Claire de Castelbajac – Dans le sillage des saints d’Assise

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L’itinéraire fulgurant d’une jeune bien ancrée dans son temps. Ainsi pourrait-on résumer la vie de Claire, morte à 21 ans après une existence tournée vers le Ciel.

Par une sœur de l’abbaye de Boulaur

claire de Castelbajac carre« Mes chers parents, aujourd’hui est un jour historique : l’inscription sous sainte Claire est depuis si longtemps effacée que les plus anciennes descriptions de la chapelle la disent déjà illisible. Seule, la tradition personnifie cette moniale comme étant sainte Claire. Depuis trois jours, je me creusais la “comprenette” pour imaginer un texte qui corresponde aux quelques traces restées : rien à faire… Ce matin, grâce à une fameuse lampe à ultraviolet, j’ai pu tout reconstituer ; et désormais, on verra sous son portrait : SCA CLARA c’est his-to-ri-que ! Ce Sancta qui m’a donné tant de mal, c’est sca : fallait y penser ! » C’est ainsi que Claire de Castelbajac commente, dans une lettre, le travail de restauration des fresques de la basilique Saint-François, qu’elle réalise à Assise à l’automne 1974. Une mission privilégiée, dans le cadre de ses études de restauratrice, qui lui permet de remettre en lumière le portrait de sa sainte patronne. Mais au-delà de l’œuvre d’art, n’est-ce pas toute la vie de Claire qui révèle la manière dont le charisme de la sainte d’Assise et de saint François peut encore se déployer aujourd’hui dans nos vies ? Simplicité, joie, attachement au Créateur à travers la Création, amour de l’Église, de la croix… bien des traits de la personnalité de cette jeune fille font écho à ses illustres prédécesseurs.

Une belle âme

Claire a connu une enfance heureuse dans une famille privilégiée. Si ce n’est pas le luxe des Bernardone, elle ne manque de rien et surtout, profondément choyée par ses parents, elle reçoit d’eux une éducation exceptionnelle d’un point de vue spirituel, humain, artistique, dans une belle demeure familiale du sud-ouest de la France. Là, le grand air, l’esprit des gens simples de la campagne et des animaux de la ferme éveillent en elle une âme contemplative, amoureuse de la beauté, de la nature et de tout ce qui est sain et droit. Après ses années de collège au Sacré-Cœur de Toulouse, elle s’installe dans une chambre d’étudiante et profite de ses dimanches pour préparer des gâteaux, qu’elle distribue le lundi aux personnes sans-domicile qu’elle croise dans les rues. Une sollicitude envers les pauvres qui l’habite depuis son enfance : elle voulait alors offrir ses jouets à ceux qui n’en avaient pas, ou donner son argent de poche pour les missionnaires.

Malgré une vie d’apparence paisible, la croix ne l’épargne pas. Épreuves familiales et ennuis de santé à répétition s’ajoutent à une très grande sensibilité et à une certaine fragilité affective. Claire offre tout au Seigneur, et n’a pas peur de demander la croix dans sa prière pour consoler le Christ dans ses souffrances. Elle mesure combien cette offrande est un moyen d’intercession extrêmement puissant. À l’exemple du Poverello qui médite sur la joie parfaite, elle prend le parti d’y trouver une source d’action de grâce, de louange et d’amour : ne pas se contenter d’accepter les épreuves mais en faire un acte de charité :

« Accepter : c’est un peu se dire : Bon ! on m’envoie cette tuile, prenons-la du bon côté et offrons-la à Dieu. Se résigner : zut ! cette tuile m’embête ; de toute façon, pas d’autre moyen que de l’offrir à Dieu. En faire de l’amour : Dieu a la bonté de permettre cette tuile pour que je la lui offre de tout mon cœur pour sa gloire. »

Une expérience de feu

Après un an à l’université, Claire obtient une place à l’Institut central de restauration à Rome, école prestigieuse qui va lui permettre de travailler sur des œuvres d’art remarquables dès le temps de ses études. Si la beauté élève l’âme, le contact avec l’art ne suffit pas à compenser une certaine griserie que la liberté étudiante lui offre. Liberté qui la fascine autant qu’elle la déstabilise. Claire perd alors pied et se laisse glisser dans une vie facile. Ce n’est certes pas la dissipation des jeunes années de saint François, mais ce n’est plus cette tension joyeuse vers la sainteté qui la caractérisait jusque-là.

Mais le Seigneur veille… Un pèlerinage en Terre Sainte lui permet de remettre résolument le cap vers le Ciel. Elle s’y dépouille de tout, matériellement et spirituellement. Une expérience de feu et de lumière, dans les pas du Christ. À la fin, il ne reste qu’une chose : la louange.

C’est avec cette louange au cœur et sur les lèvres que Claire arrive à Assise pour y travailler sur les fresques de la basilique Saint-François pendant plusieurs mois. Elle loge seule chez les bénédictines, dans une petite chambre froide et nue mais brûlante et riche de la présence de Dieu. Son travail, sa prière, ses relations aux autres : tout est désormais simplifié, purifié, apaisé, et lorsqu’une méningite se déclare quelques jours après son retour en France pour les vacances de Noël, c’est encore la confiance et la joie qui dominent dans son âme. Pourtant, l’heure approche de son départ vers le Ciel. Alors qu’elle s’enfonce de plus en plus dans l’inconscience, son dernier cri sera cette exclamation qui résume à elle seule le Cantique de saint François : « Il faut que je le loue ! »

EN DATES

26 octobre 1953 Naissance de Claire

Janvier 1973 Départ à Rome, comme étudiante en restauration d’œuvres d’art.

Septembre 1974 Voyage en Terre Sainte où elle vit une nouvelle conversion.

Automne 1974 Mission à Assise.

22 janvier 1975 Claire meurt à 21 ans d’une méningite foudroyante.

Témoignage d’une de ses amies à la mort de Claire

« Claire est simple. Elle a la simplicité des “pauvres en esprit”. “Elle refuse de compliquer et d’intellectualiser les choses – sans pour autant refuser de les analyser ou de les approfondir. Pour elle, la “nature” est le reflet de Dieu. C’est parce qu’elle est simple que Dieu lui donne la joie. C’est parce qu’elle est simple qu’elle peut la recevoir en profondeur”. »

À LIRE

Claire de Castelbajac – Que ma joie demeure, P. Dominique-Marie Dauzé, Ed. Presses de la Renaissance, 248 P., 2010, 19 €

Prier 15 jours avec Claire de Castelbajac, M. Emmanuelle Desjobert, Ed. Nouvelle Cité, 120 P., 2018, 12,90 €

La joie des enfants de Dieu, Claire de Castelbajac, Abbaye Sainte Marie de Boulaur, Coll. Sentinelles ; Ed. Téqui, 240 P., 2006, 11 € (Biographie romancée pour les 10-15 ans.)

Méditation

« Chaque jour qui passe me gonfle un peu plus de paix et de ferveur, et de reconnaissance envers le Créateur. Vous ne pouvez imaginer combien j’ai changé depuis quinze jours, et je sais que cela durera. Au fond, avant, à part la messe (…) et mes familiarités avec la Sainte Vierge, je vivais comme une païenne et je m’aperçois maintenant combien tout, dans la vie, doit être tourné vers Dieu, et que si on le pense vraiment, cela ne demande même pas d’effort, tellement c’est naturel. » Durant son pèlerinage en Terre sainte, lettre à ses parents. Israël, 2 octobre 1974

LE POINT SUR LA CAUSE DE BÉATIFICATION

1980 Depuis près de 30 ans, une seule vocation stable s’est enracinée à l’abbaye cistercienne de Boulaur. L’avenir est incertain et l’abbé général de l’Ordre rend visite aux sœurs pour faire le point.

Au cours de son séjour, les moniales lui donnent à lire un recueil de lettres d’une jeune fille de la région, Claire de Castelbajac, morte en odeur de sainteté quelques années plus tôt. Le prélat se plonge dans cette lecture et est subjugué par cette existence simple, joyeuse et débordante de vie. Touché, il propose à la communauté de demander à Claire cinq vocations en un an comme signe de sa puissance d’intercession auprès du Seigneur. Si leurs prières sont exaucées, il demandera l’ouverture de sa cause de béatification. Un an après, les postulantes sont là, la première s’appelle Claire.

Quelques années plus tard, l’abbaye de Boulaur se voit chargée de la postulation de la cause. La phase diocésaine se termine en 2008 avec l’envoi à Rome d’un dossier de 14 000 pages. Depuis, a été rédigée la Positio – ouvrage pour présenter à la Congrégation pour les causes des saints la manière dont Claire a vécu les vertus chrétiennes.

Il reste maintenant à obtenir le décret d’héroïcité des vertus, et surtout la reconnaissance d’un miracle, pour que la servante de Dieu puisse être élevée sur les autels. N’hésitons pas à lui confier nos intentions.

Vous pouvez faire connaître à l’abbaye de Boulaur les grâces obtenues par l’intercession de Claire.

Au Village/Abbaye de Boulaur 32 450 Boulaur.

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Le magazine Il est vivant a publié le numéro spécial :

IEV n°350 - François d'Assise, un message universel Se procurer le numéro →

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