La mémoire de gratitude d’Israël

Le peuple de Dieu n’a cessé de méditer son histoire sainte pour en chercher le sens, et c’est en faisant ce travail de mémoire dans la prière que s’est construite son espérance et son action de grâces. Jacques Fichefeux nous montre combien Dieu se révèle dans cet acte de mémoire priante.

 

Dans le désert du Sinaï vers l’an 1200 avant notre ère.

Il fait nuit et le ciel brille d’une multitude d’étoiles. Autour d’un feu, des Hébreux partagent leurs inquiétudes, leurs espoirs. Ils ont quitté l’Egypte et l’esclavage, mais ils vivent et se déplacent depuis plusieurs années dans ce désert. Ils ont connu des moments de découragement, de faim et de soif. Certes Dieu leur a donné à manger et à boire, avec le pain de la manne, les cailles tombées du ciel et l’eau jaillie du rocher. Mais de quoi sera fait demain ?

Alors les plus anciens racontent ces histoires qu’ils ont toujours entendues et qu’ils retiennent au plus profond de leur cœur :

« Souvenez-vous. C’est Dieu qui a créé le ciel, la terre et les étoiles. Ce même Dieu a parlé il y a très longtemps à un chef de tribu qui s’appelait Abraham. Abraham était vieux et n’avait pas de descendance car sa femme était stérile. Et ce Dieu, tout puissant et bienveillant, lui a donné un fils. Il lui a promis une descendance nombreuse et une terre où il aurait des pâturages abondants pour ses troupeaux. C’est un petit-fils d’Abraham, Jacob qui a eu douze fils, chefs des douze tribus qui sont venues s’installer en Egypte. Et aujourd’hui ce Dieu nous a libérés de l’esclavage et nous a envoyés Moïse pour retourner dans cette Terre promise où coulent le lait et le miel. »

Toutes ces histoires montraient que Dieu est toujours fidèle et qu’il accomplit ce qu’il promet. Et, ce soir là chacun peut s’endormir en confiance.

 

A Jérusalem, sous les colonnades du Temple vers 940 avant notre ère.

Il y a à peu près deux cents ans que les douze tribus d’Israël ont franchi le Jourdain et se sont installées sur la terre de Canaan, cette terre promise par Dieu à leurs ancêtres. Deux cents ans marqués par des jeux d’alliances ou de rivalités, qui ont conduit à une installation désordonnée, où chacun a tenté de trouver sa place face à des occupants déjà en place et parfois hostiles. Mais maintenant, l’unité semble faite autour d’un roi, Salomon, et d’une ville, Jérusalem. Salomon est le fils du grand roi David, reconnu pour sa sagesse et qui vient d’inaugurer ce temple qui fait l’admiration de tous. Un pharisien, venu offrir son offrande et un lévite, chargé de servir l’autel, et quelques anciens qui se chauffent au soleil, discutent. Ils s’émerveillent devant tant de beauté, signe éclatant de la grandeur d’Israël. Mais ils s’inquiètent aussi car Salomon a épousé une païenne, il accueille la reine de Saba, et autorise le culte des idoles. Ne serait-il pas en train de s’éloigner du Dieu d’Israël ? Alors un ancien raconte.

« Souvenez vous. Cette sagesse c’est Dieu qui l’a donnée à l’homme en le créant à son image. La beauté et l’harmonie de ce temple ne font que refléter la beauté de la création faite par Dieu. Ainsi Salomon nous rappelle que Dieu a créé l’homme semblable à lui, à son image et lui a donné tout pouvoir pour gouverner l’univers. Mais l’homme a voulu s’emparer de ce pouvoir et ne plus le recevoir de Dieu, et il a perdu son amitié avec Dieu. Mais à cette infidélité de l’homme, Dieu a répondu par une alliance. Alliance scellée avec Noé après le déluge, renouvelée avec notre Père Abraham. Alliance manifestée à nos anciens parents qui ont été libérés de l’esclavage. Ce Dieu fidèle a donné à Israël la terre promise, Il lui a accordé un roi et il demeure maintenant dans son Temple. Si le roi vient à manquer, lui, Dieu, reste fidèle »

Il montrait ainsi que Dieu a toujours marché avec son peuple, que c’est Lui le roi et que c’est en Lui – Lui qui donne aux hommes le pouvoir d’être roi – qu’il faut mettre notre confiance car le Seigneur est toujours fidèle.

 

A Jérusalem, vers 580 avant notre ère.

Jérusalem est dévastée. Le temple de Salomon a été rasé par les Perses, et donc Dieu n’est plus au milieu de son peuple. Quelques femmes essaient de réparer les murailles ébréchées et les portes de la ville car tous les hommes en âge de travailler, ont été emmenés en déportation à Babylone. La peur et le découragement gagnent les cœurs.

Quelques déportés sont revenus. Ils racontent ce qu’ils ont vu : la grandeur de Babylone et de ses monuments, le faste des fêtes religieuses, la terreur qu’inspirent les fresques montrant le combat des ténèbres et de la lumière, la luxuriance des jardins. N’est-ce pas là le jardin d’Eden dont on parle aux veillées le soir ? Leurs Dieux ne seraient-ils pas plus puissants que le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob ? Dieu nous aurait-il oublié ? « Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous! » Ez 37 11.

C’est alors qu’un vieillard prend la parole:  » Souvenez-vous. Au commencement Dieu, le créateur de toute choses, créa le ciel et la terre… » Et il présente toute la beauté et l’ordre de cette création, où il n’y a pas place pour un combat entre Dieu et le mal. Dieu a tout fait et ce qu’il a fait est beau et bon. Il raconte comment Dieu a placé l’homme au sommet de la création et comment le péché est entré dans le cœur de l’homme et avec le péché la guerre, la défiance vis à vis de Dieu. Comment Dieu a décidé d’entreprendre la reconquête du cœur de l’homme. Ce Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui a sorti nos ancêtres les Hébreux de l’esclavage, les a conduits en terre Promise, marchant au milieu d’eux. Ce Dieu est un Dieu puissant. Il est le seul vrai Dieu, l’Unique, « lent à la colère et plein d’amour ».

Et Dieu se souvient toujours de son alliance.

Une femme murmure : »Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse. Tes bâtisseurs se hâtent, ceux qui te détruisent et te ravagent vont s’en aller. » Is 49,15-17

Puis un autre ancien continue : « Souvenez-vous. Le prêtre Ezéchiel qui célébrait dans ce temple et qui a été déporté à Babylone, ne nous a t’il pas dit:  » Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. » Ez 26-28

Aujourd’hui nous sommes au milieu des ruines du temple. Mais rappelez vous ce jour où, assis à l’ombre des portiques, il nous décrivait un Temple encore plus beau, tel que Dieu le souhaite et d’où jaillit une source puissante qui alimente un torrent qui assainit et apporte la vie partout où Il passe » Ez. 47

Les auditeurs comprennent que si le Temple est détruit, Dieu est toujours à leur côté, et même dans leur coeur. Alors avec confiance et une énergie renouvelée chacun retourne au chantier de reconstruction.

Nous aussi, aujourd’hui, nous sommes tentés de nous décourager, de craindre le lendemain. Nous ne voyons plus la finalité de notre mission d’enseignant, dans un contexte scolaire qui se dégrade, et des choix pédagogiques contestables. Il en est ainsi de toute vie humaine, traversée de multiples épreuves suscitant trouble, doute, questionnement, découragement.

Alors que faire? Ces trois événements de l’histoire d’Israël que nous venons d’évoquer, manifestent la manière dont ces croyants réagissent: ils s’appuient sur la Parole de Dieu. Chaque fois qu’il se trouve confronté à une épreuve, Israël fait mémoire du passé, pour éclairer le présent et avancer avec confiance vers l’avenir. Cela va nous permettre, à nous aussi, chrétiens, de trouver l’attitude juste.

Dans le livre du Deutéronome, nous voyons comment Dieu forme son peuple en lui donnant des conseils de vie. Et l’un des conseils le plus souvent répétés, c’est: « Souviens toi ».

« Prends garde à toi : garde-toi de jamais oublier ce que tes yeux ont vu ; ne le laisse pas sortir de ton cœur un seul jour. Enseigne-le à tes fils, et aux fils de tes fils. » DT 4,9

« Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu. C’est pourquoi le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de célébrer le jour du sabbat. » DT 5 15

Car se souvenir de Dieu, de son alliance, de ses actions dans notre vie c’est une condition de vie. Si nous oublions Dieu est sa fidélité nous mourrons.

« Souviens-toi du Seigneur ton Dieu : car c’est lui qui t’a donné la force d’acquérir cette richesse, en confirmant ainsi 6l’Alliance qu’il avait jurée à tes pères, comme on le voit aujourd’hui. Si jamais tu en viens à oublier le Seigneur ton Dieu, si tu suis d’autres dieux, si tu les sers et si tu te prosternes devant eux – je l’atteste aujourd’hui contre vous – à coup sûr vous périrez : comme les nations que le Seigneur aura fait périr devant vous, ainsi vous périrez, pour n’avoir pas écouté la voix du Seigneur votre Dieu. » DT 8, 18-20

C’est pour cela que dans ces trois moments d’épreuves d’Israël, se trouve toujours un ancien qui se souvient.

Reprenons ces trois moments pour en tirer toutes les leçons.

Dans la première situation évoquée, nous voyons que les hébreux qui marchent dans le désert se laissent envahir par leurs sentiments. Ils ont faim et ils regrettent les oignons d’Egypte, oubliant qu’ils étaient alors esclaves. Ils doutent de la promesse de Dieu de les conduire en Terre promise. Face à ces impressions, ces sentiments qui agitent notre cœur, il nous est demandé de nous appuyer sur l’objectivité de l’œuvre de Dieu pour nous. Ce Dieu dont on doute c’est le Dieu créateur, qui est maître de l’univers, C’est le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu de l’alliance.

Dans le deuxième événement, nous sommes confrontés à une situation classique. Tout va bien, apparemment c’est la réussite complète et l’homme, aussi sage que soit Salomon, pense que cela est dû à ses propres capacités, son intelligence, son habileté. Et là on oublie Dieu, et la vocation pour laquelle il nous a créés.

 » Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit: « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. » Gn 1, 27-28

Cette Parole nous fait nous souvenir à la fois de notre origine, tout homme est créé par Dieu, mais aussi notre finalité : devenir semblable à notre créateur pour demeurer avec Lui dans un dialogue éternel d’amitié.

C’est vraisemblablement la plus grande tentation de l’homme contemporain que d’occulter la vérité sur sa vocation.

Enfin vient la troisième situation. Le peuple d’Israël est confronté à une terrible épreuve: Jérusalem a été détruite, le temple est rasé, une grande partie de la population se trouve déportée à Babylone. Dieu est-il vraiment le Tout-Puissant? Demeure t-il toujours avec nous puisque le temple a disparu ?

Et c’est alors qu’Israël prend conscience que Dieu lui-même se souvient. Dieu ne nous oublie jamais.

« Souviens-toi de ceci, Jacob : toi, Israël, tu es mon serviteur. Je t’ai façonné, tu es pour moi un serviteur, Israël, je ne t’oublierai pas ! » IS 44,21

Ainsi, faire mémoire, se souvenir des œuvres de Dieu, c’est grandir dans notre vocation d’être à son image. Dieu se souvient de toutes nos petites « BA ». Dieu ne se souvient pas du mal, car « Dieu est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour; elle n’est pas jusqu’à la fin, sa querelle, elle n’est pas pour toujours, sa rancune; il ne nous traite pas selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. « Ps 103:8-10

Faire mémoire de cette éternelle tendresse de Dieu, c’est pour nous une force très puissante. Car si le temple s’écroule, si la vérité est bafouée par le monde, nous savons qu’Il demeure au plus profond de notre cœur.

Il est des situations où nous ne sommes plus en mesure de faire mémoire, car l’immédiateté de l’épreuve nous submerge. C’est pour cela que Jésus nous a envoyé l’Esprit-Saint, le Consolateur et le Défenseur.

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » Jn 14, 28

 

Je conclurai par cette Parole du prophète Isaïe:

« Écoutez-moi, maison de Jacob, tout ce qui reste de la maison d’Israël, vous qui êtes pris en charge dès avant la naissance et portés dès le sein maternel : jusqu’à votre vieillesse, moi, Je suis ; jusqu’à vos cheveux blancs, je vous soutiendrai. Moi, j’ai agi, c’est moi qui porterai, moi qui soutiendrai et délivrerai. Rappelez-vous cela et soyez fermes ! Révoltés, prêtez-y attention !  Rappelez-vous les événements passés, ceux de jadis, car je suis Dieu, il n’en est pas d’autre, il n’est de Dieu que moi ! Dès le commencement, j’annonce la fin, et depuis longtemps, ce qui n’est pas accompli. Je dis : « Mon 9projet tiendra ; tout mon désir, je l’accomplirai. » IS 46, 3-4, 8-10

Cette Parole nous rappelle qu’il y a un plan de Dieu sur le monde et sur chaque homme et que Dieu l’accomplit. C’est en Jésus son Fils, que cette victoire sur toute forme de mort a été réalisée définitivement. Notre difficulté majeure, c’est de l’oublier, ou de nous trouver dans un contexte où ce plan du salut de Dieu est occulté, ignoré.

Le chemin du chrétien est toujours un chemin pascal, où du cœur de l’épreuve surgit la lumière de la résurrection et la victoire du Christ.

Notre seule réponse, c’est l’espérance et la confiance. Espérance, car ce projet de salut a été totalement accompli par l’offrande de Jésus sur la croix, et confiance dans son amour inconditionnel pour chacun de nous.

 

Jacques Fichefeux

 

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