Être acteurs de la création

Parler d’écologie intégrale suppose de revenir aux sources pour comprendre de quoi il s’agit. C’est ce que nous propose Pierre-Yves Gomez, fondateur du parcours Zachée.

Article tiré d’Il est vivant ! n°335

Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance d’un Dieu qui nous aime, et qui nous aime pour nous-mêmes. Il n’a pas créé l’humanité une parmi toutes les espèces mais il a voulu chaque personne humaine, chacun d’entre nous pour lui-même et en tant qu’acteur de la création.

1-La création n’est pas achevée, elle nous est confiée

• Dieu a créé le monde en six jours (Gn 1). À la fin, il crée l’homme « à son image et à sa ressemblance » (Gn 2), et tout de suite, il dit à l’homme : « Croissez et multipliez. Dominez la terre. Soumettez les espèces. » Autrement dit, « C’est à toi, créature que je viens de créer à ma ressemblance, que je confie l’univers pour en être le maître, à la manière dont moi-même j’en suis le maître. Vous avez une responsabilité très particulière, vous, les êtres humains, vis-à-vis de toutes les autres créatures. Vous allez poursuivre mon œuvre. C’est à vous que je confie les clés de la maison, du jardin. »
Dans la Genèse, on voit que l’homme se met à travailler dès le début, pas seulement après le péché originel, où le travail devient une activité laborieuse. Travailler est le propre de l’homme : « Et il cultivait le jardin » (Gn 2).
La dignité d’un homme, c’est de participer à la création. Et chacun d’entre nous, nous poursuivons, chacun à notre manière, cette œuvre de Dieu. Même une personne sur son lit d’hôpital en état dit végétatif participe pleinement à cette œuvre de Dieu. Car autour d’elle, s’organise tout un système économique et social pour lui venir en aide et ainsi, elle conduit les autres à participer à l’œuvre de Dieu. En les faisant agir au service de celui qui, en apparence, ne peut pas agir, le malade définit le sens même de leur dignité. Le jour où l’on considère ces personnes inutiles puisque n’agissant plus, en apparence, c’est toute la société qui perd le sens de sa dignité.

• Osons vivre à l’image et à la ressemblance de Dieu ! On entend dire souvent : « Oui, bien sûr, le Seigneur m’a créé à son image et à sa ressemblance. Mais plutôt lui que moi ! Je ne suis pas à la hauteur… » C’est faux !
Certaines mères de famille me confient leurs doutes : « En étant à la maison, je ne participe pas vraiment à la création… » Élever des enfants, accompagner une vie domestique, cela ne serait pas participer à la création ? C’est au contraire l’œuvre la plus importante d’une société que de prendre soin de la cellule qui en constitue le fondement même.
Et lorsqu’on est dans cette difficulté très douloureuse qu’est le chômage, exerçons-nous à dire : « Je ne participe pas à une activité organisée. Mais ma dignité, dans ce moment précis de mon existence, c’est de chercher du travail et de témoigner ainsi de mon envie de participer à l’œuvre de création. » Aussi humble soit-elle, une telle attitude participe à la création en faisant front à tout fatalisme et effondrement.

2-L’activité de l’homme annonce la bonne nouvelle

Avant l’annonce explicite de la bonne nouvelle, Jésus lui-même passe 25 ans à travailler humblement. C’est la façon qu’il a choisie pour annoncer implicitement la bonne nouvelle de la création et du salut. Par Marie, Jésus apprend à parler, à lire. Par Joseph, il apprend un métier. La bonne nouvelle, pendant 25 ans, consiste en cela : Dieu est un travailleur parmi les travailleurs. Il poursuit l’œuvre de la création de la manière la plus humble qui soit. Jésus enfant apprend à travailler le bois dans ce petit village d’une région perdue, dans une modeste échoppe. Notre travail quotidien, quel qu’il soit, est illuminé par cet humble travail du charpentier de Nazareth. Fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est là que nous aussi, nous avons à annoncer la bonne nouvelle. C’est ce que Jean Paul II a appelé « l’Évangile du travail » (cf. l’encyclique Laborem exercens).

3-Le sens du repos

• Nous ne sommes pas Dieu. En tant que créatures, nous sommes fragiles, fatigables. C’est une preuve d’humilité que d’accepter de se reposer. On aimerait bien ne pas le faire : la création dépend tellement de nous ! Et pourtant, elle se poursuivra sans nous un jour…

• Pourquoi Dieu se repose-t-il le septième jour ? Que nous dit ce repos de Dieu qui, en tant que Dieu, ne peut pas se fatiguer ? Le septième jour, en réalité, Dieu se donne à voir tel qu’il est, pas pour ce qu’il fait. C’est pourquoi ce premier jour de la semaine, pour les chrétiens, est consacré à la pure louange du Seigneur. Louer Dieu, cela peut se traduire par passer du temps en famille, avec des amis, etc. Vivre « le jour du Seigneur » nous évite de nous confondre avec ce que nous faisons. En nous reposant le septième jour et en consacrant ce jour à Dieu, nous sommes un peu plus à son image et sa ressemblance.
Ce jour de repos est profondément remis en cause dans la société activiste d’aujourd’hui. Cela pose des questions d’organisation mais surtout des questions d’ordre spirituel.

4-Les dérives possibles

• Le refus des talents. Certains pensent : « Je n’ai pas de talent. Qu’est-ce que je peux apporter à la création ? » C’est impossible : personne n’a aucun talent. Si on croit qu’on n’a pas de talent ou qu’on ne parvient pas à le développer, confions-le(s) aux autres afin qu’ils le(s) fassent fructifier. C’est tout le sens de la parabole des talents.

• L’idolâtrie du travail. Le monde dépend de moi, et même, je suis moi-même le Créateur. C’est la tentation de l’activisme dans laquelle nous tombons tous, et souvent pour de bonnes raisons. C’est attrayant. Il y a tant à faire ! Nous nous donnons tellement que nous sommes épuisés. Pour faire face à cette tentation, disons-nous : « Je ne suis qu’une créature. Le travail va se poursuivre sans moi. »

• L’exclusion du faible. Ne trouvant pas de collaborateurs à la hauteur de la mission dont nous nous investissons, nous finissons par travailler seuls. Emportés par le mouvement du « bien faire », nous finissons par nous débarrasser du faible. Or, c’est ensemble que nous avons reçu de poursuivre la création. Le petit, le faible peuvent apporter une vraie richesse à notre travail. ¨

EN PRATIQUE

• Chaque matin, se regarder dans le miroir et, pendant une bonne minute, se dire : « Je vois là l’image et la ressemblance du Dieu qui m’a fait personnellement et me dit : “Aujourd’hui, tu vas poursuivre mon œuvre de création à travers ton activité quotidienne, quelle qu’elle soit. Je te la confie.” »

• Se poser cette question : est-ce que je me sens solidaire de cette œuvre de création de Dieu, ou bien, est-ce que je considère plutôt que mon activité est une parenthèse, que j’ai une vie spirituelle à côté et qu’il n’y a aucun lien entre les deux ? Or mon activité quotidienne, c’est là que s’accomplit ma vie spirituelle, ma dignité et celle des autres.

Le remède : Jésus au cœur de notre travail

Pêcheurs d’hommes (Luc 5, 1-11)

1 Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
2 Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
3 Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
4 Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » 5 Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » 6 Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. 7 Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. 8 À cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » 9 En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; 10 et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. 11 Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. »

Dans ce texte, le mot “barque” est employé six fois. La barque qui sert à pêcher va servir à Jésus pour enseigner ; puis pour aller pêcher au large, sur son ordre et, finalement, à la reconnaissance de sa divinité.
Quel enseignement tirer de cet évangile pour notre vie quotidienne ? Notre activité est lieu de notre action, mais ce lieu peut aussi nous servir à rencontrer Dieu et les autres. Cette barque est notre vie quotidienne. Ces simples pêcheurs ont expérimenté combien accueillir Jésus dans leur vie change tout. Pierre accepte d’aller au large sur l’ordre de Jésus alors qu’il est a priori bien plus expérimenté que lui dans ce domaine. Avons-nous cette même confiance en Jésus ? À travers cet épisode, Jésus dit à Pierre : « Ta barque, c’est-à-dire ton activité, elle peut aussi servir à me recevoir, maintenant, dans ta vie quotidienne. » Il nous dit la même chose aujourd’hui : Dieu est là dans notre barque, avec nous.

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