« Bien des jeunes ont une longueur d’avance » – Rencontre avec Frère Aloïs

Cet article fait partie du dossier thématique :Jeune, le Christ te veut vivant ! →

Rencontre avec Frère Aloïs prieur de la Communauté oecuménique de Taizé (71).

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE DE LOUVENCOURT

TAIZÉ

Fondée par frère Roger, en 1940, elle rassemble aujourd’hui une centaine de frères, catholiques et de diverses origines protestantes, issus de près de trente nations. Les frères de la communauté vivent de leur travail. Certains vivent en petits groupes sur les autres continents, ils partagent les conditions d’existence de ceux qui les entourent, en s’efforçant à se rendre présents auprès des plus pauvres et en cherchant à créer des ponts de compréhension entre cultures différentes. Pour aller plus loin : www.taize.fr

Vous étiez au synode des jeunes, qu’en retenez-vous ?

Fr Aloys Taize IEVTout au long du Synode, nous avons vécu une forte expérience d’universalité. J’en veux pour preuve la diversité des pays d’origine et des réalités ecclésiales des pères synodaux et de tous les autres participants.

J’ai été sensible à la contribution des jeunes de divers pays et des cinq continents, qui ont participé aux travaux et ont marqué l’atmosphère par leurs interventions – en particulier les jeunes de pays traversés par de grandes souffrances – mais aussi par leur simple présence.

Enfin, les délégués fraternels des différentes Églises non catholiques ont pu s’exprimer librement et être écoutés.

Et de l’exhortation apostolique du pape François sur les jeunes ?

Dans Christus Vivit il y a des paroles essentielles comme : « [les jeunes veulent] une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. [les jeunes] ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent » (CV 41). À la fin de l’exhortation, le Pape offre aussi une belle réflexion sur l’appel du Christ, et l’appel au sacerdoce ou à la vie dans une communauté religieuse. Il encourage les jeunes à ne pas rester bloqués dans des hésitations mais à faire des choix qui peuvent impliquer toute la vie.

Le synode des jeunes et Christus Vivit vous ont-ils confortés ou à l’inverse bousculés dans votre propre approche, à Taizé ?

Ils nous ont rappelé qu’il était fondamental de penser la pastorale des jeunes avec les jeunes, afin d’éviter le risque de faire des propositions venues “d’en haut”, déconnectées de la réalité vécue par la jeune génération.

Un point de Christus vivit nous conforte. C’est l’importance donnée à l’écoute personnelle des jeunes. Et j’ajoute que ceux qui écoutent doivent être eux-mêmes accompagnés. À cet égard, il manque dans l’Église des accompagnateurs : est-ce qu’un ministère d’écoute pourrait être confié, non seulement aux prêtres, aux religieux et religieuses, mais aussi à des laïcs, hommes et femmes ?

Selon vous, que viennent chercher les jeunes en 2020 à Taizé ?

Nous sommes nous-mêmes étonnés de constater que depuis bientôt cinquante ans des jeunes viennent à Taizé, de génération en génération. Il y a une grande diversité parmi eux. Il y a ceux qui croient profondément, et ceux qui sont très loin d’une foi explicite. Cela montre que la recherche de Dieu aujourd’hui s’exprime dans des langages souvent très différents. Si un jeune me demande « Est-ce que je peux chanter avec les autres si je ne suis pas croyant ? », c’est pour moi le signe qu’il n’y a pas chez cette personne qu’une indifférence ou une absence de foi, mais quelque chose – une soif, une attente – qu’il faut discerner, valoriser, confier à Dieu.

Quels sont les nouveaux défis à relever ?

Pour l’Église et pour nous, un défi serait de se mettre davantage à l’écoute de la jeune génération en prenant en compte ses profondes intuitions. Je me souviens ainsi d’un échange avec un jeune volontaire du Portugal qui attirait mon attention sur l’engagement grandissant de beaucoup de jeunes autour des questions environnementales. Son interpellation, comme celle d’autres jeunes allant dans le même sens, a donné lieu, au fil des derniers mois, à toute une démarche écologique à Taizé, dans laquelle les jeunes volontaires sont une force motrice.

En quoi Christus vivit et la démarche du synode peuvent-ils aider sur ce chemin d’évangélisation des jeunes ?

Réfléchissons à cette expression “évangélisation des jeunes”. N’est-elle pas trop unilatérale ? Ne pourrions-nous pas plutôt parler d ’évangélisation réciproque ? Sur certains sujets d’aujourd’hui, j’ai l’impression que bien des jeunes ont une longueur d’avance pour préparer l’Église aux grands défis du temps présent ! ¨

LES RENCONTRES EUROPÉENNES

Depuis 1978, les rencontres européennes rassemblent des dizaines de milliers de jeunes, catholiques, protestants et orthodoxes, pendant cinq jours à la fin de chaque année dans une grande métropole du continent. Avec des rencontres sur les autres continents, avec aussi des rassemblements plus restreints par région ou par pays, elles sont des étapes du « pèlerinage de confiance sur la terre » animé par Taizé. Les participants sont accueillis par les paroisses locales, par les familles, ainsi est souligné qu’ils ne veulent pas se réunir à part, entre jeunes, mais s’insérer dans la vie de l’Église.

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