Parler au cœur et à l’intelligence

Ils sont profs, éducateurs, animateurs en pastorale, chefs d’établissement, issus de l’enseignement privé sous contrat, de l’enseignement public ou hors-contrat et ils se sont rassemblés les 11 et 12 novembre derniers à Paris pour le forum Emmanuel Education sur le thème « foi et raison. »

Un week-end pour partager une vocation commune, l’éducation, ouvrir son cœur et son intelligence et pour vivre une expérience fraternelle intense. Il n’est pas trop tard pour écouter les enseignements (disponibles en audio) ni pour lire le récit du week-end par Céline et Véronique.

 

foi

« La foi et la raison sont les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité » écrivait saint Jean-Paul II, dans l’encyclique Fides et ratio. Jamais l’une sans l’autre mais toujours l’une avec l’autre. Inséparables. Pour parler au cœur et à l’intelligence, à l’âme et à l’esprit. Une articulation exigeante mais enthousiasmante, comme l’exprime Véronique Mathieu, professeur d’allemand, depuis 28 ans, en classe préparatoire littéraire et en lycée, qui laisse jaillir un cri du cœur : « Wahou ! J’ai adoré les enseignements. La dimension intellectuelle, pour moi qui suis prof en prépa : que du bonheur ! » Intarissable sur le contenu des enseignements, l’aventure du forum a aussi touché son cœur : « Les temps de partage, ça c’est vraiment exceptionnel ! On vient de milieux professionnels très différents, primaire, secondaire, supérieur, privé sous contrat, public, enseignants, éducateurs, chefs d’établissement… Ce sont des mondes très spécifiques ! Pourtant, on a beaucoup à apprendre les uns des autres » mais aussi à se réconforter dans les moments difficiles : « Dimanche midi, on a rencontré une collègue qui n’allait vraiment pas bien. On a passé quasiment 2h à l’écouter et à la réconforter. Un temps de compassion très beau » qui rappelle l’exigence de ce métier souvent mal compris par ceux qui ne l’exercent pas.

 

 

garçon en pull vert écrivant sur papier blanc

Chez Céline Dusautois, professeur de SVT depuis 8 ans, dans un collège privé après 7 ans en lycée public, on note le même enthousiasme : « Au forum, on vient avec ce que l’on est, ce que l’on vit aujourd’hui, c’est la matière même de notre forum. Et on est accueillis d’ailleurs avec nos faiblesses et nos galères. On ne cherche pas à aller en force, « à tenir ». Au contraire, il y a un enjeu à ne pas s’endurcir mais à se ressourcer, se recharger. C’est complètement différent. » Comme Véronique, Céline souligne la richesse des rencontres : « Des jeunes profs qui sont motivés et qui veulent vivre leur vocation en église, pas tout seuls, c’est ultra-édifiant. Mais aussi la douce patience de ceux qui sont profs depuis longtemps et qui sont encore là, désireux de partager leur flamme et d’affiner encore un peu leur lame. On est tellement heureux de se revoir d’une année sur l’autre ! » Pour échanger bien sûr mais aussi pour se former, comme le précise Céline : « Ce forum, ce n’est pas juste une rencontre de profs pour se serrer les coudes. On nous propose aussi une formation intellectuelle à travers des enseignements de qualité qui s’articulent harmonieusement les uns aux autres. »

D’après Véronique, « tout était intéressant, notamment cette réflexion de Paul Clavier, philosophe, sur le fait qu’il est raisonnable d’avoir la foi. Arrive alors un moment où la raison doit entrer en adoration, c’est-à-dire reconnaitre que la foi la dépasse. J’ai été très touchée par ce très bel hommage à notre raison qui est aussi un acte de confiance. J’ai été très éclairée aussi par le fait que l’existence de Dieu n’a pas besoin d’être prouvée scientifiquement. Sinon, quelle liberté ? »

Céline, de son côté, a été sollicitée pour un enseignement : « On m’a donné carte blanche pour proposer un topo sur un sujet que je porte et sur lequel je sens qu’il y a besoin de réfléchir : espérer pour notre école, concours de la foi, concours de la raison. Comment, pour cela, laisser l’Esprit-Saint s’approcher de nous, expérimenter que le Seigneur se fait proche de toutes nos questions ? Si on reconnait la présence de l’Esprit-Saint, que l’on se met à son écoute, il est source d’une créativité et d’une fécondité infinies. C’est d’ailleurs ce que le pape François nous enseigne à travers la synodalité, qu’il définit comme « la tendresse de Dieu qui s’approche de nous. » Pourquoi ? Car en laissant l’Esprit-Saint s’exprimer en chacun d’entre nous et en nos processus collectifs, on lui laisse la possibilité d’agir et de féconder nos processus de décisions. »

Et Céline d’ajouter à titre d’exemple : « L’an dernier, je me suis confrontée à une collègue sur la manière de mettre en œuvre la circulaire Blanquer sur la transidentité. Nous avions des points de vue radicalement et totalement opposés. J’aurais pu laisser grandir le conflit. J’ai choisi, et ma collègue aussi, d’endurer le conflit et de tenir les polarités, c’est-à-dire : vraiment entendre ce qu’il y a d’important dans chacune des positions pour ensuite trouver une solution qui tienne compte des différentes visions de la réalité, toujours plus riche et plus complexe qu’il n’y parait. Plutôt que d’essayer de définir une règle toute faite qui n’a vraiment aucune chance de marcher dans ce type d’accompagnement, on a décidé, chaque fois que la question se poserait, de se réunir en équipe pour parler du jeune et essayer de mieux l’accompagner. Et ça, c’est vraiment intéressant car on n’a pas laissé notre différence prendre le dessus. »

Un exemple qui a beaucoup marqué Véronique Mathieu qui s’est également laissée toucher par la conférence de Christiane Conturie sur le thème :   “Comment et pourquoi prendre soin de l’intelligence des élèves ?” « On a tendance à gaver les élèves, à travailler pour eux, en leur donnant des choses prémâchées. Pour gagner du temps parce qu’on a des programmes à boucler. Or, prendre soin de l’intelligence de nos élèves demande du temps. » Eviter le prêt-à-penser ? « Exactement. Faire travailler l’intelligence pour voir cette petite étincelle briller dans leurs yeux car ils ont compris un truc. C’est ça qui me fait vivre, c’est pour ça que je fais ce métier ! »

Pour continuer à vibrer au contact des élèves, les fraternités Emmanuel Education prennent le relais du forum tout au long de l’année. Véronique avait le projet d’en monter une avec des collègues « pour prier ensemble, pour partager, pour laisser l’Esprit-Saint parler. » En vain. Ce week-end, elle a reçu la prière des frères et ses yeux se sont ouverts : « J’ai pensé à des personnes de mon entourage, profs, elles aussi, que je n’avais jamais pensé à solliciter. C’est le Seigneur qui appelle, ce n’est pas moi. »

 

Pas à la force des poignets donc… mais en laissant l’Esprit-Saint souffler à l’image de ce qui a été vécu pendant le forum : « Cela crée une communion toute particulière » conclut Céline.

 

Séverine Laurent

 

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