[Témoignages] Un grand moment d’Eglise où l’Esprit a soufflé avec force !

Quelques membres de la Communauté de l’Emmanuel étaient à Lourdes pour l’assemblée plénière des évêques de France qui s’y est déroulée début octobre 2021. Ils témoignent de ce qui les a touchés lors de ce temps fort qui a pris place peu de temps après la douloureuse remise du rapport de la CIASE aux évêques.

 

Témoignage de Louis-Etienne de Labarthe

J’ai eu l’immense privilège de faire partie des 120 fidèles, laïcs, religieux ou prêtres, présents à Lourdes pendant un peu plus de 24h pour amorcer un travail avec les évêques de France à la suite du de la remise du rapport de la CIASE le 5 octobre dernier. Je me sens invité à partager simplement ce que j’y ai vécu pour ne pas garder pour moi ce moment que certains évêques ont qualifié d’historique.

J’y étais invité au titre du service rendu au sein de Promesses d’Eglise, collectif de mouvements et associations de fidèles qui s’est lancé en 2018 à la suite de la lettre au Peuple de Dieu du pape François (la Communauté de l’Emmanuel est membre de collectif et, avec Faustine Carron, nous y sommes envoyés par les responsables de la communauté pour y servir au sein du comité de pilotage de ce collectif).

Je suis arrivé à Lourdes terrassé, tout-petit, mais motivé. Terrassé par l’ampleur des souffrances révélées par la CIASE : tant de souffrances indicibles, restées cachées, et pourtant si proches de nous. Tout-petit devant l’impératif d’une réponse à la hauteur de ce drame. Motivé par l’urgence d’une conversion et d’une transformation ecclésiale que le pape François appelle de ses vœux. Sans faire de grandes révélations, j’ai été touché de sentir le corps épiscopal vulnérable. Beaucoup ont été terrassés par l’ampleur des révélations. Beaucoup sont abattus et accablés par l’ampleur de la tâche. Beaucoup semblent aussi bien fatigués. Juste avant l’arrivée des invités, ils ont pu se parler entre eux en vérité dans un moment qui semble avoir été d’une particulière densité. « L’Esprit a soufflé » m’a glissé l’un d’eux.

Côté invités, les attentes et dispositions étaient très variées. Tous étaient très heureux de travailler avec les évêques mais une question nous animait tous : comment allions-nous pouvoir travailler à plus de 200 (environ 120 évêques et 120 invités) alors que nous ne nous connaissions pas encore ? Que pouvait-il sortir d’un temps de présence de moins de 24h et d’un temps de travail réduit à quelques heures ?

Au moment même où nous commencions notre premier déjeuner en commun, les évêques ont rendu publique une déclaration votée à l’unanimité des évêques contenant les 3 points suivants : l’institution de l’Eglise reconnaît sa responsabilité dans le drame des violences sexuelles révélées dans le rapport de la CIASE, affirme leur côté systémique au sein de l’Eglise et le devoir de justice et de réparation. Cette déclaration a été reçue très positivement par tous. A partir de ce constat désormais unanime et partagé, les temps d’échange et de travail ont pu se vivre dans une grande qualité d’écoute, avec une parole simple, franche et directe. Chacun a pu partager librement sa réaction au rapport de la CIASE et la manière dont il envisageait la suite à donner. De très nombreuses idées ont pu être proposées en réaction aux 45 recommandations de la CIASE.

Ces 24 heures se sont terminées par un temps mémoriel où les évêques se sont mis longuement à genoux en demandant pardon. Ce temps en présence de quelques personnes victimes a été très intense. Entourer les évêques et les victimes présentes, connues ou inconnues, m’a profondément ému. En paraphrasant Véronique Margron, se tenir au pied de la croix, à la porte des enfers là où le Christ seul peut aller chercher les morts pour les ramener à la vie. Des larmes et une prière fervente : « Seigneur, prends pitié de nous ! »

Que reste-t-il après ces 24 heures ? Une joie profonde et une forte espérance.

La joie tout d’abord de l’expérience fraternelle vécue tous ensemble. Nous étions des frères côte à côte, chacun dans sa mission, chacun dans son état de vie, mais des frères qui se parlent, qui s’écoutent, qui prient et qui réfléchissent ensemble. Une personne victime m’a confiée combien elle était consolée de voir les laïcs prendre leurs responsabilités avec les évêques. Certes il y avait de la frustration car les temps d’échanges formels et informels ont été beaucoup trop courts pour entamer un vrai travail. Il s’agissait juste d’une amorce. Mais ce temps a nourri une vraie fraternité et fait naître une réelle et forte envie d’avancer ensemble. Comment le ferons-nous ? Cela reste à construire dans les jours et semaines à venir. Mais l’envie est manifestement présente chez tous ! Je suis donc reparti, comme beaucoup d’invités, habité par cette espérance forte : « devant nous, tu as ouvert un passage » (Psaume 30, 9).

 

Témoignage de Samuel Kron et Pauline Gourrin

Avant : l’invitation chaotique

Samuel Kron

J’ai été invité il y a une dizaine de jours par la CEF par l’intermédiaire du père Vincent Breynaert, responsable de la pastorale des jeunes pour la CEF. Il a fallu changer tous mes plans mais je n’ai pas hésité longtemps à accepter cette invitation. Bien qu’honoré je suis demeuré perplexe devant le flou de l’invitation: à quel titre étais-je invité ? Jeune de la communauté de l’Emmanuel, évidemment, mais en quoi cela intéresse les évêques ? Et quel programme sur place ? Là aussi un vide. Je comprends entre les lignes qu’il s’agira de réagir et de s’exprimer au sujet du rapport Sauvé (ouf je me suis intéressé au sujet, j’ai lu le rapport, ect) mais c’est assez maigre… Vient ensuite la logistique de dernière minute, il s’agit de trouver rapidement un train – ils sont pris d’assaut – et de prier pour cela. J’essaie de rassembler quelques retours de jeunes de la communauté pour avoir une voix plus large mais l’initiative ne trouve pas réellement d’échos. Bref j’organise le pélé des jeunes de la communauté dans le Sud pour la Toussaint, j’enterre le sujet pour l’instant !

Pauline Gourrin

Prévenue moi aussi au dernier moment, je n’ai eu que quelques jours pour me préparer à cette rencontre à Lourdes. En apparence, rien n’est nouveau pour moi : je commence à bien connaître le fonctionnement de la conférence des évêques, après y avoir été bénévole l’année dernière (pour les chrétiens en grande école), et je me suis aussi déjà un peu plongée dans le rapport Sauvé. Et pourtant, l’ampleur de l’événement et la gravité de la situation me font me sentir toute petite, et même franchement inutile. En arrivant à Lourdes, je me sens concernée à double titre par le sujet des abus dans l’Eglise : d’une part par mes études de sociologie des religions qui me poussent à la lucidité face aux abus passés et présents dans l’Eglise ; et d’autre part parce que je suis portée depuis mon année à Rome par un amour profond pour l’Eglise, et un grand désir de la servir.

Préparation

Samuel

J’arrive à Lourdes après un magnifique moment communautaire à Aix, une belle mission dans la rue pour la Toussaint. Officiellement en récupération, je creuse le sujet de cette Assemblée Plénière. Il faut ouvrir l’œil pour trouver le programme dissimulé dans les nombreux mails envoyés à la dernière minute par la CEF. Nous aurons un temps d’échange d’1h30 par petits groupes avec des évêques pour aborder 2 points : Comment ai-je reçu le rapport de la CIASE ? Quels sont mes vœux pour la suite ? S’ensuivra un temps d’atelier sur différents chantiers des recommandations du rapport sans les évêques. Puis le lendemain une plénière pour échanger ensemble sur le retour des ateliers (plénière à plus de 200 personnes). Bon je ne sais pas trop quoi penser de tout ça mais je me dis qu’il me faut approfondir ce rapport. Je plonge dans le témoignage des victimes : j’y laisse des plumes. Et je relis le rapport et ces recommandations.

Arrivée

Samuel

C’est vendredi midi, je suis à l’accueil du bâtiment Notre Dame, on me donne un badge et une clef de chambre : rdv à 12h45 pour le déjeuner pris tous ensemble. Un peu timide, je tombe sur Faustine, une sœur de communauté, présente avec Promesse d’Église. Nous nous mettons à une table, bientôt rejoints par une autre « jeune » venue de Lyon et ni un ni deux mais trois évêques. Et voilà c’est parti on entre dans la découverte et l’échange.

Analyses

Samuel

Je m’arrête ici sur la narration pour me concentrer plus consciencieusement sur mes impressions.

• Mon premier point marquant, c’est que ces deux jours ont renouvelé ou peut-être plus exactement suscité un amour de l’Eglise et de ses évêques. Dans le sens où les échanges formels ou informels m’ont permis de rencontrer, d’écouter et de partager avec des frères en Christ. Je trouve qu’une fraternité m’a uni à eux. Je ne dirais plus « les évêques » de la même façon après avoir découvert des visages et des histoires.

• Mon second point marquant a été de comprendre (de manière directe ou indirecte) combien les évêques sont démunis pour ne pas dire perdus devant la tâche aujourd’hui devant eux. La réalité de chaque diocèse est différente, avec des enjeux et challenge nombreux et divers. Certains sont fatigués, certains ne savent pas comment ils pourraient faire plus que ce qu’ils font aujourd’hui. Autour du dîner certains (des jeunes évêques) m’ont avoué à demi-mot qu’ils se demandaient ce qu’ils faisaient là et pourquoi ils avaient accepté une telle charge… Prions pour nos évêques car ce sont des hommes qui n’ont bien souvent pas de solutions simples et miraculeuses pour des situations complexes.

• Mon troisième point marquant c’est une frustration. Frustration d’un manque de préparation autour de cette rencontre bien qu’elle soit historique. Certes c’est la première fois que les évêques « acceptaient » des laïcs dans de telles envergures (une centaine) dans les discussions de leur Assemblée et certains (laïcs) attendaient ça depuis longtemps. Cependant, hors dialogue et échange fraternel, j’ai été déçu du peu de concret dans les échanges sur la CIASE et ses conséquences. Il y a eu beaucoup de discussions, d’avis mais à mon sens aucun point concret, ne serait-ce que pour éclaircir les prochaines étapes à effectuer. J’ai l’impression d’être resté hors-sol, loin de la réalité palpable des victimes, de l’Eglise et de la société civile qui demandent des comptes aux évêques (à l’Eglise par leur biais évidement).

• Mon quatrième et dernier point marquant c’est l’espérance. Devant l’ampleur de la situation, nous ne pouvons faire l’économie de repenser notre façon de faire Eglise. Et il me semble que cela doit passer par un investissement sans précédent des laïcs dans les affaires d’Église. En ce sens, je ne peux m’empêcher de penser à la communion des états de vie qui marquent de nombreux projets communautaires et dont je peux témoigner la force et l’allant missionnaire qu’il apporte (au J2S notamment). Qu’il est bon de compter les uns sur les autres et d’agir ensemble avec nos qualités, compétences respectives. De plus, mon espérance a été fortifiée par les nombreux jeunes invités (comme moi au dernier moment) de lieux et mouvements différents. Chacun est venu par amour pour l’Eglise et a réaffirmé aux évêques que les jeunes n’attendent qu’à s’investir à leur côté pour bâtir une maison sûre à laquelle nous aspirons tous !

Pauline

Ce qui m’a marqué pendant les deux jours de travail :

• La simplicité des échanges avec les évêques : un évêque me parle de ses poules, un autre des défis de son diocèse rural, ou un autre me partage humblement sa détresse face au rapport de la CIASE et aux chantiers à venir. On les sent heureux de nous voir là, et cela me remplit d’une grande joie ! Les échanges se font de baptisés à baptisés, rassemblés autour du souci de faire de l’Église une « maison sûre ». Bien loin de la caricature de l’évêque agrippé à son pouvoir, ceux que je rencontre nous disent expressément leur besoin d’être entourés, soutenus, aidés. Cette proximité avec les évêques, qui restera pour moi un des grands fruits de cette rencontre, n’empêche pas une certaine lucidité sur le fait que, comme les laïcs, les évêques ne forment pas un groupe homogène : certains sont plus réticents, pas tous innocents de la situation actuelle …

• Paradoxalement, la communion est parfois plus difficile à vivre entre les laïcs invités, et je suis marquée par l’esprit de confrontation qui règne parfois dans les échanges. Certains arrivent avec des “agendas militants” tout prêts, d’autres avec l’idée constante d’une opposition : hommes face aux femmes, évêques face aux laïcs, jeunes face aux vieux. Je comprends mieux au fil des échanges le fin équilibre de la communion des états de vie et la nécessité que chacun trouve sa place dans l’Eglise : nous ne sommes pas là pour prendre la place des évêques mais bien pour creuser notre rôle spécifique de laïcs dans l’Eglise. Dans cette idée de communion et non de confrontation, le moment qui m’a le plus marqué a été la démarche pénitentielle que nous avons accomplie le samedi matin : cela a pour moi été très fort de me tenir aux côtés des évêques, à genoux avec eux, avant tout pour prier pour eux et invoquer ensemble la Miséricorde de Dieu.

• La nécessité d’une grande humilité et l’importance de la prière : personne n’a de solution toute faite aux situations actuelles et le travail en commun dans l’Église nécessite une conversion personnelle de chacun. La gravité et la complexité des sujets abordés m’a aussi fait prendre conscience de la nécessité redoublée de prier pour l’Eglise, ses pasteurs et les instances de décision. Les actions et décisions concrètes oui, mais bien avec le Seigneur dans l’objectif.

Conclusion

Les évêques ont reçu le message, la porte du dialogue qu’ils ont entrouverte ne demandent qu’à s’ouvrir encore plus largement. Il semble que seule l’Eglise dans son entièreté, laics et consacrés unis, pourra relever le défi mis en avant par le rapport Sauvé et les victimes d’abus. Mais la tâche et le défi reste immense, ne me vienne alors que les mots de la Sainte Vierge : « Comment cela va-t-il se faire ? ».

Pauline

Une chose est sûre, ces quelques jours à Lourdes ont renforcé mon amour profond de l’Eglise et de ses pasteurs, dans la lucidité de leurs faiblesses. Mon premier désir est à présent de redoubler de prière pour nos évêques, nos prêtres, et de leur témoigner de notre soutien fraternel. Ces deux jours m’ont aussi fait prendre conscience de l’importance de me former, en particulier en théologie, pour devenir une laïc sur laquelle l’Eglise puisse s’appuyer. Enfin, il me paraît plus que jamais essentiel aujourd’hui de partager l’amour de l’Eglise, pour que nous puissions dépasser les risques de division.

Déclaration du 5 novembre

Temps mémoriel du 6 novembre

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