« Les personnes pauvres nous apprennent à être humbles » – Témoignage de Delphine, 26 ans

Cet article fait partie du dossier thématique :Laudato si,
un nouvel art de vivre ? →

Je suis partie avec Fidesco pendant un an et demi, à Lumbumbashi (RDC), entre mes masters 1 et 2 de solidarité et d’action internationale.

Dans cette ville où j’ai été envoyée, j’ai fait l’expérience de la rencontre des plus pauvres. Mon lieu de mission, un centre d’accueil pour les garçons de la rue entre 5 et 18 ans, était aussi mon lieu de vie. La résilience de ces enfants qui, malgré une grande pauvreté et leur histoire souvent très difficile, semblaient bien plus heureux que nous, m’a profondément édifiée. Ces enfants et ces jeunes m’ont beaucoup apporté et j’ai le sentiment d’avoir bien plus reçu de leur part que ce que j’ai pu leur donner.

Assez rapidement, on m’a demandé de prendre en charge l’après-midi également des grands jeunes de la rue (18- 30 ans) pour un temps d’alphabétisation. Ces jeunes, très cabossés par la vie, qui arrivaient très souvent ivres, n’avaient qu’un seul vêtement qu’ils lavaient chaque jour. Je redoutais de me positionner comme celle qui a tout et donc qui sait tout et a les solutions. Mais ces jeunes étaient simplement contents que l’on prenne du temps avec eux et j’ai reçu beaucoup d’amitié de leur part.

Au départ, cette mission n’était pas prioritaire pour moi, et si une autre activité me semblait plus enthousiasmante, je faisais l’impasse sur cette alphabétisation. Un jour, je suis allée rendre visite à la famille d’un petit garçon que l’on accueillait avec lui et lorsque je suis rentrée, un grand jeune, Cyril, qui ne manquait jamais aucun de mes cours et m’aidait même aux traductions, était là. Il m’a dit : « Mais Delphine. Tu étais où ? On t’a attendue… Tu nous as négligés. » Cela a été une vraie claque. J’ai pris conscience que même si j’étais partie au bout du monde pour servir les pauvres, il m’arrivait de ne pas les choisir au profit de ma petite personne… À partir de jour-là, j’ai revu mes priorités.

Avec eux, j’aimais aussi la simplicité et l’authenticité des relations : il n’y avait plus que deux êtres humains qui se rencontrent, sans aucune fioriture. Comme ce dépouillement embellit les relations humaines !

Au cours de cette expérience avec Fidesco, je me suis sentie pour la première de ma vie au bon moment, au bon endroit et avec les bonnes personnes. Je suis rentrée en France pour faire mon Master 2 mais avec la ferme intention de repartir. Après tout un discernement, j’ai compris que le Seigneur me demandait en réalité de trouver ma place en France. Cela n’a pas été facile. J’ai décidé d’aller à la rencontre de personnes engagées dans la solidarité, pour qu’elles me parlent de leur métier. J’espérais ainsi découvrir ma propre voie professionnelle. J’avais une certitude : je voulais retrouver dans mon travail des personnes du même genre que ces grands jeunes côtoyés pendant un an et demi à Lubumbashi. C’est ainsi que j’ai fi ni par découvrir l’association Wake up café, qui fait de l’accompagnement et de la réinsertion pour des personnes sortant de prison et qui veulent changer de vie. Cela a été comme une évidence. De nouveau, j’avais le sentiment d’être à la bonne place avec les bonnes personnes. En une semaine, ma fiche de poste était écrite.

Être avec eux

À Wake up café, mes missions sont d’organiser le « parcours wakeurs » pour les personnes que nous accompagnons. Il est constitué d’ateliers d’accompagnement collectif pour les aider à trouver un emploi, avoir accès à un logement et à des soins si nécessaires, et à se reconstruire. Ils sont profondément blessés par leur passage en détention. Ce que je préfère, c’est être avec eux. Je participe donc aux ateliers et suis attentive et à l’écoute de leurs besoins. Beaucoup des hommes que je rencontre dans l’association n’ont pas eu un parcours facile et souvent, par manque d’un cadre familial solide et d’un bon environnement, ils ont fait des choses répréhensibles mais ils ont vraiment envie de s’en sortir. Être confronté à la pauvreté renvoie à ses propres faiblesses. Cela permet de devenir plus humble. On comprend qu’on ne peut pas les sauver par nous-mêmes, que Dieu seul sauve. ¨

Cet article fait partie du dossier thématique :Laudato si,
un nouvel art de vivre ? →

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur facebook
Je partage
sur Facebook
Partager sur whatsapp
J'envoie
via Whatsapp
Partager sur email
Je transmets
par mail

Derniers articles d'actualité

L’eucharistie, une Pentecôte continuelle

L’eucharistie est un lieu habituel d’effusion de l’Esprit Saint. C’est ce que Jean-Luc Moens a pris le temps d’expliquer lors de son intervention au Congrès eucharistique mondial qui s’est déroulé du 5 au 12 septembre 2021 à Budapest. Retrouvez la

Autres articles