Parole de Dieu : de l’écoute à la mise en pratique

La Parole de Dieu désigne le Fils de Dieu lui-même, avec lequel nous sommes invités à entrer dans une relation vivante. Il est donc précieux de réfléchir sur ce qui peut nous aider à l’accueillir en vérité.

Par le Père BENOÎT DE BAENST

Prêtre, Benoît de Baenst enseigne la théologie au Forum Saint-Michel à Bruxelles.

Vignette carree De Baenst IEVLa méditation de la parabole du semeur (Lc 8, 4-15) permet d’esquisser les points essentiels pour demeurer dans la Parole de Dieu : écouter, retenir, comprendre, intérioriser, parler et mettre en pratique. Ces six actions ne s’opèrent pas sans qu’on l’ait décidé, ni sans que l’on consente à l’effort qu’elles requièrent. L’écoute de la Parole de Dieu ne se réalise pas sans l’homme. Dieu ne veut pas nous sauver sans nous.

En même temps, Jésus affirme : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (cf. Jn 15, 5). Aussi est-il essentiel, pour prier la Parole de Dieu, de se mettre en présence de Dieu, de prendre le temps de prier et d’invoquer l’Esprit Saint afin que Dieu parle au cœur. Comme le dit le pape François, il s’agit de se laisser « pénétrer par sa Parole » (EG 151).

Concrètement, dès que nous sommes en présence de la Parole de Dieu, invoquons l’Esprit Saint pour qu’il nous donne de l’écouter, de la retenir, de la comprendre, de l’intérioriser, de prier et de la mettre en pratique.

Écouter

• Il s’agit tout d’abord d’être attentif lorsque la Parole de Dieu est proclamée et de veiller à écarter les distractions possibles. Partir un peu plus tôt à l’église et éteindre son portable, par exemple, seront certainement des aides précieuses.

• Si nous n’avons pas de Bible, c’est l’occasion d’en acheter une, agréable à lire de préférence, avec des introductions, des notes claires et abondantes. Et au lieu de laisser notre Bible prendre la poussière dans la bibliothèque, mettons-la dans un lieu de passage, où l’on aura envie d’y jeter un coup d’œil.

• Prenons également régulièrement un temps de lecture de la Parole. Pourquoi ne pas lire quotidiennement les lectures du jour ou un passage de la Bible, par exemple, lentement et à haute voix ? Il existe des applications mobiles très bien faites, pour nous aider à lire la Parole. Pourquoi aussi ne pas nous organiser pour lire la Bible dans sa totalité, en un ou deux ans ?

Retenir

Ici aussi, plusieurs moyens s’offrent à nous.

• S’acheter un carnet à Parole ou en créer un dans son smartphone. Cela permet de recopier facilement un passage et d’y revenir régulièrement au cours de la journée.

• Mettre un réveil récurrent dans son smartphone avec comme titre la Parole que l’on désire se rappeler.

• Certains écrivent la Parole de Dieu sur des Post-it qu’ils collent sur le miroir de leur salle de bains. Ainsi, chaque fois qu’ils se rasent, se maquillent ou se débarbouillent, ils se rappellent la Parole : « Aie confiance ! » (Mt 9, 2). D’autres endroits font également l’affaire comme l’ordinateur, la hotte ou le frigo.

Et pourquoi ne pas la mettre en fond d’écran ou en écran de veille ?

Comprendre

Comme Jésus le dit, l’une des raisons pour lesquelles la Parole de Dieu ne porte pas de fruit vient de ce qu’elle n’a pas été comprise. Il est donc important d’entrer dans l’intelligence de la Parole de Dieu. Les quatre sens de l’Écriture, sont un guide sûr pour bien interpréter la Bible (allégorique, tropologique et anagogique : voir encadré).

• Veillons d’abord à bien comprendre ce que le texte dit, à l’époque et dans le contexte où il a été écrit.

• Ensuite, nous pouvons en chercher les trois sens spirituels. Comment s’applique-t-il à la nouvelle Alliance scellée en Jésus, à l’Église ? Comment concerne-t-il ma vie ? Que dit-il de mon espérance ?

• Il est bon de lire et de relire un même passage, de surligner les paroles qui frappent ou qui posent question.

• Lorsque nous travaillons la Parole de Dieu, faisons-le toujours avec respect et humilité. C’est de Dieu qu’il s’agit. Lisons donc la Parole de Dieu avec la même attention que celle que nous portons au corps eucharistique du Christ. Dieu est toujours plus que ce que nous comprenons de lui.

• Respectons la Parole de Dieu avec toutes ses aspérités, ses contradictions apparentes. Ne les gommons pas. Ne fuyons pas ce qui nous heurte au premier abord. Bien souvent, ce qui nous fait réagir est le signe et la promesse d’une grâce. Il n’est pas rare que le Seigneur démasque par là des zones d’ombre dans nos vies, qu’il ouvre de nouveaux horizons et qu’il élargisse notre intelligence et notre cœur.

Intérioriser

• Comme la parabole du semeur le dit, nous devons permettre à la Parole de Dieu d’étendre ses racines dans toutes les zones de notre être, nous laisser toucher dans notre intelligence, bien sûr, mais aussi dans notre corps, notre imaginaire et notre affectivité. Il s’agit de faire appel à nos cinq sens, d’imaginer, de ressentir.

• Il s’agit en un sens de faire sien le monde de l’histoire sainte, de le laisser nous habiter, plus encore d’y habiter. Nous sommes appelés à laisser la Parole de Dieu demeurer en nous afin que nous demeurions en elle.

Ainsi, la Parole divine nous imprègne progressivement, pénètre comme une pommade.

Elle devient notre monde. Nous pouvons alors la goûter intérieurement, et cette intériorisation rejaillit sur notre propre compréhension de la Parole. Elle lui permet d’une certaine manière de prendre chair en nous. Dieu ne parle alors pas seulement à l’intelligence mais aussi au corps, à l’imaginaire et à l’affectivité.

Cette intériorisation produit deux fruits non négligeables.

• D’une part, progressivement, on en vient à goûter la Parole de Dieu. On découvre la saveur du Christ en comparaison de laquelle les plus belles choses du monde deviennent insipides. Seul le « goût » de Dieu comble le cœur.

• D’autre part, en pénétrant en nous, la Parole divine vient évangéliser les profondeurs de notre être. Elle déploie sa puissance et nous rend capables de ne plus être embourbés dans les mêmes ornières du péché. Elle est comme le soleil du prophète Malachie, qui porte en ses rayons la guérison (cf. Ml 3, 20).

Cela dit, veillons à ne pas forcer l’Écriture : exiger que la Parole nous touche ; rechercher des émotions à tout prix ; courir après la nouveauté ; la sommer de répondre à nos questions ; vouloir qu’elle soit immédiatement utile. Bref, attention à ne pas instrumentaliser la Parole de Dieu. Le dialogue avec Dieu et l’écoute de sa Parole demandent la gratuité. S’il ne se passe rien, ne nous inquiétons pas. La qualité d’un temps de prière ne se mesure pas à l’intensité de nos émotions ou à une idée nouvelle. Il ne s’agit pas d’abord de ressentir quelque chose, mais de demeurer gratuitement avec Dieu et de le laisser libre. Telle est la logique de l’amour. De même, il ne s’agit pas d’abord de comprendre quelque chose de la Parole, mais de la goûter, de la laisser faire écho en nous. Et si elle ne parle pas tout de suite, immédiatement, ce n’est pas grave. L’essentiel est de demeurer avec Dieu.

Parler

Lorsqu’on médite ainsi la Parole de Dieu, il est bon de s’arrêter après un moment pour entrer en discussion avec le Seigneur et lui dire tout simplement, dans le secret de la prière, ce que l’on a sur le cœur. Cela peut être lui poser des questions à propos d’un passage difficile, lui exprimer les désirs que la Parole suscite, lui demander ce qu’il nous a montré dans la prière. Par exemple : Pourquoi Seigneur as-tu renversé les tables des changeurs et chassé les animaux du temple ? Ou, en contemplant la transfiguration : Seigneur, mon désir est de voir ta gloire. Ou encore à la vue de la patience de Jésus envers les malades qui lui « sautent » dessus pour être guéris : Donne-moi ta patience !

Mettre en pratique

Il est bon de terminer son temps de prière par une petite décision pratique en relation avec le passage que l’on a prié. À l’image de la petite Thérèse, ne nous imposons pas des choses impossibles ou propres à nous décourager rapidement. Choisissons des choses simples, petites et soyons doucement intransigeants avec nous-mêmes. Concrètement, pour permettre à la Parole de Dieu de demeurer en nous, commençons par décider du temps que nous voulons consacrer à la Parole de Dieu : Quand ? Où ? Avec quelle régularité ?

Mettre la Parole en pratique conduit à une intelligence bien plus profonde de Dieu. De plus, cela nous donne la stabilité et la solidité face à tous les aléas de la vie. Lorsque la tempête arrive, la plante est bien arrimée. Si un moment de doute survient, comme on en a déjà l’habitude, on se met à prier et on trouve la présence de Dieu et sa Parole qui réconfortent et affermissent la foi.

Reprise

« Demeurer dans la Parole de Dieu. » C’est bien là le but : que nous demeurions en elle, c’est-à-dire en Dieu. C’est pour cela qu’il nous a créés. Toute l’économie du salut tend à cela. Comme l’exprime la dynamique des quatre sens de l’Écriture, le but est l’union à Dieu.

La mère de Jésus est celle qui, la première, a parcouru le chemin de l’écoute de la Parole. Au ciel, corps et âme, elle est par excellence celle qui, à la suite de son Fils, nous enseigne cette écoute et nous accompagne jusqu’au bout.

Comme Marie, nous sommes appelés à l’écouter, à la retenir, à la comprendre, à l’intérioriser, à la prier et à la mettre en pratique. Comme le dit l’Église à la suite de saint Jérôme, « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ » (VD 30). Et garder cette Parole, c’est le chemin du bonheur.

Le fruit de cette écoute de la Parole de Dieu est l’intériorité réciproque de la Parole de Dieu et de celui qui l’écoute. La Parole de Dieu demeure en nous et nous en elle.

En effet, l’écoute qui va jusqu’à la mise en pratique est la charité, l’amour. Or, Dieu est amour. Autrement dit, grâce à sa Parole, Dieu demeure en nous et nous en lui comme le Fils demeure dans le Père et le Père en lui. « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). De cette manière, l’homme uni à Dieu par sa Parole dans l’amour devient Parole de Dieu pour les autres, Parole que l’Esprit sème, souvent à notre insu, dans le cœur des autres.

LES QUATRE SENS DE L’ÉCRITURE

L’Église déploie ce qu’on appelle les quatre sens de l’Écriture Sainte. Elle raconte tout d’abord l’histoire (1). Elle en tire ensuite le sens spirituel qui est triple. Elle montre comment ce qui est dit s’applique au Christ tête et corps (2), à chaque chrétien (3) et signifie ce vers quoi on tend (4), c’est-à-dire comment le salut s’accomplit progressivement.

À LIRE

La Parole de Dieu, Lumière pour se laisser transformer, Benoît De Baenst, Éditions Emmanuel, août 2021

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