Petit panorama des apparitions de Paray

Revenir aux apparitions du Christ à Marguerite-Marie permet de comprendre l’essentiel du message de Paray-le-Monial. S’il y en a eu en tout une trentaine, les trois principales résument le message.

Article tiré de la revue Il est vivant ! n°361

SAINT JEAN EUDES

La dévotion au Sacré Cœur ne commence pas avec les apparitions de Jésus à Marguerite-Marie. La première messe en l’honneur du Sacré Cœur date de 1672, un an avant la première grande apparition. Elle fut élaborée par saint Jean Eudes, fondateur des eudistes, qui a beaucoup parlé de l’unique Cœur de Jésus et de Marie (il n’a jamais eu connaissance des apparitions de Paray-le-Monial). « Ton cœur, Ô Jésus, mon Sauveur, est comme un feu. Il me purifie, m’illumine, me sanctifie. Il me transforme et me divinise. Ton amour me fait participer à la vie de Dieu, à sa miséricorde, sa patience, sa bonté et sa charité. Que ton Cœur brûle en mon cœur ! »

  1673, la première grande apparition 

Marguerite-Marie

Après une enfance avec de grandes épreuves, Marguerite-Marie entre au monastère à 24 ans, ce qui est un âge tardif à l’époque. Elle a vécu une expérience spirituelle forte qui a fait d’elle une véritable fille de saint François de Sales, fondateur avec sainte Jeanne de Chantal de l’ordre de la Visitation à Annecy. Le 21 mai 1670, elle fait une première visite au parloir de la Visitation de Paray-le-Monial. Elle entend intérieurement : « C’est ici que je te veux. » Devant la résolution de sa sœur, son frère finit par céder après six ans de refus et de blocage…

Elle entre à la Visitation le 20 juin 1671. Après deux ans et demi de vie religieuse, le 27 décembre 1673, jour de la fête de saint Jean l’Évangéliste, Jésus apparaît à Marguerite-Marie devant le Saint Sacrement exposé.

Elle vit alors trois expériences spirituelles.

Elle repose sur le Cœur de Jésus

« Il me fit reposer longtemps sur sa poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré Cœur qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors. » Puis Jésus lui déclare « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux. »

Elle a la vision du Cœur

Elle voit le Cœur du Christ sur un trône de flamme entouré d’épines. Jésus lui dit : « Si tu savais combien je suis altéré de me faire aimer des hommes » et « J’ai soif, je brûle du désir d’être aimé ». C’est une plainte : l’amour n’est pas aimé ! Ce sont les épines ! Les prochaines apparitions donneront des précisions sur ces épines. Et Jésus adresse une première demande à Marguerite-Marie, il y en aura cinq en tout. Il souhaite que l’image du Sacré Cœur soit honorée en l’exposant dans les maisons (acte public), et en la portant sur soi (acte privé).

« Il me demanda mon cœur »

Marguerite-Marie supplie alors Jésus de prendre son cœur. Il le prend et le plonge dans le sien : « Il le mit dans le sien adorable, dans lequel il me le fit voir comme un petit atome qui se consumait dans cette ardente fournaise, d’où le retirant comme une flamme ardente en forme de cœur, il me le remit dans le lieu où il l’avait pris. » Jésus lui dit enfin : « Je veux faire de toi la disciple bien-aimée de mon Sacré Cœur. »

  1674, la deuxième grande apparition 

Les 5 plaies de Jésus

Jésus lui apparaît un premier vendredi du mois. Marguerite-Marie raconte : « Jésus Christ, mon doux maître, se présenta à moi tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et des méconnaissances (=indifférence). »

Les apparitions comportent toujours trois temps :

– une déclaration d’amour

– une plainte

– une ou des demandes de réparation.

La déclaration d’amour : « Sa poitrine s’étant ouverte me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes. »

La plainte : Jésus se plaint de ne recevoir qu’ingratitude et indifférence. C’est la première précision des épines qui entouraient son cœur dans la vision de la première apparition.

La demande de réparation : qu’est-ce que la réparation ? C’est tout simplement « Rendre amour pour amour ». Jésus demande à Marguerite-Marie : « Mais, du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu pourras en être capable. » Marguerite-Marie clame son impuissance. Jésus lui répond : « Tiens, voilà de quoi suppléer à tout ce qui te manque ». Elle est alors pénétrée d’une flamme. Jésus lui dit : « Je serai ta force. »

Jésus lui fait trois demandes

– La communion fréquente : « Tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l’obéissance te le voudra permettre » ;

– Le premier vendredi du mois : « Tu communieras de plus tous les premiers vendredis de chaque mois » ;

– L’heure sainte : « Toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives » (entre onze heures et minuit).

Les attitudes spirituelles pour vivre l’heure sainte sont de demander miséricorde pour les pécheurs et d’adoucir l’amertume que Jésus ressentit à cause de l’abandon des apôtres.

  1675, la troisième grande apparition 

Elle a lieu un jour de l’octave de la Fête-Dieu (ou fête du Saint Sacrement). Jésus dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à se consumer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. »

La déclaration d’amour : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à se consumer pour leur témoigner son amour »

La plainte : Jésus donne deux précisions sur les épines de la vision de la première apparition : « dans ce sacrement d’amour » et de la part de « cœurs qui me sont consacrés. » La cour de France est alors décadente et l’affaire des poisons est sur le point d’éclater, notamment avec les premières messes noires célébrées par des prêtres, d’où la mention des sacrilèges dans le sacrement de l’Eucharistie.

La demande de réparation : « Je te demande que le premier vendredi après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon divin Cœur… » Il lui demande de faire instituer la fête du Sacré-Cœur.

« Je ne savais comment pouvoir accomplir ce qu’il désirait de moi depuis tant de temps, raconte Marguerite-Marie. Jésus me dit qu’il m’enverrait son fidèle serviteur et parfait ami qui m’apprendrait à le connaître et à m’abandonner à lui sans plus de résistance. » Il s’agit de Claude La Colombière.

Claude la Colombière

Brillant jésuite, âgé de 34 ans quand il arrive à Paray, il reçoit une mission délicate. Alors qu’il vient pour la première fois au monastère de la Visitation en 1675, Marguerite-Marie entend intérieurement : « Voilà celui que je t’envoie. » Malgré ses « répugnances effroyables », elle s’ouvre à lui et lui révèle le fond de son âme et tout ce qu’elle a vécu. Claude la rassure et l’encourage. Mais son rôle va plus loin. Le Seigneur l’appelle à être « un instrument de choix pour faire connaître les richesses » de son Cœur. Dans l’église de La Colombière (voir page 9), la grande mosaïque représente une vision que Marguerite-Marie eut, avec ce message de la Vierge, inscrit en lettres d’or au-dessous de la mosaïque : « S’il est donné aux filles de la Visitation de le faire connaître, aimer et le distribuer aux autres, il est réservé aux Pères de la Compagnie d’en faire voir et connaître l’utilité et la valeur, afin qu’on en profite en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait. »

Au cours d’une messe célébrée par Claude, au moment de la communion, Marguerite-Marie voit « le Sacré Cœur comme une ardente fournaise » et deux autres cœurs qui vont s’y unir et s’y abîmer. Jésus lui dit « c’est ainsi que mon pur amour unit ces trois cœurs pour toujours ».

En 1682, à 41 ans, Claude meurt des suites de son emprisonnement à Londres, à Paray, dans une chambre rue de la Paix, près de la tour Saint Nicolas. On peut aller vénérer ses reliques dans l’église de La Colombière.

En 1690, Marguerite-Marie meurt à son tour. Elle a 42 ans.

PAR LE P. ÉTIENNE KERN, RECTEUR DES SANCTUAIRES DE PARAY-LE-MONIAL

QUELQUES DATES

Fête du Sacré-Cœur

1721 : instituée par le diocèse d’Autun

1765 : instituée par le pape Clément XIII.

1856 : étendue à l’Église universelle par Pie IX.

Le XIXe siècle, le grand siècle du Sacré Cœur

Charles de Foucauld peint sur son habit et dans son ermitage l’image du Cœur de Jésus. Le Cardinal Perraud, évêque d’Autun institue les Chapelains, pour animer les sanctuaires, des prêtres diocésains qui vivent en communauté.

Au début du XXe siècle

Grandes encycliques sur le Sacré Cœur des papes Pie XI et Pie XII.

Le père Mattéo

Père de la congrégation des Sacré-Cœurs de Jésus et de Marie. Il fait un premier pèlerinage à Paray-le-Monial en août 1907. Malade, il prie dans la chapelle des apparitions, et se relève miraculeusement guéri. Il reçoit la bénédiction du pape Pie X pour aller prêcher l’amour du Cœur de Jésus et introniser son image dans les familles. Il meurt en 1960 au Chili.

Après-guerre

Déclin de la dévotion au Sacré Cœur.

1975

Troisième centenaire des apparitions.

Le sanctuaire est déserté, mais c’est l’arrivée de la Communauté de l’Emmanuel, à l’initiative de Pierre Goursat.

1986

Le sanctuaire est confié à l’Emmanuel. Saint Jean-Paul II, qui était venu en 1965 quand il était cardinal de Cracovie, revient. « C’est auprès du Cœur du Christ que le cœur de l’homme reçoit la capacité d’aimer. »

Janvier 2001

Clôture de l’année jubilaire de l’an 2000, fermeture de la Porte de l’année sainte. Jean Paul II écrit : « Tandis qu’aujourd’hui se ferme, avec la Porte sainte, un symbole du Christ, le Cœur du Christ demeure plus que jamais ouvert. Il continue de dire à l’humanité qui a besoin d’espérance et de sens “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos car je suis doux et humble de cœur” » (Mt 11, 28).

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