François d’Assise : petite vie du Poverello

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En découvrant l’amour fou de Dieu en Jésus, François d’Assise épouse dame pauvreté et devient le frère universel. Voici quelques-uns des temps les plus forts de cette vie hors du commun.

Par Frère ÉLOI LECLERC, OFM

Le texte ci-contre est une reprise du livre Saint François d’Assise – L’homme fraternel écrit par Éloi Leclerc qui s’est fait connaître par Sagesse d’un pauvre.

Eloi Leclerc CCAssise, au seuil du XIIIe siècle étagée sur un contrefort du mont Subasio, contemplant à ses pieds la plaine d’Ombrie, Assise, au cœur de l’Italie, semble être placée là pour accueillir et refléter toute la lumière du ciel et de la terre… c’est dans cette petite cité médiévale que naquit en 1181 celui qui allait devenir « l’homme du siècle à venir » (Thomas de Celano, l’un de ses biographes) : François d’Assise.

Fils d’un riche marchand drapier, l’enfant reçut à son baptême le nom de Jean. Mais le père, Pietro Bernardone, qui était alors en voyage d’affaires en France, le prénomma, à son retour, Francesco (le petit Français). Le XIIe siècle avait été l’âge d’or des marchands. C’est l’époque où les unes après les autres les cités commerçantes s’affranchissent du pouvoir féodal, s’érigent en communes autonomes et veulent conduire elles-mêmes leurs affaires. Au printemps 1198, Assise se soulève, prend d’assaut la Rocca, la forteresse qui la domine, et la rase. En 1200, elle se proclame commune libre.

Un jeune dans le vent

Le jeune François grandit dans ce monde en plein changement, où l’on respire un air de liberté, mais aussi de rivalité, de lutte et de guerre. Très tôt associé au commerce paternel, François gagne beaucoup d’argent et le dépense follement en fêtes, avec ses compagnons qui le consacrent “Roi de la jeunesse dorée” d’Assise. Habile en affaires, affable et courtois dans ses relations et, de surcroît, joyeux compagnon, il avait tout pour réussir dans la vie.

François nourrit de grandes ambitions. À seize ans, il rêve de gloire militaire, et aspire à devenir chevalier. À dix-huit ans, il s’enrôle dans la milice communale et participe à la guerre qui oppose Assise à Pérouse, la ville voisine et rivale. Mais fait prisonnier, il revient à Assise, un an après, avec une santé délabrée. Il tombe malade. Alors s’ouvre dans sa vie une période de solitude et de réflexion. Son univers intérieur change.

Conversion

Quand enfin il retrouve ses forces, ses premières sorties le conduisent vers les petites églises abandonnées de la campagne d’Assise. À Saint-Damien, par exemple. Là il passe volontiers des heures à prier devant l’image du Christ byzantin. Moments décisifs : regard de François sur le Christ, regard du Christ sur François : « Dieu très haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur… » Un flot de vie, un courant d’amour envahit le cœur de François. Et voici que ce courant l’entraîne vers les plus déshérités : il ose maintenant aller vers les lépreux, il se rend dans leur léproserie et les soigne avec amour. Son univers a basculé du côté des exclus, des petits et des pauvres.

Pietro Bernardone ne reconnaît plus son fils. Il ne comprend pas, il n’admet pas le changement survenu en lui. Déçu dans ses espoirs, humilié par les nouvelles fréquentations de François, il entre dans une colère bleue quand il apprend que son fils a vendu un ballot de drap pour payer la restauration d’une chapelle abandonnée. Il exige la restitution de l’argent. Cité devant le tribunal de l’évêque d’Assise, François rend tout à son père, l’argent mais aussi ses vêtements. La rupture est consommée. François est désormais libre. Vêtu d’une défroque, il s’en va, tournant le dos à l’argent, au pouvoir, aux honneurs, sans y attacher plus d’importance qu’à la poussière de la route : il est mystérieusement porté par un grand souffle de louange. Aux brigands qui l’arrêtent dans la montagne, il déclare tranquillement : « Je suis le héraut du grand Roi. » L’Évangile de la pauvreté va de pair, chez lui, avec l’Évangile du cantique.

Vie d’ermite

Pendant deux ans, il mène une vie d’ermite, il quête sa nourriture, comme un mendiant. Et pour obéir au Christ de Saint-Damien, qui lui a demandé de réparer sa maison, il travaille à la restauration de plusieurs chapelles délabrées des environs d’Assise : Saint- Damien, Saint-Pierre, Notre-Dame-des-Anges ou Sainte-Marie de la Portioncule.

L’appel évangélique

Or, un jour, dans le sanctuaire de la Portioncule, il entend lire, à la messe, l’Évangile de l’envoi des disciples en mission : « Allez, je vous envoie comme des brebis parmi les loups. N’emportez ni or ni argent… En quelque maison que vous entriez, dites “Paix à cette maison.” » Dans l’esprit de François, c’est l’illumination. Sa vocation vient de lui être révélée. « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche ! », s’écrie-t-il enthousiaste. Il ira par le monde, comme les disciples envoyés par le Maître, « sans or ni argent », démuni de tout ; et comme eux, il annoncera la paix : la paix messianique, la réconciliation de Dieu avec les hommes, et des hommes entre eux. Dans un monde déchiré, il sera un messager et un artisan de paix.

Projet audacieux, dans sa simplicité. En suivant cet idéal évangélique, François allait rompre, sans même s’en rendre compte, avec le système politico-religieux de son temps : avec les seigneuries d’église comme avec les guerres saintes et les croisades. Il allait ouvrir une voie nouvelle dans une église qui, en raison de ses grandes propriétés – évêchés et monastères – était devenue féodale et seigneuriale.

« Le Seigneur me donna des frères »

Livre st Francois Eloi LeclercÀ vrai dire, François ne songeait nullement à fonder un ordre religieux ni à réformer l’Église. Il voulait seulement suivre de près le Christ. Très vite cependant, des jeunes bourgeois d’Assise, comme Bernard de Quintavalle et Pierre de Catane, attirés par son exemple, viennent à lui. Et François les accueille, comme des frères que le Seigneur lui envoie. C’est un grand moment dans sa vie. Ici commence l’aventure franciscaine proprement dite. Désormais, c’est en fraternité qu’il vivra l’idéal évangélique. Son premier réflexe est de se rendre, avec ses onze premiers frères, auprès du pape, pour lui soumettre son projet évangélique. L’audace du projet n’échappe pas à Innocent III et à son conseil : « Comment François et ses frères pourront-ils vivre sans propriétés et sans revenus ? » D’autre part, il y a déjà tant de sectes qui à cette époque se réclament de l’idéal évangélique et qui, au nom de cet idéal de pauvreté, s’en prennent à l’Église !

Cependant poussé par l’Esprit, et bien impressionné par l’humilité et la simplicité des frères, Innocent III approuve leur projet. Grande joie des frères qui s’en retournent à Assise. Ils s’installent à Rivo-Torto, dans une cabane abandonnée, très étroite, au bord d’un ruisseau. Ainsi commença la vie des frères : dans le plus grand dénuement, mais aussi dans la joie de la fraternité et la louange du Seigneur. Pour vivre, ils travaillaient volontiers chez les gens, dans des emplois méprisés. Certains allaient soigner les lépreux. Tous avaient le souci d’être des artisans de paix. Et leur nombre ne cessait de croître. Ils quittèrent alors Rivo-Torto et vinrent s’installer, autour de la chapelle de la Portioncule, au milieu des bois dans la plaine d’Assise.

Un grand mouvement fraternel

L’attrait de la fraternité

Cette première fraternité allait donner naissance à beaucoup d’autres. On en vit bientôt fleurir un peu partout à travers le pays. Ce fut un vrai printemps d’Évangile. Les frères se comptèrent bientôt par centaines, puis par milliers ; et ils se répandirent à travers toute l’Europe.

Ce qui attirait les jeunes et les moins jeunes vers cette forme de vie, c’était assurément la fraternité. La pauvreté elle-même était envisagée comme un chemin de fraternité. « Aucun frère, disait François, n’aura un pouvoir de domination surtout sur ses compagnons. Aucun ne se fera appeler prieur… Les frères où qu’ils soient, où qu’ils se rencontrent se montreront les uns aux autres qu’ils sont de la même famille. »

C’était une grande nouveauté dans l’Église, à cette époque. Les évêques dans leur diocèse, les abbés dans leur monastère étaient en effet des seigneurs féodaux, avec un vrai pouvoir temporel qui s’étendait parfois sur la population de toute une région. Les frères, eux, ne possédaient ni monastères ni églises ni champs. Au début, ils logeaient dans des abris de fortune, à proximité des villes. Le jour, ils se mêlaient à la population, s’employaient ici ou là. Ils vivaient du travail de leurs mains ou d’aumônes. Certains s’adonnaient à la prédication. Ils allaient de village en village ; et partout où ils passaient, ils se présentaient comme des messagers et des artisans de paix. « Seigneur, fais de nous des instruments de paix… Là où est la haine que nous mettions l’amour… Là où est la discorde que nous mettions l’union. »

Paix et louange

Cette paix qu’ils annonçaient avait un nom : la Fraternité. À vrai dire, elle n’était autre chose que le rayonnement de leur fraternité. Une fraternité qu’ils voulaient partager avec tous. C’était aussi une communion dans la louange du Seigneur. François insistait beaucoup sur ce point. Il voulait que ses frères soient des hommes de louange et d’adoration. Lui-même donnait l’exemple. Souvent il se retirait avec quelques frères dans la solitude d’un ermitage pour se consacrer des jours entiers à la louange et à l’adoration ; puis il reprenait sa vie itinérante de messager de paix. Sa vie fut ainsi jalonnée de noms de lieux retirés, où il fonda des ermitages : les Carceri, les Celles, San Urbano, Poggio-Bustone, Fonte-Colombo, Greccio, la Verna…

La vocation de Claire

Le succès de la fraternité naissante ne se limita pas aux hommes. Il s’étendit très vite aux femmes. L’idéal évangélique de François trouva, en effet, de bonne heure, un écho profond dans le cœur d’une jeune fille de la noblesse d’Assise. Elle avait dix-huit ans ; elle s’appelait Claire. Rien ne prédisposait Claire à rencontrer François et à le comprendre. De onze ans plus jeune que lui, elle appartenait à une famille de l’ancienne société féodale et seigneuriale ; elle avait reçu une éducation raffinée et était promise à un mariage princier. Sa jeunesse n’avait pas connu les mêmes turbulences que celle de François.

Lors des troubles qui agitèrent Assise, peu avant l’établissement de la commune, elle s’était réfugiée avec sa famille à Pérouse, la ville voisine. Revenue à Assise quelques années plus tard, Claire entendit parler de ce jeune bourgeois qui avait tout quitté, famille, richesse, pouvoir, pour suivre le Christ pauvre. Et surtout elle l’entendit prêcher en la cathédrale d’Assise. Elle fut profondément remuée par sa parole simple et ardente qui résonnait en elle comme un appel. À partir de ce moment, elle voulut le rencontrer. Avec une amie, elle s’en vint le trouver pour lui demander conseil sur sa vocation. Voyant en elle une âme transparente et intrépide, François l’engagea à se donner totalement au Seigneur. Et Claire se décida.

C’était le soir des Rameaux 1212. Claire, vêtue de ses plus beaux habits, quitte secrètement la maison paternelle et se hâte vers la chapelle de la Portioncule où l’attendent François et ses frères. Là elle se défait de ses atours et revêt l’habit de la pénitence. Conduite tout d’abord au monastère des Bénédictines de Saint- Paul, elle s’établit quelques semaines plus tard à Saint-Damien où bientôt plusieurs jeunes filles de la noblesse, dont sa propre sœur Catherine, la rejoignent pour vivre avec elle la vie évangélique de pauvreté et de louange. Et tout comme la fraternité des frères, celle des sœurs se multiplie très vite.

Saint-Damien

Pour se faire une idée de la vie des sœurs en ses premiers débuts, il faut se rendre à Saint-Damien, près d’Assise, là où vécurent Claire et ses sœurs. Saint-Damien est un de ces lieux où l’on retrouve aujourd’hui encore, en sa première fraîcheur, quelque chose de l’idéal primitif.

L’architecture modeste, l’exiguïté des lieux, les plafonds bas et rustiques, aux poutres apparentes, les tables et les bancs de bois grossier, toutes ces choses témoignent d’une volonté de dépouillement et de simplicité. Et, cependant, partout de la lumière. Une lumière douce, intérieure, accordée à celle du ciel d’Ombrie. Quand on se promène dans le petit cloître, en regardant le puits fleuri ou le jardin de Claire, on découvre à quel point l’Évangile de la pauvreté fut ici associé à celui du Cantique, à la joie de la louange. En vérité il fut vécu comme un chemin de fraternité et de communion avec tous les êtres, avec la création tout entière. On comprend mieux le verset du psaume qu’aimait tant François : « Les pauvres verront Dieu et ils se réjouiront. »

Développement rapide de la fraternité

À voir se multiplier les fraternités, aussi bien celles des hommes que des femmes, François ne pouvait que rendre grâce au Seigneur pour ce printemps d’évangile dans l’Église. Oui, « Dieu est vraiment le Bien, la Source de tout Bien », aimait-il à dire. Il voyait le Seigneur rayonner sur les frères comme le soleil, « avec grande splendeur ».

Chaque année, à la Pentecôte, les frères se retrouvaient par province en un endroit convenu : ils célébraient un chapitre. Ces retrouvailles étaient un moment essentiel dans leur vie. Ils priaient ensemble, partageaient leurs expériences et, « avec le concours de conseillers droits et vertueux », ils précisaient leur projet de vie. Comme le nombre des frères s’était considérablement accru au fil des années, François ne pouvait assister en personne à chacun de ces chapitres provinciaux. Il décida donc de convoquer tous les frères à un chapitre général, à Sainte-Marie de la Portioncule, dans la plaine d’Assise, là où la fraternité avait commencé. La nouvelle sitôt connue, en ce printemps 1217 (ou 1219), fut accueillie avec enthousiasme, non seulement par les frères, mais par tous les habitants de la région qui voulurent contribuer à la réussite de ce grand rassemblement festif.

Le chapitre des Nattes

À l’approche de la Pentecôte, on vit arriver une foule de frères : trois mille et même cinq mille selon certaines sources. Le petit couvent de la Portioncule ne pouvait contenir tout ce monde. Et bien que la commune d’Assise eût fait construire, à proximité, une grande maison de pierre, les frères pour la plupart campèrent par groupes, dans la plaine, sous des huttes de feuillage, ou des cabanes faites de claies ou de nattes. C’est pourquoi on appela ce chapitre le chapitre des Nattes. Ce grand rassemblement fraternel suscita dans la population de la région un grand élan de sympathie. On vit affluer de Pérouse, de Spolète, de Foligno, de Spello, et d’Assise bien sûr, de véritables colonnes de ravitaillement, apportant aux frères toutes sortes de bonnes choses. Le peuple lui-même se mêlait aux frères.

L’ambiance était extraordinaire, c’était vraiment la fête. Le cardinal Hugolin, protecteur de l’Ordre, ainsi que de nombreux évêques, étaient présents. Au cours de la célébration de la messe, François s’adressa à l’assemblée. Tous attendaient ce moment. Contrastant avec sa personne d’apparence plutôt chétive, sa voix résonnait haute et claire. Une voix chaleureuse, entraînante. Un témoin raconte : « Si l’un ou l’autre frère était venu au chapitre tourmenté par quelque tentation, il lui suffisait d’entendre le bienheureux François parler avec la ferveur et la douceur qu’il y mettait, il lui suffisait de le voir en chair et en os, pour que cessent aussitôt ses tourments. C’est qu’en effet il savait leur parler, comme si lui-même ressentait leurs maux… » (Anonyme de Pérouse 8, 39).

Le chapitre des Nattes représente dans la vie de François et dans l’expérience franciscaine primitive un sommet : un sommet lumineux, tant par le nombre des frères que par l’élan de communion fraternelle qui les rassemblait.

À la dimension du monde

Vers une fraternité universelle

Mais le souffle de fraternité qui soulève l’âme de François ne peut s’arrêter là. Il le pousse toujours plus loin, vers une fraternité universelle. Le regard du Pauvre d’Assise s’étend, en effet, au-delà de l’Italie et même de l’Europe. Il embrasse le monde entier. François rêve de rassembler tous les hommes dans une même communion fraternelle, et déjà il les englobe tous dans son amour de Dieu. Il voudrait tant « convertir toute hostilité en tension fraternelle, à l’intérieur d’une unité de création » (P. Ricoeur).

Or, à cette époque, le monde était divisé en deux grands blocs fermés sur eux-mêmes, deux blocs antagonistes : d’un côté, la chrétienté, de l’autre l’islam. Et entre ces deux blocs, c’était la guerre sainte, la croisade. Et le point de friction et d’affrontement était précisément les lieux saints, là où le Christ avait vécu et souffert pour la paix du monde.

Un projet fou

François ne pouvait accepter cette rupture. Il forma donc le projet de jeter un pont entre ces deux blocs, de les relier l’un à l’autre fraternellement. Le moment n’était certes pas favorable à une telle entreprise.

La cinquième croisade, décrétée par le pape Innocent III, battait son plein. Qu’à cela ne tienne ! François décide de partir là-bas, au Proche-Orient, avec l’intention de se rendre auprès du sultan d’Égypte, et de porter sur ce point chaud le message évangélique de paix et de fraternité. Un rêve fou. Et, fin juin 1219, il s’embarque à Ancône pour Acre et Damiette.

Évidemment son arrivée au camp des croisés fit sensation. Quand il s’ouvrit de son projet, on le prit pour un illuminé. Le témoignage du cardinal Jacques de Vitry qui se trouvait sur place, reflète assez bien l’impression produite par le Pauvre d’Assise : « La ferveur et l’ivresse spirituelle, écrit le prélat, l’entraînaient à de tels excès que sitôt arrivé à l’armée des chrétiens devant Damiette, en Égypte, il partit pour le camp du sultan, sans aucune crainte, muni du seul bouclier de la foi. »

François devant le sultan

C’était assurément une aventure périlleuse et, à vrai dire, insensée. Arrêté par une patrouille musulmane, il échappa de justesse à la mort. Il fut conduit, sur sa demande, au camp du sultan, Mélikel-Kamil, qui consentit à le recevoir et à l’écouter. Les deux hommes sympathisèrent et se témoignèrent l’un à l’autre une grande courtoisie. Les choses en restèrent là.

Pouvait-on espérer plus ? C’était déjà beaucoup. Beaucoup et peu à la fois. La mission de paix de François se heurtait ici à une limite. D’ailleurs la prise de Damiette par les croisés, et les massacres qui s’en suivirent anéantirent rapidement tous les espoirs de François. Ces événements tournaient en dérision sa démarche de paix. Il le ressentit douloureusement.

Échec

Comble d’ironie ! Tandis qu’il s’entremettait, comme médiateur de paix entre les croisés et le sultan, voici qu’un messager, venu d’Italie, lui annonce qu’en son absence de graves dissensions se sont élevées au sein de sa fraternité et que le désarroi règne chez les siens. Cette fois, c’était l’échec sur toute la ligne. Et comme un malheur ne vient jamais seul, une ophtalmie purulente, contractée sous le soleil brûlant, le rendit presque aveugle et le faisait souffrir cruellement.

Atteint dans son âme comme dans son corps, François rentra en Italie en catastrophe. Il retrouva les siens désorientés. Les vicaires généraux à qui il avait confié la direction de l’Ordre en son absence avaient pris certaines initiatives intempestives qui avaient jeté le trouble parmi les frères les plus fidèles. En fait, le nombre des frères ne cessant de croître, une organisation plus rigoureuse s’imposait. C’était une évidence. Il fallait mettre fin au vagabondage.

D’autre part, des maisons et des temps de formation devenaient nécessaires. François en avait bien conscience. Mais il voyait aussi poindre chez certains la volonté d’aligner la fraternité sur les anciens Ordres Monastiques. Or, à ses yeux, il fallait avant tout préserver l’originalité de la Fraternité, sauver l’idéal de simplicité et de liberté évangéliques, la vie franche et fraternelle.

Le trouble et la colère

Que faire ? S’imposer ? Il se sentait dépassé. Ses forces physiques elles-mêmes le trahissaient. Son état de santé s’aggravant, il dut démissionner de sa charge de ministre général ; et cela, à un moment où les frères avaient tant besoin de sa présence.

Il se retira momentanément dans la solitude d’un ermitage. Ce fut la période la plus sombre de sa vie. Il ne savait plus très bien ce que le Seigneur attendait de lui. Il avait le sentiment qu’on voulait lui arracher son Ordre et le détourner de sa vocation première. Il connut alors des moments de trouble, d’angoisse et même de colère intérieure. « C’était, écrit Thomas de Celano, un crève-cœur pour lui d’apprendre que certains abandonnaient ce qu’ils avaient d’abord si bien entrepris, et pour des nouveautés, oubliaient la simplicité de leurs débuts » (1 Cel. 10~). « Il en était troublé intérieurement et extérieurement, dans son âme et dans son corps. Parfois même il fuyait la compagnie des frères parce qu’il ne pouvait, à cause de cette tentation, leur montrer, comme d’habitude, un visage joyeux… » (Légende de Pérouse, 21).

Suprême dépouillement

La fraternité ? La fleur de l’Évangile ? Cette fraternité qui avait été le grand élan de sa vie et qu’il voulait universelle, était-elle donc vouée à l’échec ? Était-elle simplement un rêve, une utopie ? Le doute s’insinuait dans son âme, avec la redoutable tentation de s’enfermer dans une solitude hautaine et amère. Cette crise, aggravée par la maladie, fut pour lui l’épreuve décisive. Dieu l’attendait là. François était invité à un suprême dépouillement, à une pauvreté radicale. Une pauvreté qui ne concernait plus seulement les biens matériels, mais qui portait sur l’être intime.

Il y a, dans l’homme, une volonté de possession par laquelle il s’approprie le bien qu’il fait et s’en exalte. Ce n’est pas pour rien que François, tout au long de ses écrits, dénonce cette volonté qui nous porte à nous ériger en maître et propriétaire du bien que nous faisons ; ce n’est pas pour rien qu’il voit dans le trouble et la colère les signes certains de cette appropriation secrète. Lui-même a fait cette expérience ; il a connu la tentation du trouble et de la colère. Et le Seigneur lui a fait comprendre qu’il devait se désapproprier de son œuvre – de cette fraternité qu’il avait créée dans l’enthousiasme pour devenir lui-même l’œuvre de Dieu : « Petit homme simple et ignorant, dis-moi pourquoi tu t’affliges tant ? Qui a planté cet Ordre de frères ? N’est-ce pas moi ? Je t’ai choisi simple et ignorant pour que toi et les autres sachiez que je veillerai moi-même sur mon troupeau. Cesse donc de te tourmenter » (Légende de Pérouse, 86).

François crut à la parole du Seigneur. Et dans une foi de pauvre, il remit son Ordre et il se remit lui-même totalement entre les mains de Dieu. (« Mon Dieu, mon Dieu, qui es-tu ? Et moi, que suis-je ? ») Il ne suffisait pas d’aimer, ni même d’aimer beaucoup. Il fallait apprendre à être pauvre en amour, surtout en amour. Ne plus rien posséder. Rien ni personne. Alors l’amour atteint sa perfection.

La paix revenue

Son Ordre, ce n’était plus son affaire, mais celle de Dieu. Il suffisait que Dieu soit Dieu. Dès lors, François s’ouvrit pleinement à l’Esprit du Seigneur. Un grand souffle de paix et de sérénité l’envahit. Tout son être se mit à rayonner, comme le soleil après l’orage, avec grande splendeur.

François était devenu un être solaire. Plus rien ne le séparait de l’Amour créateur. Et voici qu’il se sentait rempli d’un dynamisme nouveau : « Nous n’avons encore rien fait jusqu’à ce jour, disait-il à ses compagnons, commençons à faire quelque chose. » En réalité, il ne s’agissait plus de faire ceci ou cela, mais de laisser l’Esprit du Seigneur agir. À un frère responsable d’une fraternité, qui lui demandait l’autorisation de se retirer dans la solitude d’un ermitage parce que ses compagnons l’empêchaient d’aimer le Seigneur comme il le souhaitait, François pouvait écrire en toute sérénité et vérité : « Aime ceux qui te causent ces ennuis… Aime les tels qu’ils sont… ce sera pour toi plus méritoire que la vie en ermitage. »

Les riches heures du petit pauvre

Noël à Greccio

L’année 1223 allait vers sa fin. Noël approchait. Dans le cœur pacifié de François, une idée jaillit, naïve et merveilleuse à la fois, comme seuls les poètes en ont parfois : « Je veux évoquer le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem. Je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était couché dans une mangeoire et dormant sur le foin entre un bœuf et un âne » (l Cel. 84).

Voir et faire voir, avec des yeux d’enfant, le très haut Fils de Dieu, dans son avènement de pauvreté et de douceur. Rien n’était plus important pour l’avenir du monde. Dans une société de marchands, dominée par la passion de l’argent, il fallait faire éclater la gratuité de Dieu. Dans un monde de clercs, avides de pouvoir, il était urgent de rappeler l’humilité de Dieu. Dans un temps de croisades et de guerres saintes, quoi de plus nécessaire que de montrer la tendresse de Dieu !

Pour cette célébration, François choisit la petite bourgade de Greccio, au flanc de la montagne, au-dessus de la vallée de Rieti. Il en confia les préparatifs à son ami Jean, le seigneur de Greccio. Les frères des couvents voisins et les gens du pays avaient été conviés à la fête. Ils arrivèrent en cette nuit de Noël, avec des torches et des cierges. La nuit en était illuminée. Tout était prêt : on avait apporté dans la grotte une mangeoire et du foin ; et on y avait amené un âne et un bœuf. Greccio était devenu un nouveau Bethléem. Les frères chantaient les louanges du Seigneur. Les bois alentour retentissaient de leurs chants.

Durant toute la veillée, François se tint debout devant la crèche, le visage transfiguré par une indicible joie, comme s’il voyait réellement l’Enfant. Puis la messe fut célébrée sur la mangeoire comme autel. Le petit pauvre, en qualité de diacre, chanta l’Évangile de la Nativité. Il s’adressa ensuite au peuple. Avec des mots bien simples, il les invitait tous à se réjouir de la naissance du Fils de Dieu qu’il nommait avec beaucoup de tendresse « l’Enfant de Bethléem ».

Il aurait tant voulu qu’en cette solennité toute créature exultât dans le Seigneur, les gens et les bêtes. Il disait : « En ce jour de Noël, tous les pauvres devraient être invités par les riches à un repas plantureux. Je voudrais aussi, par respect pour le Fils de Dieu, qu’en cette grande nuit où la bienheureuse Vierge Marie le coucha dans la crèche entre le bœuf et l’âne, on donnât à nos frères les bœufs et les ânes un abondant picotin… » (Lég. de Pérouse, 1ID). Noël était, à ses yeux, la fête de la gratuité, de la paix et de la tendresse. La fête de la grande fraternité. Car, en ce jour, le très haut Fils de Dieu s’est fait lui-même notre frère.

L’Alverne

Au mois d’août 1224, deux ans avant sa mort, François, accompagné des frères Léon, Ange et Massée, se mit en route vers le mont Alverne, en Toscane. Ce mont qui culmine à 1269 mètres, entre le cours supérieur de l’Arno et celui du Tibre, avait été offert à François par le comte Rolando, comme lieu de retraite et de prière. Il se dresse comme un immense rocher, portant à son sommet une magnifique forêt. Son aspect solitaire et sauvage, ainsi que le silence et la majesté des lieux, invitaient à la méditation et à la contemplation.

Parvenu là-haut, François s’enfonçait dans les anfractuosités des rochers et passait des heures dans la solitude la plus complète. Quel était l’objet de ses longues méditations ? En venant à l’Alverne, son intention était de se préparer à la fête de saint Michel par un carême de dévotion. Mais, dès son arrivée ici, il fut saisi par la pensée de la Passion du Christ. Et cette pensée ne le quittait plus. Elle s’imposait à lui comme la révélation d’un Amour infini qui le sollicitait tout entier. Et François sentait naître en lui un désir croissant de s’unir à la Passion du Christ. Il priait ainsi : « Seigneur, que la force brûlante et douce de ton amour prenne possession de mon âme et l’arrache à tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de ton amour, comme tu as daigné mourir par amour de mon amour. » Or un matin – c’était aux environs de la fête de la croix glorieuse – tandis qu’il priait sur le versant de la montagne, il vit descendre du ciel un être ailé, un être de feu et de lumière : un séraphin aux six ailes resplendissantes, comme dans la vision du prophète Ézéchiel. C’était l’un de ces êtres immortels qui se tiennent devant le trône de Dieu et qui sont le rayonnement de sa gloire.

Mais, chose surprenante, cet être glorieux et lumineux souffrait : ses mains et ses pieds étaient transpercés. Devant cette vision, l’âme de François était comme déchirée par des sentiments contraires. La beauté du séraphin et son regard bienveillant le remplissaient de joie ; mais, en même temps, la souffrance du crucifié l’atterrait. Comment un être glorieux et si beau pouvait-il souffrir ? François ne savait que penser. Et soudain la Passion et la Gloire, étrangement associées dans cette vision, fondirent sur lui, comme un oiseau de proie.

La vision s’effaça. Alors, baissant les yeux, François vit que ses mains et ses pieds étaient transpercés. La gloire de Dieu l’avait touché. Il était désormais un être crucifié. Toute sa vie avait été une longue et ardente contemplation du Christ. Et voici que cette contemplation avait fini par le transformer complètement en l’image du Crucifié.

Le Cantique des créatures

Il se produisit alors une chose inattendue : cet homme que l’on pouvait croire perdu pour la terre, tant son âme était absorbée en Dieu et son corps affaibli par les stigmates et la maladie, le voici qui se met à sillonner l’Ombrie et les Marches, à dos d’âne, allant de village en village, lançant à tous un vibrant appel à la paix, à la réconciliation, à la fraternité. Comme si une énergie nouvelle s’était emparée de lui.

Nous sommes en 1225. L’ophtalmie que François avait contractée au Proche-Orient s’est aggravée. Il est devenu presque aveugle. Il souffre beaucoup et doit se soumettre à un traitement barbare : une cautérisation au fer rouge de la tempe à l’oreille. Un jour, étant en visite à Saint-Damien, auprès de sœur Claire, il est pris d’une crise aiguë. Le mal est tel qu’il ne peut regagner la Portioncule. Claire installe le malade dans une chambrette attenant au monastère. Et pour protéger les yeux de François de l’éclat du jour, elle aménage une alcôve. Durant cinquante jours et plus, François demeura dans cette cellule obscure sans pouvoir supporter la moindre lumière. Ses yeux le faisaient tellement souffrir qu’il ne pouvait se reposer ni dormir.

Une nuit, à bout de forces, le Pauvre suppliait Dieu de le prendre en pitié. Une voix intérieure lui répondit : « François, réjouis-toi comme si tu étais déjà dans mon royaume… » Une lumière très douce filtra en son âme. Et un immense élan de louange s’empara de son être. Cette louange avait la splendeur du soleil, le doux éclat des étoiles, les ailes du vent, l’humilité de l’eau, l’ardeur du feu et la patience de la terre. Le jour se levait sur Assise. Redressé sur sa couche, François, l’aveugle, chantait son Cantique du Soleil :

« Très haut, tout-puissant et bon Seigneur,
À toi louange, gloire, honneur et toute bénédiction.
À toi seul ils conviennent, Très-Haut,
Et nul homme n’est digne de te nommer.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil
qui fait le jour ;
par lui tu nous illumines.
Il est beau,
rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, Très-Haut, il est le symbole… »

Et la louange englobait toute la création : sœur lune et les étoiles, frère vent et sœur eau, frère feu et sœur notre mère la terre. C’était un chant d’émerveillement devant l’œuvre de Dieu ; c’était aussi et surtout le chant de la fraternité universelle. Le chant de la réconciliation de l’homme avec toutes choses et avec soi-même. Le chant de l’homme pacifié et fraternel, en qui les forces bouillonnantes de la vie ont retrouvé la transparence des sources et l’éclat de la lumière. Le chant de la nouvelle création, au cœur même de l’homme.

L’homme de la réconciliation universelle

Au cours de cette année 1225, il se produisit un événement qui déchira la petite cité d’Assise. L’évêque excommunia le podestat. Celui-ci riposta aussitôt en faisant annoncer à son de trompe, dans les rues de la ville, l’interdiction à tout citoyen d’acheter ou de vendre quoi que ce fût à l’évêque et de traiter avec lui. C’était la guerre ouverte entre les deux hommes ! François, alors bien malade, eut pitié d’eux. Il souffrait de voir que personne ne s’entremit pour rétablir la paix et la concorde. Il disait à ses compagnons : « C’est une grande honte pour nous, les serviteurs de Dieu ! » Soudain l’idée lui vint d’ajouter une strophe à son Cantique du Soleil :

« Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour ceux qui pardonnent par amour pour toi,
pour ceux qui supportent épreuves et maladies.
Heureux s’ils conservent la paix,
car par toi, Très-Haut,
ils seront couronnés. »

Puis il invita le podestat à se rendre auprès de l’évêque. Et il fit chanter par ses frères son Cantique du Soleil en présence des deux adversaires. L’invraisemblable se produisit : le podestat et l’évêque, très émus par ce message de paix que leur adressait François, reconnurent l’un et l’autre qu’ils avaient eu tort de s’emporter ; et, retrouvant leur ancienne amitié, ils s’embrassèrent. On devine avec quelle joie François accueillit la nouvelle. Son appel à la réconciliation, à la paix et à la fraternité avait été entendu dans sa propre cité. Pourquoi ne le serait-il pas dans le monde entier ? Il demanda au frère Pacifique, naguère roi des poètes et très courtois maître de chant, d’aller par le monde avec quelques autres frères, et de chanter son cantique de louange et de paix, comme de vrais jongleurs de Dieu. Quant à lui, incapable désormais de se déplacer, il voulut écrire une lettre « aux habitants du monde entier ». Rien ne donne la mesure de son horizon, comme le début de cette lettre :

 « Au nom du Seigneur,
Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.
À tous les chrétiens…
À tous les habitants du monde entier,
le frère François, leur serviteur et leur sujet,
hommage, respect, vraie paix du ciel
et amour sincère dans le Seigneur… »

François accueille sa propre mort fraternellement, avec un cœur solaire

Son état de santé empirait. Au cours de sa vie, le Pauvre d’Assise n’avait pas ménagé son corps. Il l’avait soumis à toutes sortes de privations. À présent, la maladie achevait de ruiner ses forces… À la fin de l’été 1226, il était au plus mal. Un médecin d’Arezzo vint lui rendre visite. François lui demanda : « Qu’en penses-tu de mon mal ? Dis-moi la vérité ! » Comme il insistait, le médecin répondit : « Frère, je vais être franc puisque tu le demandes… Dans l’état actuel de nos connaissances, ton mal est incurable. Tu mourras sans doute bientôt. Peut-être à la fin de septembre ou au début d’octobre… »

François fit alors appeler les frères Ange et Léon, et il leur demanda de lui chanter son Cantique du Soleil. Très émus, les deux frères s’exécutèrent. Ils chantèrent le soleil, la lune et les étoiles, le vent, l’eau, le feu et la terre… La terre était si belle en cette fin d’été. La lumière se faisait plus douce. Les vignes se doraient. Un parfum de fruits mûrs emplissait les jardins. Et François, recueilli, écoutait les frères chanter. Puis, sortant de son silence, il ajouta à son cantique cette strophe :

« Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheureux ceux qui meurent
en péché mortel !
Heureux ceux qu’elle trouvera
faisant tes très saintes volontés,
car la seconde mort
ne pourra leur nuire. »

C’était un salut de bienvenue à sa propre mort. François l’accueillait fraternellement, avec un cœur solaire. Elle aussi était un chemin de lumière. Au soir de sa vie, il la saluait comme « un jour nouveau, plus intérieur, qui le rappelait à son Seigneur ». Vinrent les premières journées d’octobre. Revenu à la Portioncule, François vivait ses dernières heures. Le 3 au soir il se fit apporter le livre des évangiles et demanda la lecture du passage de saint Jean : « … Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin… » (Jn 13, 1)

Puis François récita comme il put le psaume 141 : « Ma voix crie vers Yahvé, je suis à bout de forces…, tire-moi de la prison…» « Enfin, l’heure vint où tous les mystères du Christ s’étant réalisés en lui, son âme s’envola dans la joie de Dieu ». (1 Cel. 121).

C’était le 3 octobre au soir. Il avait à peine quarante-cinq ans. La nouvelle de sa mort fut aussitôt portée à Claire. Elle se répandit très vite dans toute la cité, soulevant un grand émoi. Chacun ressentait soudain comme un immense vide. L’homme fraternel s’en était allé.

La nuit tombait sur Assise ; les premières étoiles s’allumaient au firmament. Qui désormais ferait descendre la paix du ciel sur la terre ? Qui serait assez pauvre pour être le frère de tous ? Qui saurait dire, comme lui : « Paix et bien » ? Cependant, en ce soir du 3 octobre 1226, dans le cœur des frères et des habitants d’Assise, la ferveur l’emportait : le mystère de la terre rejoignait silencieusement celui des étoiles…

Sur les pas de François

On raconte qu’au temps de François un loup féroce sévissait dans la région de Gubbio, s’attaquant aux bêtes et aux gens. Le Pauvre d’Assise l’aurait apprivoisé par sa douceur. Nous avons appris à mieux connaître ce loup cruel. Il est de tous les temps. Il ne court pas seulement les bois. Il se cache aussi dans le fond des cœurs. Il est en chacun de nous. François fut en son temps un semeur de paix, un créateur de fraternité. Il était devenu lui-même un être pacifié, un homme fraternel.

Qui aujourd’hui nous délivrera du loup cruel ? Qui saura l’apprivoiser ? Celui-là sera l’homme fraternel, l’homme du siècle à venir. Comme François, il marchera au milieu de milliers de frères. Et à ses côtés, trottera libre et joyeux le grand loup apprivoisé. ¨

Cet article fait partie du dossier thématique :Saint François d’Assise →

Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°350 - François d'Assise, un message universel Se procurer le numéro →

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