En partant des Ecritures… le chemin de la synodalité

Cet article fait partie du dossier thématique :Synodalité, construire une Eglise différente →

Pour comprendre le sens de ce chemin synodal sur lequel le pape François souhaite engager l’Église tout entière, certains épisodes bibliques sont particulièrement éclairants.

Par ALAIN DE BOUDEMANGE

PRÉSENTATION – Le père Alain de Boudemange, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, enseigne l’Écriture Sainte à la faculté de théologie d’Angers et au séminaire de Versailles.

La réflexion que nous commençons avec toute l’Église sur la synodalité est un chemin. Le mot synode lui-même, syn- (ensemble) et odos (chemin), évoque un itinéraire parcouru en commun. Ce chemin ne commence ni avec le pape François, ni avec le concile Vatican II. Il trouve ses origines dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’histoire de l’Église. Le point de départ pour notre chemin et pour notre réflexion est à chercher dans la lecture des Écritures. Saint Luc, auteur d’un évangile et des Actes des Apôtres, est certainement celui des auteurs bibliques qui a été le plus attentif au mystère de l’Église, peuple rassemblé et guidé par Dieu. Nous méditerons ici sur trois textes qui jalonnent l’itinéraire que Luc veut nous faire parcourir à la découverte de ce mystère de l’Église et de son fonctionnement synodal.

Les disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35)

Le texte par excellence qui peut nourrir notre réflexion sur la synodalité est l’épisode des disciples d’Emmaüs : Jésus vient, littéralement, cheminer avec ces deux disciples au soir de la résurrection. Un premier point remarquable est que Jésus part de la situation dans laquelle se trouvent ses disciples, désemparés. Il les écoute ! C’est même ce qui fait le caractère amusant de ce passage : Cléophas et son compagnon considèrent que Jésus est le seul habitant de Jérusalem à ne pas savoir ce qui est arrivé à… Jésus ! Jésus fait parler les deux hommes, il écoute leur peine, leurs questions et, dans un second temps, répond à ces questions. Il ne s’agit pas d’une catéchèse descendante, mais d’un dialogue dans lequel la lumière émerge. L’écoute est le point de départ du chemin commun. Cette rencontre et ce chemin en commun donnent lieu à une expérience spirituelle. Les paroles de Jésus ne rejoignent pas seulement l’intelligence des deux hommes : elle vient toucher leur cœur. Cette expérience spirituelle commence dès le début du chemin en commun : à la fin, les disciples reconnaissent que leur cœur était tout brûlant depuis que Jésus leur a parlé en chemin. La rencontre et l’écoute mutuelle, la catéchèse développée par Jésus, ne se sont pas présentées comme un cours magistral mais comme une expérience de l’Esprit Saint qui a illuminé le cœur des deux hommes. Enfin, notons que ce chemin commun est vécu autour des Écritures. Les deux disciples d’Emmaüs peuvent faire cette expérience spirituelle parce que, dans la bouche de Jésus et à l’intérieur de leur cœur, les Écritures qu’ils connaissent viennent prendre un sens nouveau. La lecture des Écritures les oblige à se décentrer d’eux-mêmes, à se situer sur un terrain extérieur à eux-mêmes pour y vivre la vérité de la rencontre. Pour leur faire comprendre le mystère de sa mort et de sa résurrection, Jésus fait passer ses disciples par les Écritures. Cette première étape nous permet alors de proposer une première compréhension du mystère de l’Église, à son point de départ. L’expérience de l’Église est l’expérience d’une rencontre de Jésus-Christ dans laquelle des hommes et des femmes, dans une attitude d’écoute mutuelle, vivent une expérience spirituelle appuyée sur la lecture en commun des Écritures.

Le remplacement de Judas par Matthias (Ac 1,15-26)

La seule scène que Luc rapporte entre l’Ascension et la Pentecôte est celle du remplacement de Judas par Matthias. C’est Pierre qui a l’initiative de ce remplacement. Il est entouré de cent vingt personnes et propose de pro- céder à ce remplacement en s’appuyant sur deux passages de l’Écriture. Il donne ensuite des critères pour procéder au choix d’un candidat : avoir été avec Jésus depuis son baptême jusqu’à la résurrection. Ce sont alors deux candidats qui émergent. La communauté prie puis procède à un tirage au sort qui désigne Matthias. Cet épisode nous permet de retrouver ou de découvrir plusieurs caractéristiques de la vie de l’Église. Nous retrouvons d’abord deux caractéristiques que nous avions déjà rencontrées chez les disciples d’Emmaüs. La décision de remplacer Judas par Matthias est appuyée sur l’interprétation des Écritures par Pierre au sein de la communauté, et le choix se fait sous la conduite de l’Esprit Saint. Comme à Emmaüs, l’Esprit Saint n’est pas explicitement mentionné, mais c’est bien lui qui est à l’œuvre dans le processus du tirage au sort. Ce n’est pas pour rien si cette scène est intercalée par Luc entre la description de la communauté en prière (Ac 1,14) et la Pentecôte (Ac 2). Cette scène met en évidence la place particulière de Pierre. Certes, Pierre est celui qui a renié Jésus, mais il est aussi celui auquel Jésus avait dit « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16,18) ou encore « Quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22,32). Le récit des Actes des Apôtres ne dit pas pourquoi Pierre a eu cette initiative de procéder au remplacement de Judas. Simplement, il apparaît naturellement comme celui qui a autorité pour animer, encourager, soigner la communauté chrétienne. Ce n’est pas une autorité qui impose une conduite : Pierre donne une direction, il oriente, il anime la vie de la communauté. La communauté dans son ensemble joue un rôle fondamental. L’initiative de Pierre intervient alors que toute la communauté est rassemblée dans la prière. C’est encore la communauté qui fournit les candidats à l’élection et qui prie pour que le Seigneur indique celui qui sera intégré dans le groupe des Douze. Un dialogue s’instaure entre le rôle singulier de Pierre et celui de la communauté. L’un et l’autre sont nécessaires et complémentaires pour prendre une décision qui engage l’Église. Cette deuxième étape nous permet de faire un pas de plus dans l’approfondissement du mystère de l’Église : l’Église est une communauté rassemblée par la prière dans laquelle Pierre a une autorité particulière. Cette communauté, guidée par Pierre, accueille et discerne ses choix en s’appuyant sur la lecture de l’Écriture et en accueillant la lumière de l’Esprit Saint.

L’assemblée de Jérusalem (Ac 15)

Une vingtaine d’années plus tard a lieu à Jérusalem un moment clé de la vie de l’Église, que l’on a l’habitude de considérer comme le premier concile. L’Église, grâce notamment aux missions de saint Paul, s’est considérablement développée tout autour de la Méditerranée. En Actes 10-11, une décision importante avait déjà été prise, guidée par l’Esprit Saint, d’accueillir des païens au sein de la communauté chrétienne. En Actes 15 se pose cependant la question des modalités de l’intégration de ces chrétiens d’origine païenne : doivent-ils être circoncis ? doivent-ils observer les interdits alimentaires ? Les chrétiens, et les apôtres eux-mêmes, ont des avis différents sur ces questions. Jacques a une position maximaliste : les convertis doivent respecter la loi juive. Paul, au contraire, a une position minimaliste : la loi avait un rôle préparatoire et ne doit pas être imposée dans son intégralité aux chrétiens d’origine païenne. Comment résoudre une tension qui pourrait conduire à la division ? Les « apôtres et les anciens » se réunissent à Jérusalem et discutent longuement. Comme en Ac 1, Pierre se lève et prend la parole. Ce qui est étonnant dans ce discours de Pierre, c’est que nous le voyons soutenir non pas tant sa propre position que celle de Paul. Barnabé et Paul continuent en donnant le témoignage des missions qu’ils ont vécues, puis c’est Jacques qui, en s’appuyant sur un passage du prophète Amos, reconnaît la possibilité d’intégrer des païens dans la communauté sans imposer toutes les prescriptions de la loi de Moïse. Les « apôtres et anciens » prennent alors une décision commune qui permettra d’assurer l’unité de la communauté. Cette décision est fondée sur l’Esprit Saint : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci… » (15,18). Comme dans le récit du choix de Matthias, nous assistons au dialogue entre une communauté, les « apôtres et anciens » et des personnages singuliers, d’abord Pierre, puis Paul, Barnabé et Jacques. C’est dans ce dialogue, toujours appuyé sur la lecture des Écritures et guidés par l’Esprit Saint, que le discernement de la volonté divine peut se faire. Ce dialogue est exigeant : des hommes aux positions différentes ont su s’écouter et reconnaître l’action de l’Esprit Saint, y compris chez ceux avec lesquels ils se trouvaient en désaccord. Le dialogue et la prière commune ont permis, progressivement, le discernement de la volonté de Dieu et la croissance de la communion. Ce qui est particulier dans ce récit, c’est que nous assistons aux hésitations, voire aux tensions qui animent la communauté chrétienne. Le discernement de la volonté de Dieu dans la communauté chrétienne n’est pas un parcours simple et léger, il exige un effort, un long travail. Cette troisième étape nous permet, plus encore que dans les deux précédentes, de manifester l’importance de la participation de chacun des acteurs à la vie de l’Église. C’est à l’intérieur de leur dialogue, en s’appuyant sur l’expérience qu’ils ont vécue, que l’écoute de l’Esprit Saint est rendue possible. L’expérience spirituelle vécue à Jérusalem est structurante de la vie de l’Église : elle illustre le discernement commun dans une situation particulière.

Lumières sur le mystère de l’Église

L’évangéliste saint Luc ne fait pas que nous décrire des événements de la vie de la communauté chrétienne. Il trace un bel itinéraire d’approfondissement du mystère de l’Église. L’Église, ce sont des hommes et des femmes qui, ensemble et appuyés sur la lecture de l’Écriture, se mettent à l’écoute de l’Esprit Saint. Dans cette prière et ce discernement communs, Pierre en premier lieu, et les apôtres avec lui, a un rôle particulier, qui n’est pas tant celui de décider ou d’imposer que de discerner ce que l’Esprit Saint indique pour la vie de la communauté. C’est cette expérience vécue par les premiers chrétiens que nous sommes appelés à vivre aujourd’hui à tous les niveaux de l’Église.

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