Laïc franciscain au cœur du monde – Rencontre avec Michel Sauquet

Cet article fait partie du dossier thématique :Saint François d’Assise →

Michel Sauquet a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans le domaine de la coopération internationale et interculturelle et de la formation. Aujourd’hui à la retraite, il accompagne des associations dans leur réflexion sur l’interculturalité.

Il est vivant ! Comment avez-vous découvert saint François d’Assise ?

Vignette carree Sauquet IEVMichel Sauquet Comme beaucoup d’autres, je dois cette découverte à la lecture d’un petit livre d’Éloi Leclerc, frère mineur franciscain, Sagesse d’un Pauvre, publié en 1959. Je l’ai relu récemment, dans le très vieil exemplaire, usé jusqu’à la corde, que j’ai gardé précieusement, après l’avoir trimballé partout dans le monde. Je me souviens de l’effet lumineux qu’il avait eu au début des années 1960 sur l’adolescent un peu torturé que j’étais : un livre libérateur, comme libératrice fut ensuite ma rencontre en Éthiopie, une quinzaine d’années après, avec celle qui allait devenir mon épouse et m’entraîner à sa suite en France dans la fraternité laïque franciscaine à laquelle elle appartenait.

Comment s’est traduit votre engagement dans l’Ordre franciscain séculier (OFS) – ancien Tiers-ordre franciscain ?

Je dois avouer que pendant des décennies, j’ai été, dans cette fraternité, un peu tiède, un peu suiviste. Ce qui m’attirait dans la famille franciscaine, c’était surtout la manière de vivre et de raisonner des personnes rencontrées, ce détachement par rapport aux biens et à l’argent, cette humilité, cette simplicité et cet humour. Une famille dans laquelle personne ne cherche à se faire mousser. Mais je n’ai vraiment franchi le pas que sous l’influence de religieux franciscains et capucins particulièrement ouverts qui m’ont incité à étudier de près tout ce que saint François a écrit et ce qui a été écrit sur lui. Le coup de grâce a été, plus récemment, la demande qui m’a été faite de publier quelques livres autour du saint d’Assise de la part de plusieurs éditeurs (voir bibliographie). Là, plus moyen de reculer !

Peut-on vivre du charisme franciscain quand on est un laïc engagé au cœur du monde ? L’idéal de pauvreté par exemple.

Se côtoient dans l’OFS des personnes de statut social et pécuniaire très divers, qui se considèrent moins comme propriétaires de leurs biens que comme gestionnaires en vue de l’intérêt commun. Vivre à la franciscaine, c’est être accueillant et généreux, savoir donner ou prêter sans perdre la paix de l’âme pour un appartement sali, une aile de voiture abîmée, une créance pendante… C’est aller aussi vers un mode de consommation qui tienne compte des empreintes écologiques et sociales, repenser la nature de nos besoins, distinguer l’essentiel de l’accessoire, faire le tri entre le nécessaire vital et le superflu induit par des messages publicitaires aliénants. Tout cela, c’est possible pour des laïcs et n’implique pas de s’enfermer dans un ermitage. Mais la pauvreté franciscaine suppose une autre désappropriation que matérielle : celle de l’ego, de la volonté propre et du pouvoir. Cette spiritualité franciscaine de la “minorité” nous incite à une manière de voir la vie autre que celle à laquelle nous pousse aujourd’hui l’idéologie de la réussite, de l’accumulation, de la compétition. Elle s’accommode mal de toute recherche obsessionnelle de reconnaissance, de toute angoisse à propos de sa propre identité. Est-ce que, personnellement, je parviens à pratiquer suffisamment cet esprit de pauvreté et de minorité, c’est une tout autre histoire ! J’ajouterais que saint François nous a légué aussi, avec l’esprit de fraternité, la conviction que l’individu n’existe que par les autres, le refus des hiérarchies, des catégories, des préjugés, et l’accueil enthousiaste de la diversité, qui est une richesse davantage qu’un problème. Il nous a légué enfin l’esprit d’émerveillement : dans le Cantique des Créatures, le saint d’Assise élargit à une échelle cosmique le principe de fraternité : la terre ne nous appartient pas, nous n’en sommes que les jardiniers.

Le message de François d’Assise est-il spécialement parlant dans la crise planétaire que nous traversons ? Si oui, en quoi ?

Il l’est plus que jamais, et, dans ses encycliques faisant constamment référence au saint d’Assise, ou dans le choix même de son propre nom, notre pape François ne s’y est pas trompé ! Que nous soyons ou non membres de l’OFS, la triple crise que nous traversons – Covid, effondrement économique, menaces climatiques – nous oblige à revoir à la franciscaine nos modes de vie, et à penser enfin en termes planétaires.

Dans Laudato si’ le pape François nous engage à raisonner de manière globale l’engagement que nous pouvons avoir dans cette société. L’engagement écologique ne peut être dissocié d’un engagement social et d’une ouverture aux autres, et particulièrement aux blessés de la vie, comme le pape l’a rappelé dans Fratelli Tutti. Au sein de la famille franciscaine, et singulièrement chez les laïcs, ces engagements sont nombreux : visiteurs et aumôniers dans les prisons et les hôpitaux, maraudes auprès des sans domicile fixe et des prostituées ; accueil des réfugiés et ateliers de conversation française, engagement dans des associations comme ATD Quart-Monde, le Secours catholique, etc.

BIBLIOGRAPHIE

Le passe-murailles – François d’Assise : un héritage pour penser l’interculturel au XXIe siècle, Éditions franciscaines, 2015.

Le drapier d’Assise, roman, Salvator, 2017.

Émerveillement et minorité, la spiritualité franciscaine pour aujourd’hui, Tallandier, 2019.

Et aussi : Éloi Leclerc ou l’espérance franciscaine, biographie, Salvator, 2018.

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Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°350 - François d'Assise, un message universel Se procurer le numéro →

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