L’eucharistie, une Pentecôte continuelle

L’eucharistie est un lieu habituel d’effusion de l’Esprit Saint. C’est ce que Jean-Luc Moens a pris le temps d’expliquer lors de son intervention au Congrès eucharistique mondial qui s’est déroulé du 5 au 12 septembre 2021 à Budapest. Retrouvez la vidéo et le texte de son enseignement.

L’eucharistie, une Pentecôte continuelle

Le Congrès Eucharistique Mondial

Le 52ème Congrès Eucharistique International a eu lieu du 5 au 12 septembre 2021 à Budapest, en Hongrie. Cette semaine de célébration, avec ses conférences, messes, adorations eucharistiques et processions ainsi que diverses activités spirituelles et culturelles, vise à approfondir la connaissance et la vénération de l’Eucharistie, précieux trésor de la foi chrétienne. Ce congrès est “un acte de réflexion et un acte de dévotion. Il s’agit de parler de l’Eucharistie, de comprendre les enjeux de l’Eucharistie dans la société contemporaine, et en même temps, de manifester par la célébration eucharistique et par la procession, une dévotion à l’égard de l’hostie consacrée” explique Christian Sorrel, membre du Comité pontifical des sciences historiques. Le congrès a été clôturé par une messe présidée par le Pape François sur la place des Héros de la capitale.

Chaine vidéo du Congrès Eucharistique International

L’eucharistie est une Pentecôte continuelle où l’Esprit Saint envoyé par le Père réalise le miracle de la transsubstantiation, la transformation du pain et du vin en Corps et Sang de Jésus Christ. Lorsque nous communions, affirme saint Jean-Paul II, « le Christ nous communique aussi son Esprit » (Ecclesia de Eucharistia, § 17). Lorsque nous mangeons le Corps du Christ, confirme saint Ephrem, nous mangeons avec lui l’Esprit Saint. Chaque eucharistie est donc une effusion de l’Esprit Saint. Il est important de le découvrir pour pouvoir le vivre pleinement et, dans la foi, nous laisser transformer par l’Esprit. Si, comme le disait saint Séraphin de Sarov, « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint Esprit de Dieu », alors l’eucharistie est un lieu privilégié pour accomplir notre vocation.

 

  1. Pas de sacrements sans Esprit Saint

Pour commencer ce carrefour sur l’eucharistie et l’Esprit Saint, il me paraît important de souligner que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans tous les sacrements. Ceux-ci sont le moyen habituel imaginé par Dieu de toute éternité pour nous remplir de son Esprit – l’Esprit qui nous purifie et nous divinise. Le signe que la liturgie nous donne de cette action de l’Esprit Saint dans les sacrements est ce qu’on appelle l’épiclèse (du grec klésis-appel et épi-sur : appeler l’Esprit Saint sur…). Tout sacrement comporte une ou plusieurs épiclèses, souvent accompagnées de l’imposition des mains qui rappelle le geste que Jésus faisait lorsqu’il priait pour les malades. Cette imposition des mains est bien visible lors d’une confirmation ou d’une ordination – diaconale, presbytérale ou épiscopale. Elle existe aussi, plus discrète, dans le baptême, la confession, le mariage ou le sacrement des malades. Par exemple, avant de donner l’absolution à une personne qui se confesse, le prêtre étend la main au-dessus de sa tête pour bien montrer que la purification de son cœur va s’opérer par une nouvelle descente en elle de l’Esprit-Saint. De même, après avoir été témoin de leur engagement définitif, le prêtre étend les mains sur les nouveaux mariés afin qu’ils puissent s’aimer l’un l’autre avec la force et la douceur de l’Esprit.

Dans le cas de l’eucharistie, on distingue plusieurs épiclèses.

 

  1. Eucharistie et Esprit Saint
  • La première épiclèse de l’eucharistie

Pour illustrer la première épiclèse de l’eucharistie, je voudrais vous montrer une très courte vidéo prise à Lourdes le 7 novembre 1999. C’était au cours d’une messe présidée par Mgr Billé, qui était alors président de la conférence épiscopale française. Les concélébrants étaient le cardinal Lustiger et Mgr Eyt, ainsi que tous les évêques français.

Vous allez voir qu’au moment de la première épiclèse, c’est-à-dire quand Mgr Billé dit « sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit. Qu’elles deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus le Christ notre Seigneur » (Prière eucharistique II) : l’hostie se soulève dans l’air et se met à léviter. On la voit qui s’élève de quelques centimètres au-dessus de la patène. Elle reste ainsi de longues minutes. Les images ne sont pas truquées, les cameramen affirment avoir filmé le phénomène !

Projection de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=W5mtad02Op4

Ce que nous venons de voir dans cette courte vidéo n’est pas répertorié comme un miracle eucharistique car l’Église ne s’est pas prononcée officiellement sur ce phénomène. Mais nous pouvons néanmoins considérer ce que nous avons vu comme un signe. C’est le signe de la présence de l’Esprit au moment de la première épiclèse de la messe quand le célébrant dit en imposant les mains sur le pain et le vin : « sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ». C’est l’Esprit Saint envoyé par le Père qui réalise le miracle de la transformation du pain et du vin en Corps et Sang de Jésus. Il est intéressant de noter que pour les Orientaux, la transsubstantiation se réalise justement lors de cette épiclèse, tandis que pour la liturgie latine, c’est plutôt au moment où le prêtre prononce les paroles du Christ : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang ».

  • La seconde épiclèse de l’eucharistie : une offrande de gloire

Il y a aussi, dans chaque eucharistie, une seconde épiclèse moins visible car elle n’est pas accompagnée d’un geste du prêtre comme l’est la première où il impose les mains sur le pain et le vin. Voici, par exemple, la double épiclèse de la Prière eucharistique III :

Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ.

Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire.

L’œuvre de l’Esprit Saint est de créer la communion, l’unité du Corps mystique de l’Église, de faire de nous un seul corps. Il nous donne aussi la possibilité de nous offrir au Père en sacrifice d’action de grâce par Jésus, avec lui et en lui comme le proclame la Doxologie finale pour devenir une éternelle offrande de gloire, ce qui se réalisera pleinement au ciel. Dans chaque eucharistie, l’Esprit Saint nous donne donc un avant-goût du ciel en nous unissant et en nous permettant d’être des offrandes à la gloire du Père.

Je ne sais pas si nous sommes assez conscients de ce travail d’unité et de communion que l’Esprit Saint réalise à chaque eucharistie. Dans notre société individualiste, nous avons peut-être un peu tendance à vivre l’eucharistie d’une manière trop exclusivement individuelle : « mon » Jésus et moi. La relation personnelle que nous pouvons avoir avec Jésus est évidemment souhaitable et bonne. Cependant nous sommes parfois tellement focalisés sur le fait que Jésus va se donner à nous dans son Corps et son Sang que nous pouvons oublier qu’il se donne aussi aux autres qui participent avec nous à l’eucharistie.

Je vous propose de faire une petite expérience toute simple à la prochaine eucharistie à laquelle vous participerez. À un certain moment, par exemple au baiser ou signe de paix, regardez les personnes autour de vous en faisant cette prière :

« Seigneur Esprit Saint, tu es en train de faire de nous tous, toutes ces personnes qui participent à cette eucharistie, un seul corps pour ta gloire ! Tu nous réunis ici pour vivre dans la communion un avant-goût du ciel. Là-haut, nous nous retrouverons et ce moment de communion que nous avons vécu aujourd’hui dans cette eucharistie sera porté à sa perfection pour l’éternité. Gloire à toi pour ton œuvre en nous tous ! »

  • Présence agissante de l’Esprit Saint

L’eucharistie est donc un des lieux par excellence où l’Esprit Saint est présent et agissant. Plusieurs mystiques ont expérimenté fortement la présence du feu de l’Esprit dans le sacrement de l’Eucharistie. Ainsi, par exemple, pendant l’eucharistie, Catherine de Sienne, docteur de l’Église, voyait l’autel entouré de flammes comme celles du buisson ardent et, au milieu du feu, l’Esprit Saint sous forme de colombe[1]. Lorsqu’elle recevait la communion, l’hostie lui semblait être un charbon ardent qui entrait en elle comme une étincelle de feu. Cette vision de Catherine confirme les affirmations de deux autres docteurs de l’Église, saint Jean Chrysostome et saint Jean Damascène.

« Ce n’est pas le prêtre qui fait quelque chose, mais c’est la grâce de l’Esprit qui jaillit en lui, le couvre de ses ailes et accomplit le sacrifice mystique[2]. »

« Tu demandes comment le pain devient Corps du Christ, et le vin […] Sang du Christ ? Moi, je te dis : le Saint Esprit fait irruption et accomplit cela qui surpasse toute parole et toute pensée […]. Qu’il te suffise d’entendre que c’est par le Saint Esprit, de même que c’est de la Sainte Vierge et par le Saint Esprit que le Seigneur, par lui-même et en lui-même, assuma la chair[3]. »

L’analogie que fait Jean Damascène est intéressante : de même que l’Esprit Saint a engendré le corps du Fils unique dans le sein de Marie, de même il transforme le pain dans le Corps du Christ et le vin en son Sang. Ce sont deux mystères comparables. La différence est que le premier n’a eu lieu qu’une seule fois, le second se reproduit tous les jours sur tous les autels du monde entier.

L’Eucharistie est donc un des lieux où l’Esprit Saint travaille avec puissance, et donc aussi un lieu privilégié pour recevoir toujours davantage son feu, pour renouveler dans la foi le don que nous avons reçu au baptême et à la confirmation. On peut dire que l’eucharistie est une Pentecôte permanente, un lieu où non seulement nous recevons Jésus qui se donne à nous mais aussi son Esprit Saint qui l’accompagne. Saint Jean-Paul II insiste sur ce point dans l’encyclique Ecclesia de Eucharistia :

« À travers la communion à son corps et à son sang, le Christ nous communique aussi son Esprit. Saint Éphrem écrit : “Il appela le pain son corps vivant, il le remplit de lui-même et de son Esprit. […] Et celui qui le mange avec foi mange le Feu et l’Esprit […]. Prenez-en, mangez-en tous, et mangez avec lui l’Esprit Saint. C’est vraiment mon corps et celui qui le mange vivra éternellement.[4]” Dans l’épiclèse eucharistique, l’Église demande ce Don divin, source de tout autre don. On lit, par exemple, dans la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome : “Nous t’invoquons, nous te prions et nous te supplions : envoie ton Esprit Saint sur nous tous et sur ces dons, […] afin que ceux qui y prennent part obtiennent la purification de l’âme, la rémission des péchés et le don du Saint Esprit.[5] ” Et dans le Missel romain le célébrant demande : “Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ.[6] ” Ainsi, par le don de son corps et de son sang, le Christ fait grandir en nous le don de son Esprit, déjà reçu au Baptême et offert comme “sceau” dans le sacrement de la Confirmation[7]. »

Permettez-moi de souligner cette affirmation de saint Jean-Paul II : celui qui mange le corps du Christ mange aussi l’Esprit Saint. Jésus ne vient pas seul nous visiter. Il vient accompagné de l’Esprit Saint. Chaque communion est une effusion de l’Esprit Saint. Chaque eucharistie est une Pentecôte ! En recevant le corps du Christ, nous recevons aussi son Esprit. Peu de chrétiens, me semble-t-il, en sont conscients. Beaucoup d’entre nous se focalisent sur le don du Corps et du Sang de Jésus. Ils n’ont pas tort, évidemment. Mais il ne faut pas oublier l’Esprit Saint qui est donné en même temps. Il est donné, mais il faut aussi que nous l’accueillions ! Il me semble qu’à la communion et dans l’action de grâce qui la suit, il serait fructueux de prier aussi l’Esprit Saint, de lui faire de la place dans notre cœur, de nous laisser transformer par lui.

  1. Notre participation à l’œuvre de la grâce

Je viens de développer la beauté de l’eucharistie et de l’œuvre de l’Esprit Saint en elle. On peut se poser une question : pourquoi tant de baptisés ne sont pas sensibles à ce don, à cette grâce extraordinaires qu’est l’eucharistie ? On sait en effet que le pourcentage de chrétiens pratiquants parmi les baptisés est très faible. Avant, on définissait les pratiquants comme ceux qui allaient à la messe tous les dimanches. Maintenant, on appelle pratiquants ceux qui vont régulièrement à la messe, par exemple une fois par mois… Avec la pandémie de la Covid 19, il y a aussi une érosion du dernier carré de pratiquants. Dans ma paroisse qui est une paroisse dynamique avec beaucoup de jeunes familles, les prêtres souffrent. L’un d’eux me confiait qu’avec le lockdown, les gens ont pris l’habitude d’assister à la messe dominicale sur internet ; quand il a été possible de revenir à l’église, plusieurs ont refusé de revenir argumentant du fait que la messe virtuelle leur suffisait.

Comment expliquer ce manque d’intérêt de tant chrétiens pour le cadeau merveilleux que Jésus leur a fait de l’eucharistie ?

Pour répondre à cette question, je voudrais souligner deux choses :

  • Rappeler la doctrine catholique sur les sacrements ;
  • La nécessité de s’ouvrir davantage à l’Esprit Saint.

 

  • Rappel sur les sacrements

Les sacrements ne sont pas des rites magiques qui agiraient automatiquement sans que la personne qui les reçoit ne collabore. Pour avoir leur pleine efficacité, les sacrements nécessitent notre collaboration, notre ouverture, notre participation. Il s’agit donc d’une synergie entre la toute-puissance de Dieu et notre liberté humaine.

C’est pourquoi la théologie sacramentelle distingue l’action de Dieu et la réponse de l’homme. L’action de Dieu s’appelle opus operatum, l’action accomplie, et ce qui dépend de la liberté de l’homme s’appelle opus operantis, l’action à accomplir. Le CEC explique au numéro 1128 :

Les sacrements agissent ex opere operato (littéralement : « par le fait même que l’action est accomplie »), c’est-à-dire en vertu de l’œuvre salvifique du Christ, accomplie une fois pour toutes. Il s’en suit que « le sacrement n’est pas réalisé par la justice de l’homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu » (S. Thomas d’A., s. th. 3, 68, 8). […] Cependant, les fruits des sacrements dépendent aussi des dispositions de celui qui les reçoit.

Par exemple, si une personne reçoit le sacrement de mariage ou de l’ordre en état de péché mortel, elle ne peut recevoir aucune grâce de ces sacrements. Mais si elle se convertit, si elle se confesse, alors les sacrements reçus sont comme réactivés, ils peuvent se déployer sans obstacle et apporter les grâces qu’ils contiennent car Dieu est fidèle et il ne reprend pas ses dons. Cet exemple montre bien que l’efficacité des sacrements dépend du récepteur, même si Dieu agit toujours pleinement dans le sacrement.

Pour le baptême aussi, la participation active de celui qui reçoit le sacrement joue un rôle. Pour celui des petits enfants, c’est la foi des parents, des parrain et marraine qui permet au sacrement de se réaliser pleinement. C’est ainsi que, dans le baptême, le petit enfant est sauvé du péché originel, reçoit le don des vertus théologales (foi, espérance et charité) et devient enfant de Dieu. Ceci se réalise par l’action efficace de l’Esprit Saint. Mais il est clair que l’enfant va devoir s’approprier les dons reçus, essentiellement par sa foi personnelle. C’est pourquoi on dit que le baptême est un sacrement « lié », dans le sens où son fruit peut ne pas être pleinement vécu par le baptisé. Mais il ne tient qu’à lui de demander la grâce de libérer totalement les dons reçus pour vivre pleinement de son baptême.

Il en est de même dans l’eucharistie. Lors de la première épiclèse, la transformation accomplie par l’Esprit Saint du pain et du vin en Corps et Sang de Jésus Christ ne dépend ni de la sainteté du prêtre ni de la réponse des fidèles qui y participent. Elle est l’œuvre de Dieu. L’hostie et le vin consacrés sont bien le Corps et le Sang du Christ indépendamment de la foi de l’assemblée. Par contre, l’accomplissement de la seconde épiclèse est fonction du cœur des fidèles qui participent à l’eucharistie. Sont-ils prêts à s’offrir pour devenir un seul corps et une offrande éternelle à la gloire du Père ?

La question porte donc sur la réception que les fidèles vont faire du don que l’Esprit Saint leur fait dans l’eucharistie. C’est pourquoi saint Paul nous met en garde :

Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps. (1 Co 11, 27-29)

Les paroles de Paul sont très fortes ! Si nous participons à l’eucharistie indignement, par exemple en état de péché mortel ou bien sans avoir la foi dans la présence réelle (discerner le Corps… du Christ), nous mangeons et buvons notre propre condamnation.

Je ne veux pas vous faire peur avec ces paroles de Paul ni vous rendre scrupuleux au point d’hésiter à recevoir le don de l’eucharistie. Jésus brûle toujours du désir de se donner à nous dans son eucharistie, et il sait que nous sommes faibles et pécheurs. Je désire simplement souligner que notre liberté est impliquée dans notre manière de Le recevoir. Et il est toujours possible de progresser en ce domaine. Un des moyens qui nous est offert est de nous ouvrir davantage à l’Esprit Saint. Comme l’eucharistie est l’œuvre de l’Esprit Saint, c’est aussi lui qui peut nous aider à y participer toujours plus dignement. C’est mon point suivant.

 

  • S’ouvrir à l’Esprit Saint

Je suis convaincu que si beaucoup de chrétiens n’ont pas pris conscience de la beauté extraordinaire de l’eucharistie, c’est parce qu’ils n’ont pas non plus découvert l’Esprit Saint comme une personne agissante dans leur vie. Je peux témoigner que, pour ma part, c’est cette découverte qui a fait de moi un amoureux de l’eucharistie que je désire vivre tous les jours et pas seulement le dimanche.

Je suis né dans une famille chrétienne, en tout cas ma mère était une pratiquante convaincue. Elle m’a appris à prier. Elle m’a emmené chaque dimanche à la messe. Je suis allé dans une école catholique dont le directeur, un saint prêtre, était un amoureux de l’Esprit Saint. C’est lui qui m’a préparé au sacrement de confirmation.

J’ai donc toujours été un chrétien pratiquant, mais pendant mon adolescence, j’avais plein de questions sur l’existence de Dieu et sur Jésus. Cela ne m’empêchait pas de continuer d’aller à la messe tous les dimanches, ce qui – je crois – a été une grande grâce.

Quand j’ai rencontré celle qui devait devenir ma femme, elle m’a emmené dans sa paroisse et c’est là que j’ai découvert de Renouveau Charismatique qui était à ses tout débuts. Après pas mal de résistances, j’ai décidé de demander la prière pour le baptême dans l’Esprit qu’on appelle aussi effusion de l’Esprit. Il s’agit d’une expérience qui consiste à vivre pleinement des grâces de son baptême. Dans beaucoup de cas, nous ne vivons pas pleinement des grâces reçues à notre baptême. C’est un peu comme si nous avions une magnifique cave à vin, mais que jamais nous n’y descendions pour boire les bouteilles. Le baptême dans l’Esprit consiste à descendre dans sa cave et commencer à boire les bouteilles, autrement dit à vivre pleinement des dons que nous avons reçus à notre baptême et nous laisser guider de manière nouvelle par l’Esprit Saint.

Après avoir reçu cette effusion de l’Esprit, ma vie a commencé à changer peu à peu. Tout d’abord, Jésus est devenu une personne vivante dans ma vie. J’avais envie de l’écouter, de lui parler, de le prier. Du coup, la Bible – la Parole de Dieu – est devenue centrale dans ma vie. Avec tout cela, les sacrements sont devenus vraiment des sources vitales pour moi. Comme c’est l’Esprit Saint qui agit dans les sacrements, et spécialement comme nous l’avons vu dans l’eucharistie, il n’est pas étonnant qu’en m’ouvrant davantage à cet Esprit, les sacrements ont comme changé de couleur : ils sont devenus pour moi de vrais lieux de rencontre avec le Christ ressuscité. Telle est l’œuvre de l’Esprit Saint.

Je vous raconte ce témoignage parce que je suis convaincu que la clé d’une vraie dévotion eucharistique est l’ouverture à l’Esprit Saint. C’est l’Esprit Saint qui est à l’œuvre dans l’eucharistie, c’est lui – comme nous l’avons vu – qui transforme le pain et le vin en Corps et Sang de Jésus Christ. Il est logique de penser que c’est aussi lui qui peut nous aider à en découvrir toutes les richesses cachées.

Ne croyez pas que j’absolutise une expérience personnelle. Nous sommes 120 millions de catholiques à avoir fait cette expérience du baptême dans l’Esprit. Notre pape François a lui aussi découvert cette grâce. Il a demandé à de multiples reprises à ceux qui avaient fait cette expérience de la diffuser dans toute l’Église. Voici un exemple de cette demande qu’il a faite la veille de la Pentecôte 2019 lors du lancement de CHARIS, le nouveau service qu’il a voulu pour le Renouveau Charismatique Catholique :

Vous m’avez demandé de vous dire ce qu’attendent le Pape et l’Église de ce nouveau service, de CHARIS et de tout le Renouveau charismatique. […] Ce que le Pape attend de vous: que ce mouvement partage le baptême dans l’Esprit avec tout le monde dans l’Église. C’est la grâce que vous avez reçue. Partagez-la ! Ne la gardez pas pour vous! (8 juin 2019)

Plus récemment, le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de Maison pontificale et assistant ecclésiastique de CHARIS, a commenté cette demande du pape devant toute la curie romaine. Il disait[8] :

L’une des façons dont se manifeste de nos jours l’Esprit en dehors des canaux institutionnels de la grâce est ce qu’on appelle le « Baptême dans l’Esprit ». Je le mentionne ici sans aucune intention de prosélytisme, mais pour répondre à l’exhortation que le Pape François adresse souvent à tous ceux du Renouveau charismatique catholique de partager avec tout le peuple de Dieu ce « courant de grâce » que l’on vit dans le Baptême de l’Esprit.

L’expression « Baptême dans l’Esprit » vient de Jésus lui-même. Faisant référence à la Pentecôte toute proche, avant de monter au ciel, il a dit à ses Apôtres : « Alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours » (Ac 1, 5). C’est un rite qui n’a rien d’ésotérique, mais se compose plutôt de gestes d’une grande simplicité, calme et joie, accompagnés d’attitudes d’humilité, de repentir, de disponibilité à devenir des enfants.

C’est un renouveau et une actualisation non seulement du baptême et de la confirmation, mais de toute la vie chrétienne : pour les époux, du sacrement de mariage ; pour les prêtres, de leur ordination sacerdotale ; pour les personnes consacrées, de leur profession religieuse. La personne concernée s’y prépare, ainsi que par une bonne confession, en participant à des rencontres de catéchèse au cours desquelles elle est remise dans un contact vivant et joyeux avec les principales vérités et réalités de la foi : l’amour de Dieu, le péché, le salut, la vie nouvelle, la transformation dans le Christ, les charismes, les fruits de l’Esprit. Le fruit le plus fréquent et le plus important est la découverte de ce que signifie avoir « une relation personnelle » avec Jésus ressuscité et vivant.

Vous le voyez, cette expérience est simple et ouverte à tous

  • Quel que soit notre état de vie, marié, célibataire, religieux ou prêtre,
  • Quelle que soit la situation de notre vie spirituelle, commençant ou plus avancé,
  • Quel que soit notre âge, jeune ou vieux…

Pourquoi le pape François désire-t-il que le plus grand nombre de baptisés possible reçoive le baptême dans l’Esprit ? C’est parce qu’il a compris que cette expérience conduit celui qui l’a faite à vivre sa vie chrétienne de manière plus engagée, plus pleine, plus disponible à l’action de l’Esprit Saint dans le quotidien de sa vie. Il s’agit simplement de vivre pleinement des grâces reçues à notre baptême : de demander à l’Esprit Saint de délier ce qui reste encore lié dans ce sacrement. Et cela, c’est le rêve du pape pour chacun de nous : que nous soyons des chrétiens pleinement accomplis !

Le cardinal Cantalamessa a osé inviter toute la curie romaine à faire cette expérience, à recevoir cette effusion de l’Esprit :

Le « baptême dans l’Esprit » s’est révélé être un moyen simple et puissant de renouveler la vie de millions de croyants dans presque toutes les églises chrétiennes. On ne compte plus le nombre de personnes qui n’étaient chrétiennes que de nom et qui, grâce à cette expérience, sont devenues des chrétiens de fait, consacrés à la prière de louange et aux sacrements, actifs dans l’évangélisation et prêts à assumer des tâches pastorales dans la paroisse. Une véritable conversion de la tiédeur à la ferveur ! Il faudrait se dire ce qu’Augustin se répétait, presque avec indignation, en écoutant les histoires d’hommes et de femmes qui, à son époque, abandonnaient le monde pour se consacrer à Dieu : « Si isti et istae, cur non ego[9] ? … ». Si eux l’ont fait, pourquoi ne le ferais-je pas, moi aussi ?

Pourquoi pas moi ?

Pourquoi est-ce que je ne demanderais pas à l’Esprit Saint de prendre plus de place dans ma vie, de m’éclairer, de me guider, de m’aider ?

Saint Séraphin de Sarov, un saint orthodoxe, disait : « Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint Esprit de Dieu. » C’est le travail de toute une vie. Le don de Dieu n’est jamais épuisé. Dieu veut toujours se donner davantage. Quel que soit le stade où nous sommes arrivés dans notre vie spirituelle, l’Esprit Saint n’a pas fini son travail ; il veut se donner à nous sans limite. Et nous, sommes-nous prêts à le recevoir, à le laisser faire, à nous laisser brûler, consumer par son amour ?

 

  1. L’eucharistie, une Pentecôte continuelle

Si nous voulons grandir dans la connaissance de l’Esprit Saint, si nous désirons le recevoir toujours plus, nous pouvons demander à faire l’expérience du baptême dans l’Esprit dont parle le cardinal Raniero Cantalamessa en nous rapprochant d’un groupe de prière du Renouveau Charismatique. Mais il y a aussi un lieu particulièrement indiqué pour vivre cette nouvelle Pentecôte personnelle : l’eucharistie !

Comme je vous l’ai dit au début de cette intervention, l’eucharistie est une Pentecôte continuelle, un lieu privilégié de l’action de l’Esprit Saint. Alors, pourquoi ne pas décider de vivre désormais consciemment toutes nos eucharisties comme des effusions de l’Esprit Saint ? Dans chaque eucharistie, toutes les conditions sont réunies pour faire cette expérience :

  • La conversion personnelle avec la confession des péchés au début de la messe : nous demandons pardon humblement au Seigneur pour tous nos manquements, nos refus d’amour ;
  • L’écoute de la Parole où nous pouvons nous laisser enseigner par le Seigneur ;
  • L’offrande de nous-mêmes : à l’offertoire, nous pouvons exercer notre sacerdoce baptismal en offrant « nos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12, 1) ;
  • Au moment de l’épiclèse, demander à l’Esprit Saint de descendre aussi sur nous en même temps qu’« il sanctifie les offrandes » (Prière eucharistique II). Qu’il nous sanctifie, qu’il nous transforme, qu’il nous donne de brûler d’amour puisqu’il est l’Amour.
  • Au moment de la communion, recevoir le Corps du Christ où flambe l’Esprit, ou, comme l’a dit saint Éphrem, manger l’Esprit Saint[10]. Ici, l’action de grâce silencieuse est très importante ; elle nous permet de donner du temps à la grâce pour qu’elle se déploie en nous et porte tout le fruit que nous pouvons attendre de notre participation à l’eucharistie.

Je vous propose de vivre désormais chaque eucharistie de cette manière, dans une disponibilité totale à l’Esprit Saint. Que chaque eucharistie devienne pour vous une nouvelle Pentecôte personnelle. Je peux vous affirmer que cela va plaire à Jésus qui a désiré d’un grand désir nous donner son Esprit Saint. Mais cela va aussi transformer votre manière de vivre la communion eucharistique : l’Esprit Saint va vous apprendre à recevoir Jésus, vrai Dieu et vrai homme qui vient vous visiter.

Les choses ne s’arrêteront pas là. Si vous vivez chaque eucharistie comme une nouvelle Pentecôte, c’est toute votre vie qui va changer. Vous allez voir l’action de l’Esprit Saint se déployer avec force dans votre vie pour arriver au but que nous propose le Seigneur : la sainteté.

« À l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : “Vous serez saints, parce que moi, je suis saint.” » (1 P 1, 15-16).

L’Esprit Saint est saint et c’est lui qui fait les saints ! Laissons-nous faire par lui pour faire la joie du Père.

 

[1] Voir Tommaso di Antonio de Sienne, dit Caffarini, Legenda minor.

[2] Saint Jean Chrysostome, De Pentecoste, Hom. I, 4, PG 50, 458-459.

[3] Saint Jean Damascène cité par le CEC n°1106.

[4] Homélie IV pour la Semaine sainte ; CSCO 413/Syr. 182, 55.

[5] Anaphore.

[6] Prière eucharistique III.

[7] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 17.

[8] Première prédication de carême à la curie romaine, vendredi 26 février 2021.

[9] Saint Augustin, Confessions, VIII, 8, 19.

[10] Op. cit. dans saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 17.

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