégation catholique pour la coopération), le CCFD-Terre solidaire (comité catholique contre la faim) et le Secours catholique.

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Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°353 - Construire 2021-2023 - Construire une Eglise différente Se procurer le numéro →

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