Marie-Hélène Lafage – « Faisons bouger les choses ensemble ! »

Cet article fait partie du dossier thématique :Laudato si,
un nouvel art de vivre ? →

Quels nouveaux modes de consommation et quelles nouvelles relations voulons-nous développer avec les personnes et avec notre environnement, y compris tout proche ?

Propos recueillis par LAURENCE DE LOUVENCOURT

L’INVITÉE

MH LafageMarie-Hélène Lafage est consultante en transition écologique auprès des collectivités territoriales. Elle a créé un institut de formation, l’Institut Transitions (instituttransitions.org), qui a ouvert ses portes en septembre 2020 et qui vise à accompagner les personnes souhaitant évoluer professionnellement vers un métier au service de la transition écologique. Cofondatrice du Café le Simone (à Lyon), Marie-Hélène y a créé les ateliers Laudato Si’ en actes, appelés à se démultiplier. C’est pourquoi elle vient de publier Laudato Si’ en actes, petit guide de conversion écologique (éditions Première Partie), qui vise à expliquer et diffuser cette expérience. Elle est membre du conseil d’administration des scouts et guides de France.

On entend de plus en plus parler de sobriété heureuse. Est-ce autre chose qu’une tendance actuelle “branchée” ?

Pour une part, on peut l’identifier comme la réaction de toute une génération aux modes de vie proposés dans notre société de consommation. Aujourd’hui on voit émerger fortement une volonté de vivre plus simplement et une prise de conscience des effets environnementaux et sociaux de ces modes de vie. Certains par exemple s’orientent vers le minimalisme, c’est-à-dire qu’ils font le choix radical de vivre avec beaucoup moins de choses. « Moins de biens, plus de liens », écrivait en 2008 la sociologue Émeline De Bouver pour qualifier ce mouvement de simplicité volontaire. Cette notion de sobriété (qui renvoie les chrétiens à la pauvreté évangélique) a été démocratisée en France par Pierre Rabhi et a rencontré un écho important. Mais le discours sur l’écologie ne peut pas tourner uniquement autour de la sobriété, sans quoi on court le risque de ne plus s’adresser qu’à la partie la plus favorisée de la population, à des personnes qui ont en quelque sorte les moyens de changer de mode de vie. Aussi, je crois qu’il est important de revenir à l’essence même de la sobriété, qui est une manière d’être autrement en relation à soi, à l’autre et au monde, dans l’esprit de Laudato si’. Cela consiste à se demander ce qui est fondamental et accessoire, à prendre conscience des impacts sociaux et environnementaux de nos modes de vie, des modes de fabrication. L’objet me relie à de nombreuses personnes. Mais nous sommes appelés à aller encore plus loin en nous demandant quels nouveaux modes de consommation, quelles nouvelles relations nous voulons développer, avec les personnes et avec notre environnement, y compris proche. Une réponse concrète peut être par exemple de lancer une AMAP. Cela consiste à mettre en place un réseau d’approvisionnement dans son quartier en lien direct avec des producteurs. D’autres modes de relation se créent ainsi autour de nous, qui comportent une dimension sociale, une possibilité d’inclure les plus démunis. On sort ainsi d’une conception purement individuelle de changement des modes de vie.

Cette dimension communautaire de la conversion écologique est-elle abordée dans Laudato Si’ ?

Tout à fait. Le pape François souligne le fait que les changements de société nécessaires face à l’urgence écologique appellent l’action collective et donc, une “conversion communautaire”. En d’autres termes, il ne s’agit pas uniquement de se dire, plutôt que d’acheter tel produit, je vais acheter tel autre, mais de se demander : comment est-ce que j’habite mon environnement, quel type de relations je noue avec les autres pour faire bouger les choses ensemble ? Car derrière la consommation, il y a toujours la relation. Or si notre recherche de plus de sobriété ne comporte aucune dimension collective, nous risquons dans le même temps de laisser de côté la dimension sociale de la conversion écologique. Par exemple en lançant une AMAP, on a d’emblée le souci que l’agriculteur vive dignement de son travail, on crée des rencontres autour de ce qu’on mange ; on s’ouvre aussi à d’autres personnes : paniers solidaires pour des personnes en situation de précarité, récupération de paniers non distribués au profit d’associations caritatives locales pour des personnes en difficulté, etc. À travers une simple initiative locale, on peut déjà avoir un impact social réel. Cette dimension communautaire de la conversion écologique est fondamentale.

Ce qui n’enlève rien à l’importance de la dimension individuelle d’un nécessaire changement de mode de vie…

Bien sûr ! Car nous interroger et remettre en cause notre façon de consommer, de vivre au quotidien les relations à l’aune de la sobriété et de la conversion écologique nous amène finalement à entrer dans un « style de vie » renouvelé, dit le pape François, un mode de vie plus juste et plus digne. À certains moments, on peut en effet être tenté de se dire : « Pourquoi faire un effort sur ma consommation ? Quel sens cela a-t-il ? De toute façon, cela ne va pas changer la face du monde ! C’est complètement stupide. » Mais si c’était d’abord une question de cohérence de vie et de respect de la dignité humaine ? Car en ayant un mode de vie qui méprise nos limites, la création, la relation à l’autre, où est la cohérence de notre vie, et de notre vie chrétienne, à la lumière de l’Évangile ? « Le développement de ces comportements nous redonne le sentiment de notre propre dignité, il nous porte à une plus grande profondeur de vie », nous dit le pape (Laudato si’, 212). ¨

LAUDATO SI’ EN ACTES

« À travers la conversion écologique, nous avons, nous chrétiens, à vivre un véritable bouleversement de notre relation à Dieu, à soi, à l’autre et à la création. Et cette conversion embarque toute notre foi. Comment le vivons-nous ensemble, en Église ? Si finalement la crise écologique est d’abord un appel à être plus chrétien, à un renouvellement de notre relation à Dieu, à soi, aux autres et à la création, on a quelque chose à vivre dans l’Église aussi. D’où les ateliers Laudato Si’ en actes que nous avons lancés au Café Simone (Lyon). L’idée est de vivre ensemble entre chrétiens ce bouleversement intérieur pour ensuite, faire des choses ensemble. Monter une AMAP, organiser un vide-dressing, tout le monde peut le faire. Il s’agit donc d’ancrer cette démarche dans la foi, et à travers toutes ces communautés de foi qui existent partout (paroisses, etc.). Ces espaces sont à investir. Ces groupes ont des terrains, des locaux où les personnes peuvent porter une transformation. » Marie-Hélène Lafage Dans son livre, Marie-Hélène présente une méthodologie complète de la conversion écologique à vivre à plusieurs : groupes paroissiaux, aumôneries étudiantes, équipes de couples, communautés religieuses et même groupes informels de quartier… Le lecteur individuel peut aussi y trouver une invitation à franchir le pas de la conversion écologique et à créer un groupe pour traduire Laudato si’ en actes.

Laudato Si’ en actes
Petit guide de conversion écologique
Éditions Première Partie

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