Quelques changements dans les textes de la messe

Le premier dimanche de l’avent 2021, la nouvelle traduction (française) du Missel Romain entre en vigueur. Cet événement liturgique majeur peut susciter des questions. Pourquoi une nouvelle traduction, en quoi consistent les ‘nouveautés’, et quelles en sont les conséquences pastorales ? Essayons, de façon succincte, d’y répondre en trois moments.

Pourquoi une nouvelle traduction ?

A la demande de la Congrégation pour le Culte divin (Instruction Liturgiam authenticam, 2001), toutes les traductions liturgiques à travers le monde sont à réviser. En effet, les Pères du Concile Vatican II avaient souhaité que, dans la liturgie romaine, l’on puisse (en plus du latin) aussi célébrer dans les langues vivantes. Il s’en est suivi un travail de traduction mondial, sans précédent, dans de multiples langues. De fait, il fallait, pour toutes ces langues, forger un langage de prière qui soit digne de la liturgie (avec un vrai contenu théologique, qui puisse être prié, voire chanté). Rien que pour le latin, au premier millénaire de l’ère chrétien, un tel travail a pris quelques centaines d’années. L’on commence alors à mesurer l’ampleur de la tâche. 

    Les premières traductions modernes étaient plutôt libres, mais souvent belles. Toutefois, il fallait constater, au cours du temps, qu’un certain contenu théologique n’avait pas été bien rendu, ou fût même laissé de côté. D’où la demande de Rome (2001) de réviser l’ensemble des traductions, avec comme but: une plus grande fidélité au texte original (ne rien omettre, ne rien ajouter). 

    Au cours des années qui ont suivies, les Conférences des évêques (et leur collaborateurs) à travers le monde ont régulièrement butté sur les limites de la littéralité, désormais requise pour les traductions. Dans son Motu Proprio de 2017, Magnum principium, le pape François a dès lors précisé qu’il s’agit d’une fidélité non uniquement à la langue originale, mais également à la langue dans laquelle l’on traduit (avec ses propres règles et structures). En plus, il s’agit d’être fidèlement au service de la compréhension des fidèles, qui doivent pouvoir saisir ce qu’ils prient. Le nouveau missel français est donc le fruit d’un tel travail. 

Quelles sont les nouveautés ?

La première de nouveautés, c’est le Missel Romain en tant que tel. La nouvelle traduction française est en effet basée sur la troisième édition du livre en latin (2002), qui contient en lui-même déjà des ajouts et des révisions de textes par rapport à l’édition précédente. 

    Ensuite, le peuple de Dieu, prêtres et fidèles, auront à s’habituer à bon nombre de changements textuels. La plupart passera inaperçu, mais ce seront notamment les révisions textuelles dans l’ordinaire de la messe et ses réponses, destinées aux fidèles, qui vont demander notre attention. 

Prenons, par exemple, le confiteor de l’acte pénitentiel (changements en gras): “Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.” Comme dans l’original latin, nous nous adresserons de façon explicite aux frères (avec, en français, comme dans beaucoup d’autres langues modernes, l’ajout de ‘sœurs’). Puis donc, l’ajout de ‘bienheureuse’, traduisant le latin beatam. Un autre exemple de changement dans l’acte pénitentiel concerne les tropaires qui peuvent accompagner le Kyrie. Désormais l’on chantera: “Seigneur Jésus, envoyé pour guérir les cœurs qui reviennent vers toi: Seigneur, prends pitié”. Ici, la nouvelle traduction s’est rapprochée du texte latin original et de son fondement biblique, le Ps. 146, 3 où l’on dit de Dieu: “il guérit les cœurs brisés”. 

    Dans le Gloire à Dieu et l’Agneau de Dieu, nous chanterons dorénavant: “les péchés du monde”, traduisant le pluriel du latin: peccata mundi – , expression plus concrète que “le péché du monde”, qui est plutôt générique. 

    Dans le Symbole de Nicée-Constantinople, nous dirons du Fils qu’il est “consubstantiel au Père”, au lieu d’employer l’expression “de même nature”. Ce changement semble d’ordre technique, mais il s’agit là d’une expression beaucoup plus juste, qui nous permettra de mieux cerner qui est Jésus, le Fils du Père. 

    L’invitation solennelle à la prière (avant la prière sur les offrandes), suivie de la réponse des fidèles, a reçu une nouvelle traduction beaucoup plus précise que l’on pourra dire ou chanter, tout en gardant la version actuelle, qui restera en usage (“Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice… Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.”). Voilà la nouvelle traduction: “Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout puissant. – Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Eglise.”

    Pour l’acclamation après la consécration (l’anamnèse), seule la version “Gloire à toi, qui étais mort…” reste inchangée. Les autres formules changent légèrement, avec, chaque fois, une autre introduction par le prêtre: “Il est grand, le mystère de la foi : Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.” Puis: “Acclamons le mystère de la foi: Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous annonçons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes.” Et, enfin, une nouvelle formule qui n’avait pas encore été traduite du Missel Romain: “Qu’il soit loué, le mystère de la foi : Sauveur du monde, sauve-nous! Par ta croix et ta résurrection, tu nous as libérés“.

    Dans la nouvelle traduction, l’invitation à la communion eucharistique s’est rapprochée du texte latin et de son fondement biblique (Ap 19, 9): “Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

   Enfin, afin de mieux expliciter la mission des baptisés qui viennent de communier, le rite de l’envoi a reçu trois formules supplémentaires, à savoir: “Allez porter l’Evangile du Seigneur“, “Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie“, et simplement “Allez en paix.

Pour conclure ce bref aperçu de nouveautés, l’on pourrait attirer l’attention sur trois aspects que le nouveau missel veut mettre en avant. 

    D’abord, nous retrouvons une plus grande attention aux différents gestes qui accompagnent et expriment notre prière. Ils sont explicités dans des rubriques (les textes ‘rouges’ dans le missel) plus précises. Ainsi, nous serons invités à nous incliner, au moment où, dans les deux Symboles (Nicée-Constantinople et celui des Apôtres) nous chantons le mystère de l’incarnation: “Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur … né de la Vierge Marie”, et : “Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme”. 

   Ensuite, le missel accorde une place plus grande au chant. De fait, la liturgie en tant que telle est bien une prière chantée. Mais en proposant plus de notations musicales, le prêtre et les fidèles sont encore plus invités à chanter, notamment les différentes acclamations et réponses. En plus, le peuple de Dieu est invité à chanter plus en latin (avant tout le Gloria, Credo, Sanctus, Pater noster, Agnus Dei; et le Kyrie, en grec).

    Enfin, le nouveau missel et sa Présentation Générale (PGMR) invitent explicitement à des moments de silence sacré. Ces moments font partie intégrante de la célébration, notamment le recueillement avant l’acte pénitentiel, le silence après la lecture ou après l’homélie, et la prière silencieuse qui suit après la communion (et le chant qui l’accompagne). Et n’oublions pas la bonne habitude de se recueillir quelques instants avant la prière d’ouverture (suite à l’invitation “Prions le Seigneur”), pour formuler dans son cœur sa propre prière personnelle.

Quelles sont les conséquences pastorales de ce nouveau missel ?

La parution de ce nouveau livre pour la célébration eucharistique est une occasion d’approfondir notre prière liturgique. Par de courtes explications (avant ou pendant la messe), par une révision de nos pratiques, par une lecture plus attentive de ces prières si riches, ou en apprenant les mélodies nouvelles ou adaptées des différents textes liturgiques, nous pourrons nous encourager, les uns les autres, à entrer de plus en plus dans ce grand mystère de l’eucharistie: le Christ – vrai Dieu et vrai homme – qui, pour nous, s’offre lui-même, à la plus grande gloire du Père.

Les changements du nouveau missel en image

depliant nouveau missel diocese Paris

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