Notre-Dame de Paris : quel sens donner à ces évènements ?

Lundi 15 avril, 18h50 : la cathédrale Notre-Dame de Paris est la proie des flammes. Nous vous partageons ici quelques interventions qui peuvent nous donner des clés pour comprendre la portée symbolique et spirituelle de cet événement douloureux.

Une des petites rosaces détruites – Photo L. Lefèvre

Mgr de Moulin-Beaufort : « Je pense aux temples vivants, ceux où Dieu veut habiter pour de vrai »

La Cathédrale Notre-Dame de Paris fait partie de ces symboles, de ces efforts de paix, de beauté, d’espérance, de foi même au-delà de la foi chrétienne. Cela va être une perte d’une grande blessure.

La chute de la flèche a une portée symbolique considérable, elle représente un doigt tendu vers Dieu, un paratonnerre qui fait venir la grâce de Dieu vers nous.

Ma tristesse en ce jour m’unit aux Parisiens qui ne pourront célébrer la messe chrismale. Elle m’unit surtout à tous ceux qui ont perdu hier soir leur maison. Évêque auxiliaire de Paris, il m’a été donné souvent de célébrer la messe du dimanche soir. Elle rassemble une foule composite, faite de quelques touristes mais surtout des Parisiens et de Parisiennes et plus encore peut-être d’habitants des banlieues à qui le métro et le RER rendent l’accès à Notre-Dame assez facile. De dimanche en dimanche, au fil des années, nous avions appris à nous connaître et à nous reconnaitre. La ferveur de ces assemblées a été le cadeau, la grâce, du dimanche soir. Ces gens, ces fidèles, ont perdu leur maison. Ils auront à patienter avant de la retrouver.

Alors, en ce Mardi-Saint, méditant sur cela, je pense aux temples vivants, ceux où Dieu veut habiter pour de vrai depuis la Pâque de Jésus et qui ont été profanés. Nous devons les pleurer plus encore. La cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par l’incendie est devenue, au seuil de la Semaine Sainte, leur image. Puisse-t-elle être pour eux un gage de relèvement,

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La CEF : « Notre-Dame de Paris restera un symbole majeur de la foi catholique »

Alors que l’incendie dramatique ravage encore la cathédrale Notre-Dame, les évêques de France expriment leur immense tristesse et assurent Monseigneur Aupetit, archevêque de Paris de leur proximité et de leurs prières pour son diocèse.

Ils sont bien conscients que le rayonnement de Notre-Dame de Paris dépasse le cadre de la capitale et qu’elle restera un symbole majeur de la foi catholique et un lieu où tous, croyants et incroyants, peuvent se retrouver aux moments importants de l’histoire de notre pays.

En ce début de semaine sainte, ils invitent les catholiques à être toujours davantage les pierres vivantes de l’Eglise en vivant du mystère de la mort et de la résurrection du Christ, source de notre espérance.

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Père Guillaume de Menthière : « Nuit de feu »

Cette nuit n’était pas faite pour dormir. A la vue de Notre-Dame en flammes, l’émotion était trop forte, la tristesse trop intense, la prière trop nécessaire. Et dire que j’étais encore la veille prêchant sous ces voûtes millénaires où je fus ordonné il y a bientôt trente ans ! Je ne puis vous exprimer la peine qui me gagne à la pensée de cet écrin de tant de nos souvenirs heureux disparu en fumée…

Vous avouerais-je pourtant qu’à la consternation a très vite fait place en moi une sorte de reconnaissance subjuguée ? Des propos que j’avais toujours désiré entendre ont semblé jaillir comme par miracle de ce funeste évènement. Au cours de ces heures angoissées, il m’a semblé, en effet, sentir le vieux coq Gaulois se réveiller de sa torpeur.

Que de magnifiques paroles unanimes les médias n’ont-ils pas relayées de manière persistante et ininterrompue ! De la part de touristes, de badauds, de journalistes, d’hommes politiques, d’ecclésiastiques, d’esthètes, de pompiers,… Des gens de tous âges, de toutes conditions, de toutes origines et de toutes croyances… Une mystérieuse communion semblait régner enfin sur ce peuple de France dont les mois écoulés avaient si tristement montré au monde le morcellement et les fractures. Cette unité qu’un message présidentiel, prévu le même soir, n’aurait probablement pas réussi à renouer, Notre-Dame, la Vierge Sainte, l’accomplissait sous nos yeux éberlués. Et si c’était encore une fois l’intervention surnaturelle de la Mère de Dieu qui redonnait à notre cher et vieux pays l’élan de l’espérance ?

Bien sûr restent l’infinie douleur de voir ces ruines désolées, l’irréparable perte de tant d’œuvres d’art, et l’abattement devant la tache colossale de la reconstruction. Pourtant en cette Semaine Sainte qui débouche sur la victoire de Pâques, les chrétiens aiment à se redire que de tout mal, Dieu peut faire sortir un bien. De quel relèvement ce désastre est-il la promesse et l’amorce ? Ces pierres dont le Seigneur nous disaient hier encore qu’elles crieraient, ne les entendons-nous pas, encore fumantes, appeler au sursaut et à la foi ?

Un salut du Saint sacrement au cœur de l’incendie – Témoignage de l’aumônier des pompiers


Les papes parlent à Notre-Dame de Paris


Jean-Paul II – Prière à Notre-Dame de Paris

« Nous vous prions pour cette ville capitale.
Vous, l’Intacte, gardez-lui la pureté de la foi !
Vierge Marie, depuis ce bord de Seine,
Nous vous prions pour le pays de France.
Vous, Mère, enseignez-lui l’espérance !
Vierge Marie, en ce haut lieu de chrétienté,
Nous vous prions pour tous les peuples de la terre.
Vous, pleine de grâce, obtenez qu’ils soient un dans l’Amour »

Source : Prière prononcée au pied de la statue de Notre-Dame de Paris, le 30 mai 1980

Jean-Paul II : « Prêtres, confiez-lui votre ministère, confiez-lui votre vie. »

Cette cathédrale est dédiée à Notre-Dame. L’an prochain, j’irai devant la grotte de Massabielle à Lourdes, et je m’en réjouis. Votre pays comporte de multiples sanctuaires où vos fidèles aiment prier la Vierge bénie, leur Mère. Nous prêtres, nous devons être les premiers à l’invoquer comme notre Mère. Elle est la mère du sacerdoce que nous avons reçu du Christ. Je vous en prie, confiez-lui votre ministère, confiez-lui votre vie. Qu’elle vous accompagne, comme les premiers disciples, depuis la première rencontre joyeuse de Cana, qui vous fait penser à l’aube de votre sacerdoce, jusqu’au sacrifice de la croix, qui marque nécessairement nos vies, jusqu’à la Pentecôte dans l’attente toujours plus pénétrante de l’Esprit Saint dont elle est l’Épouse depuis l’Incarnation. Nous terminerons notre rencontre par un Ave Maria.

Source : Discours du pape aux prêtres de l’Île de France, à la Cathédrale de Notre-Dame, Paris, le vendredi 30 mai 1980

Jean-Paul II : « Vos aïeux l’ont consacrée à la Mère de Dieu »

5. Nous sommes ici dans un lieu sacré : Notre-Dame. Cette splendide construction, trésor de l’art gothique, vos aïeux l’ont consacrée à la Mère de Dieu. Ils l’ont consacrée à Celle qui, parmi tous les êtres humains, a donné la réponse la plus parfaite à cette question: Aimes-tu? M’aimes-tu? M’aimes-tu davantage?

Sa vie tout entière fut en effet une réponse parfaite, sans aucune erreur, à cette question.

Il convenait donc que je commence dans un lieu consacré à Marie ma rencontre avec Paris et avec la France, rencontre à laquelle j’ai été si courtoisement invité par les Autorités de l’État et de la ville, par l’Église et par ses pasteurs. Ma visite de lundi au siège de l’UNESCO à Paris acquiert par là son cadre complet et la dimension qui convient à ma mission de témoignage et de service apostolique.

Cette invitation est pour moi d’un grand prix. Je l’apprécie hautement. Je désire aussi, selon mes possibilités et selon la grâce d’état qui m’a été donnée, répondre à cette invitation et lui faire atteindre son but.

C’est pourquoi je me réjouis de ce que notre première rencontre ait lieu en présence de la Mère de Dieu, devant Celle qui est notre espérance. Je désire lui confier le service qu’il m’appartient d’accomplir parmi vous. C’est à elle aussi que je demande, en même temps que vous tous, chers frères et sœurs, que ce service soit utile et fructueux pour l’Église en France, pour l’homme et pour le monde contemporain.

6. Ils sont nombreux, les lieux de votre pays où bien souvent, peut-être chaque jour, ma pensée et mon cœur s’en vont en pèlerinage: le sanctuaire de la Vierge Immaculée à Lourdes, Lisieux, et Ars, où cette fois je ne pourrai me rendre, et Annecy, où j’ai été invité depuis longtemps sans pouvoir jusqu’ici réaliser mon désir.

Voici que se présente devant mes yeux la France, Mère des saints au long de tant de générations et de siècles. Oh combien je désire qu’ils reviennent tous dans notre siècle, et dans notre génération, à la mesure de ses besoins et de ses responsabilités!

Dans cette première rencontre, je souhaite à tous et à chacun d’entendre dans toute son éloquence la question que le Christ a adressée autrefois à Pierre: Aimes-tu? M’aimes-tu? Que cette question résonne et trouve un écho profond en chacun de nous!

L’avenir de l’homme et du monde en dépend: écouterons-nous cette question? Comprendrons-nous son importance? Comment y répondrons-nous?

Source : Homélie du pape, Messe dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris, le vendredi 30 mai 1980

Benoit XVI – « La foi du Moyen Age a bâti les cathédrales, et vos ancêtres sont venus ici pour louer Dieu »

Béni soit Dieu qui nous permet de nous retrouver en un lieu si cher au cœur des Parisiens, mais aussi de tous les Français ! […] Nous voici dans l’église-mère du diocèse de Paris, la cathédrale Notre-Dame, qui se dresse au cœur de la cité comme un signe vivant de la présence de Dieu au milieu des hommes. Mon prédécesseur Alexandre III en posa la première pierre, les Papes Pie VII et Jean-Paul II l’honorèrent de leur visite, et je suis heureux de m’inscrire à leur suite, après y être venu voici un quart de siècle pour y prononcer une conférence sur la catéchèse. Il est difficile de ne pas rendre grâce à Celui qui a créé la matière aussi bien que l’esprit, pour la beauté de l’édifice qui nous reçoit. Les chrétiens de Lutèce avaient déjà construit une cathédrale dédiée à saint Étienne, premier martyr, mais, devenue trop exigüe, elle fut remplacée progressivement, entre le XIIe et le XIVe siècle, par celle que nous admirons de nos jours. La foi du Moyen Age a bâti les cathédrales, et vos ancêtres sont venus ici pour louer Dieu, lui confier leurs espérances et lui dire leur amour. De grands événements religieux et civils se sont déroulés dans ce sanctuaire où les architectes, les peintres, les sculpteurs et les musiciens ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Qu’il suffise de rappeler, parmi bien d’autres, les noms de l’architecte Jean de Chelles, du peintre Charles Le Brun, du sculpteur Nicolas Coustou et des organistes Louis Vierne et Pierre Cochereau. L’art, chemin vers Dieu, et la prière chorale, louange de l’Église au Créateur, ont aidé Paul Claudel, venu assister aux vêpres du jour de Noël 1886, à trouver le chemin vers une expérience personnelle de Dieu. Il est significatif que Dieu ait illuminé son âme précisément pendant le chant du Magnificat, dans lequel l’Église écoute le cantique de la Vierge Marie, sainte Patronne de ces lieux, qui rappelle au monde que le Tout-Puissant a exalté les humbles (cf. Lc 1, 52). Théâtre de conversions moins connues, mais non moins réelles, chaire où des prédicateurs de l’Évangile, comme les Pères Lacordaire, Monsabré et Samson, ont su transmettre la flamme de leur passion aux auditoires les plus variés, la cathédrale Notre-Dame demeure à juste titre l’un des monuments les plus célèbres du patrimoine de votre pays. Les reliques de la Vraie Croix et de la Couronne d’épines, que je viens de vénérer, comme on le fait depuis saint Louis, y ont trouvé aujourd’hui un écrin digne d’elles, qui constitue l’offrande de l’esprit des hommes à l’Amour créateur.

Témoin de l’échange incessant que Dieu a voulu établir entre les hommes et Lui, la Parole vient de retentir sous les voûtes historiques de cette cathédrale pour être la matière de notre sacrifice du soir, souligné par l’offrande de l’encens qui rend visible notre louange à Dieu […].

Source  : Homélie du pape à la Cathédrale Notre-Dame de Paris – Célébration des vêpres avec les prêtres, les religieuses et religieux, les séminaristes et les diacres, Paris, le vendredi 12 septembre 2008